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Romane Bohringer & Philippe Rebbot, comédiens et réalisateurs de « L’Amour Flou »

Romane Bohringer & Philippe Rebbot, comédiens et réalisateurs de « L’Amour Flou »

Romane Bohringer & Philippe Rebbot L'Amour Flou Style : Cinéma Date de l’événement : 10/10/2018

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Cette semaine, le focus ciné de Lille La Nuit vous propose une interview de Romane Bohringer et Philippe Rebbot pour leur premier film comme réalisateurs : L'Amour Flou ! Le film a la particularité d'avoir été tourné au moment même du déménagement de l'ex-couple à la ville, qui s'était séparé deux ans auparavant. Drôle, inventif, original, jamais narcissique, L'Amour Flou ressemble à ses deux comédiens-réalisateurs. Interview de Romane Bohringer et Philippe Rebbot par Lille La Nuit.

L'interview de Romane Bohringer et Philippe Rebbot

L'Amour Flou est un objet de cinéma très singulier. Pourquoi à un moment vous décidez de faire de votre vie (même si vous romancez beaucoup de choses) du cinéma et aussi, surtout, une comédie ?

Philippe Rebbot : J’ai une partie de la réponse. Déjà, c’est notre vie, mais c’est un mensonge par omission quand même. On n’a pas tout mis. Ce n'est pas de la télé réalité non plus. Et pourquoi on décide ça ? Parce que c’est ce qu’on sait faire ! Parce qu’on est un peu dingues. Qu’est-ce qu’on sait faire de nos propres vies ? Du cinéma ! Donc, on le fait. On ne sait pas où ça va mais on se dit juste que c’est comme ça qu’on sait vivre. Nous même dans nos propres vies, on ne sait même pas si on n'est pas déjà dans la fiction ! Franchement, moi je ne sais pas si j’existe vraiment, à part dans les films ! Romane non plus, et nos gosses : ils existent vraiment ! Je ne sais pas si ça répond à la question mais on ne sait pas faire autrement. C’est romancé parce qu’on a enlevé toute une partie, mais encore une fois, c’est du mensonge par omission. Mais tout ce qui est là, ce n’est pas du mensonge : c’est vraiment nos vies !

Romane Bohringer : Non mais c’est vrai que c’est un geste un peu dingue ! On a cherché des gens qui auraient fait ça en même temps (ndr : tourner un film en même temps que la situation vécue par les protagonistes). Par exemple, La guerre est déclarée, Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm l’ont fait après la guérison de leur fils. Party Girl peut-être ? Love Streams ? Qui a fait en même temps un film et un déménagement ? On a cherché des équivalents et pour l’instant, on n’a pas trouvé. Pour répondre à votre question, c’est vraiment un geste un peu dingo, c’est vrai. Que je cherche encore à analyser. Parce qu’il se trouve que Philippe et moi, on est un peu similaires là-dessus. On est très discrets dans la vie. On n’est pas du genre à trop se montrer. On a une vie qu’on considère tout à fait normale. Moi, je suis très pudique. Par exemple, quand mon père m’avait demandé de jouer dans son film des scènes de notre vie, ça me gênait énormément. Qu’est-ce qui a fait que, là, on a dépassé ça ? Je crois qu’il y a deux choses qui ont joué. Il y a une envie, à mon avis commune parce qu’on est des grands mélancoliques, d’inscrire ce moment de notre vie, assez gai finalement. Ce qu’on n’a pas mis dans le film, c’est les deux ans qu’il a fallu pour arriver à ce projet. Deux ans de vie coincés dans une séparation. Il y a quand même deux ans de maturation.

Philippe Rebbot : Deux ans de sable mouvants, quoi !

Il y a une volonté presque d’écrire une chanson d’amour en même temps qu’on la vit. Et c’est vrai que, comme on ne sait faire que ça : notre vecteur, c’est soit l’écriture, soit jouer…

Romane Bohringer

Romane Bohringer : Deux ans pour se rendre compte que c’est en train de finir. Tout ça, on ne l’a pas mis. On l’a résumé dans le prologue. Mais je pense qu’on est assez « Reggianiste ». On écoute beaucoup de chansons comme ça. Il y a une volonté presque d’écrire une chanson d’amour en même temps qu’on la vit. Et c’est vrai que, comme on ne sait faire que ça : notre vecteur, c’est soit l’écriture, soit jouer… Par exemple : Philippe adore un bouquin de Brautigan, qui s’appelle Un Privé à Babylone, qu’il m’avait fait lire et que j’avais adoré. Plutôt que de juste se dire que c’est génial et qu’on adore ce bouquin, à l’époque on en a fait un spectacle. On aime bien transformer…

Philippe Rebbot : Sublimer !

Romane Bohringer : Sublimer, exactement !

Philippe Rebbot : Alors, ça pourrait résumer ce qu’on vient de dire : finalement faire ça, c’est sublimer notre séparation. C’est en faire quelque chose de joli. Aussi ! Il y a un moment où nous, on croit en ça ! Quand quelque chose se transforme en une œuvre artistique, ça sublime l’événement. C’est peut-être le message idéal si on peut tous sublimer nos vies. On peut tous les raconter d’une façon différente.

Quand quelque chose se transforme en une œuvre artistique, ça sublime l’événement. C’est peut-être le message idéal si on peut tous sublimer nos vies. On peut tous les raconter d’une façon différente.

Philippe Rebbot

Romane Bohringer : Il y a un désir presque vital d’imprimer une partie de notre vie, en pensant qu’elle va concerner les autres aussi. C’est un mélange. Ce n’est pas seulement imprimer. Je pense qu’il y a aussi une envie d’immortaliser les enfants, la famille, le bonheur à ce moment-là, même si c’est dans un mouvement un peu étonnant de déménagement. Pour ma part, tout d’un coup quand ça a été évoqué, je crois qu’il y a eu chez moi une intime conviction de cinéma. J’ai mis en scène une pièce il y a quinze ans parce que j’avais eu une intime conviction sur le texte. Et là, quand quelqu’un a dit « Mais c’est un truc de dingue votre idée d’appartement : il faut faire un film ! » il y a un petit train qui s’est mis en route dans ma tête. Parce que j’aime les comédies sentimentales, les films à la fois doux-amère, où tu chiales, où tu ris. J’aime les histoires d’amour au cinéma, les films chorals, Love Actually, Notting Hill… J’adore ça ! En plus de tout ce que je pensais véhiculer par notre histoire possiblement, j’ai eu une intime conviction qu’il y avait une ronde, un gimmick dans cette histoire d’appartement, que c’est vrai que ce qu’on inventait était dingo. Et que je trouvais ça assez génial et qu’il ne fallait pas rater ça. Qu’il y avait une idée, de la drôlerie possible, de la dérision… Sinon on n’aurait jamais pu aller au bout ! Ça m’a donné une audace, que je n’aurais pas eue pour une idée que j’aurais jugé moyenne.

Philippe Rebbot : Comme faire un film de vacances !

Romane Bohringer : Exactement ! Moi, j’aurais pas pu aller jusqu’au bout en pensant que c’était un film de vacances. J’ai appelé des gens que je n’avais pas vus depuis quinze ans. Mue par une espèce de certitude qui me faisait transgresser ma timidité, ma honte de penser que ce n’était peut-être pas une bonne idée.

Le film n’est jamais autocentré, ni narcissique…

Romane Bohringer : Parce qu’on ne l’est pas, je crois ! Aussi bizarre que puisse paraître notre projet, nous ne le sommes pas ! J’ai jamais choisi ce métier pour ça. Philippe non plus. Au contraire, on se dissimule derrière des gens. On aime bien dire des textes des autres. Je vous dis : des « objets » comme les « objets » de mon père, qui a vraiment fait de sa vie une auto-fiction, c’était beaucoup plus difficile à faire pour moi à l’époque. Je suis contente qu’ils existent… Mais par exemple, quand j’ai dû jouer dans son film c’était très difficile pour moi (ndr : C'est beau une ville la nuit). Je déteste ! C’est pas du tout mon truc. C’était douloureux. Rejouer ma vie. Alors que là, c’est comme si on avait inventé nos petits personnages. Et je me souviens on a eu des discussions où je disais « On n’a pas besoin d’aller très très loin dans l’intime. Ton cas est déjà un personnage ». Philippe est un personnage en lui-même, dans la vie ! Donc, j’ai dit : « Ne crois pas qu’on va être en manque de profondeur si on ne dit pas tout. Il y a déjà des personnages. Notre projet est déjà un personnage ». Mais c’est vrai que la comédie pour moi, c’était essentiel parce qu’il fallait qu’on puisse tous s’asseoir autour d’une table, regarder ce film et rigoler de tout ça ! Tout en étant ému. Ça n’empêche pas, bien sûr. On dit toujours que le sourire c’est la politesse du désespoir. On n’allait pas encore se faire triste de ce qui avait déjà été triste auparavant.

Philippe Rebbot : En plus, nous dans la vie, on transforme tout (quand c’est pas dramatique, quand c’est pas la maladie ou la mort). Sinon, on arrive toujours a switcher. Ceci dit, Woody Allen l’a fait avant nous. C’est déjà un truc terrible de savoir que tu vas mourir. Mais du coup, on en fait une blague ! Dès qu’on peut, on se marre ! Et du coup, après nos deux années de marasme, à partir du moment où on s’est réconciliés, on s’est marrés.

Romane Bohringer : Et en plus, il y a eu le film qui a rendu les choses un peu folles. C’est quand même fou de déménager pour de vrai et en même temps de ne penser qu’à ton tournage. C’est drôle de vendre t’a maison et de ne plus du tout être triste parce que ce qui t'obsède c’est d’avoir la séquence dans la boîte. Enfin c’est marrant de tout décaler, quoi tu te dis « Put... »

Philippe Rebbot : T’as dit un gros mot ?
Romane Bohringer : Bah ouais, t’as vu, je me suis arrêtée (rires).
Philippe Rebbot : Elle a pensé aux gosses !

Le film L'Amour Flou

L’Amour Flou, un film de Romane Bohringer et Philippe Rebbot

Avec Romane Bohringer, Philippe Rebbot, Rose Rebbot-Bohringer, Raoul Rebbot-Bohringer, Reda Kateb, Pierre Berriau, Vincent Berger, Delphine Berger Cogniard, Astrid Bohringer, Lou Bohringer, Richard Bohringer

Durée : 1H37
Sortie le 10 octobre 2018

Synopsis : Romane et Philippe se séparent. Après 10 ans de vie commune, deux enfants et un chien, ils ne s’aiment plus. Enfin… ils ne sont plus amoureux. Mais ils s’aiment, quand même. Beaucoup. Trop pour se séparer vraiment ? Bref… C’est flou. Alors, sous le regard circonspect de leur entourage, ils accouchent ensemble d’un « sépartement » : deux appartements séparés,communiquant par… la chambre de leurs enfants ! Peut on se séparer ensemble ? Peut-on refaire sa vie, sans la défaire ?

Remerciements au cinéma Le Majestic de Lille.
Affiche, photos et film-annonce © Rezo Films et Escazal Films

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