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Antoine, un Lillois sur les tournages à Hollywood

Antoine, un Lillois sur les tournages à Hollywood

Antoine, Chef Opérateur à Hollywood

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Antoine Combelles est un ancien photographe de LillelaNuit. Il vit maintenant à Los Angeles où il est Chef Opérateur sur les tournages à Hollywood. En 2019, ce Lillois termine sa formation à l’American Film Institute, Alma Mater de nombreux cinéastes tels que Darren Aronofsky, David Lynch ou encore Terrence Malick. Depuis les USA, Antoine nous raconte son parcours et ses projets là-bas, mais en France aussi. Il retrouve ses racines sur quelques projets avec des groupes lillois.

De Lille aux tournages à Hollywood

Quel parcours as-tu suivi pour devenir Chef Opérateur à Hollywood ? 

Après avoir validé en France ma formation d’infographie dans l’audiovisuel, je me suis envolé pour les Etats-Unis. J’ai intégré la filière cinéma de la prestigieuse Université de New York dont le programme artistique est organisé par Spike Lee, cinéaste révolutionnaire. Cette expérience m’a permis de m’établir en tant que directeur de la photographie, la fonction responsable de la lumière et du cadrage dans les films. J’ai ensuite intégré l’American Film Institute pour un master en cinématographie. Prestigieuse institution souvent classée meilleure école de cinéma aux Etats-Unis, elle a formé les chefs opérateurs de grands cinéastes tels que Spielberg, Lynch, Aronofsky ou Nolan.

Tu as pu suivre pendant quelques mois le Chef Opérateur sur le tournage de la série 9-1-1. Comment s’est passée cette expérience ? 

Oui, grâce à la fondation créée par la Television Academy, j’ai pu suivre plus particulièrement Joaquin Sedillo, ASC et son équipe bienveillante et accueillante. C’était très intéressant d’être aux côtés d’une équipe nombreuse et de gros budgets et de voir comment de telles productions sont organisées et produites. La série est à la fois tournée sur des lieux extérieurs et dans les studios de la Fox et la machine est réglée au millimètre près. Le plus impressionnant est de se rendre compte que quasiment rien n’est impossible, que ce soit submerger une réplique de la grande roue de Santa Monica après un Tsunami ou faire exploser un camion citerne dans une rue à moitié inondée. Cependant, un des points les plus formateurs pour moi a été d’être plongé dans les codes de fabrication et le mode opératoire des Studios Hollywoodiens mais surtout de comprendre l’aspect politique du fonctionnement de ces franchises.

9-1-1

La réplique de la grande roue de Santa Monica après un Tsunami dans la saison 3 de la série américaine "9-1-1" © Victor Ceballos/FOX

Les projets d'Antoine alors que les tournages sont à l'arrêt aux USA

Tu as eu de la chance de vivre cette expérience car elle s’est déroulée juste avant le confinement… Comment s’est passée cette période pour toi ?

En finissant le tournage juste à temps, la série a été épargnée par la pandémie mais il n’en a pas été de même pour beaucoup d’autres. Des milliers de productions ont été soudainement interrompues, événement unique dans une ville où la production cinématographique est fer de lance. Malgré le contexte particulier, la communauté artistique a vite trouvé des alternatives en produisant du contenu aux confins de leurs maisons et à l’abri des contacts physiques. Le confinement m’a amené à travailler à distance avec des Lillois tels que Christophe Ramin des Fahrenheit 21, Enzo Gabert (Skip The Use, Dedhomiz), Michel Desbled, Olivier T’Servrancx, Dominique Dautruche (Tour Manager de Airnadette) ou Laetitia Lalardie sur le clip d’un morceau caritatif dont les bénéfices sont reversés à la Fondation Hôpitaux de France. Ce morceau Claws par The Rescousse et avec la participation de Matthieu Chedid, est disponible sur toutes les plateformes de streaming via Caroline France/Universal Music.

Tu travailles d’ailleurs encore régulièrement avec certaines groupes lillois...

Je travaille encore régulièrement avec des groupes lillois tels que GOOMH, The Lumberjack Feedback, Dawntone ou les Fahrenheit 21 que j’ai d’ailleurs suivi à Atlanta quand ils ont enregistré des guitares avec Brent Hinds, le guitariste de Mastodon.

Il y a une certaine énergie quand on partage un film dans une salle obscure. On regarde le film différemment, avec plus d’attention et dans le format prévu à l’origine.

Le métier de Chef Opérateur

Comment vois-tu l’avenir de ta profession dans un futur ou moyen terme ? Et du cinéma en général avec cette pandémie ?

La pandémie a clairement créé un vide dans le paysage cinématographique aux USA. En plus de l'arrêt et donc de la perte des emplois à travers l’industrie, il arrivera un moment où il y aura un manque de contenu pour les salles de cinéma. Il va y avoir un passage à vide et il est fort possible que certains groupes d'exploitation fassent faillites ou soient rachetées par des conglomérats. En revanche, le contenu disponible à la demande va continuer de croître et il y aura un long moment où le public préférera rester à la maison. De plus, les contrats de plages de diffusion sur les écrans de cinéma vont se réduire et en tout cas pour les USA, il y a déjà des accords passés disant qu’après trois semaines au cinéma, ce sera déjà en streaming. La France sera, espérons-le, plus résiliente parce que je pense que le partage d’une expérience cinématographique est importante et il y a une certaine énergie quand on partage un film dans une salle obscure. On regarde le film différemment, avec plus d’attention et dans le format prévu à l’origine. Ce serait dommage de perdre cette opportunité mais, ceci dit, il y a une possibilité de renouveau considérant que certains films de super-héros s’essoufflent.

Et malgré ce qui se passe, conseillerais-tu le boulot de Chef Opérateur aux jeunes qui veulent se lancer ?

Absolument et sans hésiter, je dirais même qu’il faut encourager ces métiers qui sont moins documentés ou offerts comme parcours. Surtout aujourd’hui, il est devenu important, et même vital, d’utiliser l’art et les médias pour ouvrir les esprits et offrir un point de vue différent sur la société actuelle. L’industrie du cinéma peut facilement être un monde fermé mais Il est important d’avoir une nouvelle génération qui viennent casser les codes établis et forcer une inclusion nécessaire pour le futur. Etre chef opérateur est un parcours laborieux qui demande du temps et de la persévérance mais ce qu’il manque vraiment, c’est la présence d’un encadrement concret qui permet aux intéressé(e)s de partir dans ce domaine sans avoir l’impression de se diriger vers l’inconnu. Faut-il encore qu’il y ait, dès le plus jeune âge, une visibilité de ces métiers artistiques pour tous. Idéalement il faudrait plus de structures artistiques, dès l’enseignement secondaire, ce qui permettrait d’offrir plus de ressources et de légitimité pour poursuivre cette voie. La France est un pays artistique. Notre culture et notre histoire nous donnent une sensibilité unique qu’il faut à tout prix continuer à utiliser pour motiver de plus en plus d’individus à raconter, eux aussi, leur histoire.

Depuis le début de ton parcours aux USA, tu as pu travailler avec de nombreux acteurs et producteurs nominés aux Oscars ou Golden Globes. Avec qui rêves-tu de travailler ?

C’est pas évident de répondre à cette question, il y a beaucoup d’artistes avec des sensibilités différentes avec qui j’aimerais travailler et chaque opportunité est unique et enrichissante. Il y en a beaucoup qui ne sont pas de ma génération donc les chances sont faibles et il y en a beaucoup qui ne sont plus là non plus mais parmi ceux qui ont une grosse influence sur mon style et avec qui j’aurais rêvé travailler, je dirais Andrej Tarkovsky, Bela Tarr, les frères Dardennes, Mike Leigh, Lynn Ramsay pour leur réalisme et leur sincérité, ou Jim Jarmusch, Xavier Dolan, Paul Thomas Anderson pour leur style. Ces derniers temps, le film qui m’a le plus marqué est “Le Portrait de la Jeune Fille en Feu” de Céline Sciamma. J’admire vraiment son travail et c’est sur ce genre de film que j’aimerais collaborer.

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  1. Vanessa

    Quel magnifique parcours. On lui souhaite une jolie carrière!

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