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Hippocampe Fou revient dans ses fonds les plus intimes avec « Terminus »

Hippocampe Fou revient dans ses fonds les plus intimes avec « Terminus »

Hippocampe fou Terminus Style : Rap Date de l’événement : 29/11/2018

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Hippocampe fou sera en concert au Flow, à Lille, le 29 novembre prochain. Après 2 albums sous le signe de l’humour et de l’auto-dérision, entre la mer et les étoiles, le rappeur revient avec un 3ème opus intitulé « Terminus », beaucoup plus introspectif.

« Des gens me trouvent brillant pourtant je m’assombris ». Dans ton clip Underground, on te voit assis par terre avec des étoiles fanées autour du cou, une référence évidente à ton dernier album. Nouvel univers, donc, plus introspectif, plus sombre : après les étoiles, le fond du trou, mais toujours avec de l’humour. Mais justement, pourquoi cette descente au fond du trou ? Pourquoi ce besoin soudain d’introspection ? 

Ce besoin d’introspection, c’était pour me renouveler. Je m’étais fait plaisir pendant pas mal d’années sur le plan imaginaire, sur le fait de raconter des histoires, de créer des personnages… Je me suis dit qu’après être allé au ciel et dans l’eau, ce serait pas mal de parler de moi et de la personne qui se cache derrière Hippocampe fou. De la personne qui, au fond, a une vie pas forcément extraordinaire, plutôt banale. Peut-être qu’en parlant de choses plus personnelles sur un ton intimiste, j’allais surprendre les gens qui allaient pouvoir se reconnaître. J’avais envie de revenir un peu sur Terre et même sous terre avec le côté grotte et terrier.

Un peu comme le morceau Underground où on te voit dans cette grotte. 

Ouais ce morceau, ça en est vraiment représentatif. Tu te regardes dans ta glaces et tu te demandes : « pourquoi je suis comme ça ? Pourquoi ma carrière ressemble à ça ? ». Et finalement en le faisant j’ai essayé de m’apporter des réponses, qui me sont bénéfiques. C’est assez thérapeutique.

C’était aussi un besoin de sortir de sa zone de confort ? 

Exactement. Je pense qu’il faut se renouveler et quand t’as une formule qui marche, faut pas la reproduire.

Justement dans tes deux derniers albums ta marque de fabrique c’était vraiment l’autodérision (comme dans Obélix ou Je sais pas rouler, ou du moins quand tu parles de toi c’est plus sérieux et sans filtre. Pourquoi ne pas avoir choisi encore l’humour comme moyen d’introspection ? Parce que ça aurait été possible finalement. Y avait-il ce besoin de sobriété ? 

Cet album est moins caricatural. Je pense aussi que si j’ai essayé de faire un album plus différent que ce qu’on peut aller piocher dans l’acoustique. Je me suis dit aussi que le rap évolue et que ce côté autodérision, qui sortait du lot à un moment donné, c’est plus vraiment actuel et, même-moi, ça me faisait moins rire. Avec le fait que je vieillisse, que j’ai 2 enfants… Il y a une approche de la vie qui change et il faut être fidèle à ce que je ressens. Et si je suis plus sombre, il faut que ça se ressente dans ma musique.

Il y a une approche de la vie qui change, et il faut être fidèle à ce que je ressens.

Hippocampe fou

Dans Underground tu dis « je refuse de quémander un feat ». Sur "Terminus" tu n’as justement pas de feat  comme tu en avais dans les précédents opus avec Céo ou Gaël Faye. Pourquoi rester seul sur cet album ? C’est toujours dans ce besoin d’introspection ?

Le truc, c’est que j’ai déménagé, et je me suis retrouvé assez seul et ça s’est fait assez naturellement. Je quittais la France, j’avais déjà commencé cet album. J’avais une envie de feat avec Kacem Wapalek mais ça ne s’est finalement pas fait. Mais au final, je n’ai pas de regrets car on est dans un album assez introspectif. Il y a mon père, et c’est pour le côté musical, car il y a quand même beaucoup de musiciens sur cet album.

Dans Underground tu évoques aussi la question de la reconnaissance. Alors tu expliques bien qu’au final ce n’est pas ce qui t’importe et que toi ça te va très bien comme ça. Pareil, dans Annule un Gus, tu dis « À chaque album vendu, j'ai d'quoi m'payer une photocopie ». Mais est-ce que cette pression et ce manque de reconnaissance, ça ne fait quand même pas partie de ta descente dans le trou ?

Moi je peux pas mettre la reconnaissance au même niveau que l’argent. Le succès peut être confidentiel, et si tu arrives à avoir des gens qui t’écoutent, te reconnaissent, et encore plus tes proches, c’est déjà ça de gagné. Le but de tout artiste, c’est déjà d’être reconnu dans un petit cercle.

Oui, c’est pareil avec tes enfants quand tu dis qu’ils regardent tes clips sur YouTube… 

Oui, ça fait super plaisir ! Et ce morceau est parti d’une discussion avec ma femme qui se désolait presque pour moi en mode : « c’est compliqué parce que tu fais quelque chose qui parle à une petite communauté…». C’est difficile quand tu ne fais pas cette course au buzz et de ne pas aller dans tout ce qui peut amener les projecteurs sur toi, comme la polémique ou la provoc’… Je n’ai pas envie de le faire pour être connu, mais parce que ça me touche. Je n’ai pas ce sentiment d’être oublié. J’ai déjà cette chance de ne pas être incompris, et je suis très heureux de cette avancée progressive. J’avance lentement mais sûrement. Je suis confiant pour l’avenir car ça continue de progresser.

Ce qui ressort logiquement dans cet opus plus sombre c’est une dimension engagée du moins plus assumée, comme dans triste, Lent (sur monde actuel avec la vitesse et le progrès comme principal leitmotiv) ou Pas le temps (sur les médias, sur politiques, bourse). Te considères-tu comme engagé ? Et penses tu laisser paraître tes opinions politiques ? 

J’ai toujours voulu être apolitique et je ne voulais pas que mes convictions se mettent au service de tel ou tel parti. Je préfère défendre ma vision du monde qui me semble être juste. J’aborde des thèmes plus engagés ou politiques, je veux le faire avec un regard universel ou humaniste. Je ne veux pas dénoncer ou accuser, il y a des gens qui le font très bien. Je suis plus un observateur lointain. SI on garde la métaphore du terrier je suis une sorte de périscope. Tu regardes à travers ça et tu vois le monde extérieur. Je ne m’exclue pas de ce monde-là pour autant, mais je ne suis pas quelqu’un d’engagé qui ferait passer ses idées politiques par sa musique.

Il y a toujours un aspect très visuel qui ressort de tes personnages, comme si tu les décrivais pour qu’on puisse s’en faire un dessin dans notre tête. Est-ce que selon toi, quelque chose les rapproche, ont-ils quelque chose en commun ?

Je pense être le lien. Être narrateur ou dans la peau d’un personnage, c’est quelque chose que j’ai beaucoup fait jusque là, mais dans cet album je voulais que tout parle de moi. C’était vraiment l’idée première, de parler de tout ce que je vis ou ce que je vois. Comme dans l’album Mes Voisins, j’espionne mes voisins mais ça me permet de parler de la rupture, de cette solitude post-réparation. Dans le fond, c’est complètement ce morceau périscope. J’ai rajouté un pont à la fin, où je me suis positionné. Je dis que mon métier c’est justement d’observer les gens et tout ce monde.  On se trouve tous un métier, mais parfois on aimerait juste ne pas travailler et rester sur son canap’ avec les gens qu’on aime, sans avoir une vie cadrée… Avec moi, on est en dehors de ça. Contrairement à ma femme, moi je ne connais pas trop les heures de pointe dans le métro ! Je ne suis pas vraiment dans la vraie vie, je suis assez en retrait.

Tu évoques souvent ta formation cinématographique avec ton passage par la fac de ciné, avec ton intérêt pour le cinéma que tu as notamment mis à l’honneur dans ton premier album par Hymne au Cinéma. Et puis comme on vient de le dire toute ton oeuvre est visuelle : tes personnages, tes clips, ta scénographie… Penses-tu aller vers une oeuvre visuellement plus aboutie à l’avenir comme un film ? 

Oh que oui ! J’ai un projet qui arrive en 2019, les gens vont en entendre parler. Tout est prêt, on est en train de terminer tout ça. Ça va vraiment se concrétiser dans un an, je dirais. C’est un projet qui mêle mes 3 passions : la musique, le spectacle vivant et le cinéma. Mais je n’en dis pas plus…

C’est le but de la musique. De faire quelque chose sans frontière avec cette interprétation humaine. Perso, j’écoute des musiques du monde entier, et je pense qu’il y a moyen de toucher des gens dans le monde entier avec ta musique.

Hippocampe fou

Dans le titre Le mal du pays tu évoques ta nouvelle vie à New York. Est-ce que cette nouvelle culture, qui est quand même centrale au rap, t’as inspiré ? 

Evidemment. Le rap, le moment où on a mis un nom sur ce courant musical, c’était dans le Bronx, dans les années 70. Quand j’ai su que j’allais partir à New York, j’étais ravi parce que c’est un endroit qui m’a beaucoup inspiré. Moi j’adore le rap de l’East Coast. La plupart de mes rappeurs préférés - Busta Rhymes, etc - viennent de là. Ça fait rêver. Mais il y a aussi cette pression de se dire : « Est-ce que je vais réussir à aller dans une cave et poser un couplet en français ? ». En anglais en tout cas non (rires), mon niveau n’est pas assez élevé pour faire des phrases à double sens. Je l’ai pas encore fait, mais j’ai encore plus d’un an à vivre à New York donc je vais forcément me lancer. Il y a aussi cette grande communauté francophone, mais surtout il y a ces gens qui viennent parce qu’ils ressentent quelque chose, et c’est le but de la musique. De faire quelque chose sans frontière avec cette interprétation humaine. Perso, j’écoute des musiques du monde entier, et je pense qu’il y a moyen de toucher des gens dans le monde entier avec ta musique.

Et dernière question, même si cet album s’appelle Terminus, et que tu utilises souvent le cycle de l’eau pour expliquer ta démarche artistique, est-ce que ça signifie que le meilleur pour Hippocampe fou est à venir, à la sortie de ce trou ? Et que l’eau va prendre une autre forme ensuite ? 

Cet album il signifie que la boucle se boucle, comme quand un bus arrive au terminus, il refait le même circuit. Ave ce qui je suis en train de travailler, j’essaie d’aborder ça comme un prequel au cinéma, avec Star Wars par exemple. Je suis allé au bout, et j’ai envie de voir ce qui m’a amené à faire ce voyage aquatique et dans trois éléments différents. Ce serait le fait de s’inscrire dans quelque chose de plus ancien dans le temps, mais avec toujours des nouveaux textes. Il y a toujours cette notion de voyage.

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