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Corde – A, un album à la fois sensoriel et profondément singulier

Corde – A, un album à la fois sensoriel et profondément singulier

Corde A Style : Post-rock, classical ambient, et des touches de folk Date de l’événement : 24/04/2026

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À l’occasion de la sortie de A, Corde confirme un peu plus sa singularité dans le paysage musical actuel. Un projet que nous suivons de près chez LillelaNuit, tant il ne cesse de gagner en densité et en richesse au fil des sorties. Après Schema en 2024, avec cet album, le groupe franchit encore un cap, livrant une œuvre plus immersive, plus construite, et toujours aussi marquante.

A, un album-puzzle

Avec A, Corde signe un album à la fois sensoriel et profondément singulier, où le violon, loin de se cantonner à un rôle mélodique, devient un véritable outil narratif. Dès L’ampleur des vagues, l’auditeur est happé par une montée en tension quasi organique : la mer gronde, le violon se mécanise, et l’ensemble bascule progressivement vers une forme d’inquiétude maîtrisée.

Ce qui frappe d’emblée, c’est le travail du son comme matière. Chaque morceau semble pensé comme une toile, où les textures s’accumulent, se superposent, se frottent. Sur Sixte ou Cascade de partons, le groupe dépasse la simple mise en avant du violon pour atteindre un équilibre plus riche : batterie, nappes et motifs dialoguent à parts égales, parfois même dans une énergie presque dansante.

Mais A n’est jamais linéaire. C’est un album-puzzle, où chaque titre explore une construction propre. Observer la bannière étoilée voler en réunion illustre parfaitement cette approche : une pièce quasi cinématographique, voire dystopique, engagée et critique sur le monde actuel, où le son convoque des images nettes, comme une scène qui se déploie sous les yeux. Cette dimension visuelle traverse tout l’album, jusque dans Le salon des merveilles, dont la complexité et l’écriture fragmentée renforcent l’impression d’un univers mental foisonnant.

Corde n’oublie pas pour autant l’émotion directe. Douceur de lune renoue avec une forme de proximité, presque intime, rappelant les contours de leur précédent travail, tandis que Saint-Amour déploie une intensité romantique saisissante : le violon s’y libère, s’élève, puis se laisse happer dans une tension passionnelle presque étouffante.

Le groupe sait aussi jouer sur le rythme et la transe. Promo Sapiens impose une batterie hypnotique, aux accents quasi tribaux, qui entraîne l’auditeur dans un mouvement viscéral. Cette énergie culmine dans Extase des nations humaines, où tous les instruments semblent dialoguer sur un même plan, créant une montée collective puissante et immersive.

Enfin, la fin de l’album cultive l’ambivalence. Vers une fin oscille entre ombre et lumière, dynamique et gravité, tandis que Déesse s’impose comme une pièce plus conceptuelle, presque chorégraphique, où la musique devient geste, voire rituel.

Au fond, A est un album rare : exigeant sans être hermétique, expérimental sans perdre l’émotion. Une œuvre qui dépasse l’écoute pour provoquer un véritable déplacement intérieur, faisant émerger en nous de nouvelles perceptions. Corde y affirme une identité forte, où chaque son semble pensé comme une image, chaque morceau comme une scène. Une œuvre qui se vit autant qu’elle s’éprouve.

A la rencontre de Corde

Comme vous le savez, LillelaNuit vous suit depuis vos débuts et on a toujours hâte de découvrir vos perles musicales ! Corde c’est un groupe du Nord composé de Maxime, Nîm et Steve. Chacun y joue un rôle essentiel. Quel sens donnez-vous ensemble à ce nouvel album ?

Maxime : Pour moi, c’est un renouveau. On a vraiment bousculé nos habitudes. Avant, le violon arrivait en premier, puis Nîm et Steve composaient leurs lignes. Cette fois, ce sont les histoires de Nîm qui ont servi de socle.

Nîm a une personnalité musicale très forte et un attachement particulier à une production minutieuse : chaque ligne est presque un morceau en soi. En tant que premier auditeur, j’étais parfois frustré par cette richesse, ce foisonnement de sons, parce que j’avais envie que chacun puisse exister pleinement. Mais il a fallu composer avec cet univers foisonnant et fascinant, en y ajoutant des mélodies complémentaires.

J’ai souvent cherché le contre-pied de ce que Nîm proposait. J’avais envie de me challenger, d’aller vers des lignes plus épurées, plus proches du classique. Par moments, les morceaux demandaient toutefois encore plus de radicalité.

Sur scène, pour les précédents, j’avais besoin de me sentir blotti par les murs des salles de concert. Aujourd’hui, avec l’expérience de la résidence de création que nous venons de vivre au Pharos (Arras) pour monter le nouveau concert, je me dis que cet album a l’énergie qu’il faut pour jouer sur des scènes extérieures. Un renouveau !

Nîm : Je suis tout à fait en phase avec cette idée de renouveau. C'est la découverte d'un nouvel endroit de la combinaison de nous 3, s'il fallait le dire autrement. Je vis de plus en plus dans et avec Corde ; Corde étant devenue une entité qui produit des sommes de nous 3 que je trouve toujours supérieures à nos individus.  Il y a un côté très vivant dans tout ça, et je dirais même que ce 3ème album m'autorise, ou m'ouvre les yeux sur de nouveaux mondes. Cette sensation est peut-être erronée, mais c'est un sentiment d'ouverture qu'il me fait ressentir ; pour nous 3 d'ailleurs.

Steve : Une ouverture sur l'imagination pratiquement sans limite sur certains titres, la liberté de créer, se livrer sans obstacle voilà pour ma part le sens de cet album.

[...] Cet album a l’énergie qu’il faut pour jouer sur des scènes extérieures. Un renouveau !

Maxime à propos de A

Dans A, on a l’impression que chaque morceau est construit comme une matière, presque comme une peinture sonore où les textures jouent un rôle central. Comment travaillez-vous cette dimension très tactile du son ?

Nîm : Il y a toujours eu de l'électronique et du sound design dans Corde, mais « A » est beaucoup plus texturé électroniquement, presque dans ses moindres recoins, jusque dans le violon, comme si les électrons avaient colonisé le groupe ; ce qui fait que les timbres sont la base des morceaux. J'ai vraiment travaillé un bestiaire sonore pour l'album et cette matière sonore a été étalée sur chaque partie du squelette des titres. J'ai toujours à l'esprit la technique traditionnelle chinoise de la peinture : Lorsque tu dessines une montagne, ton trait doit toujours faire le tour du vide qui constitue la montagne. J'adore l'idée que mes timbres doivent respecter cette pratique et constituer l'enveloppe de « quelqu'un de sonore ». Tu peux donc quelque part toucher cette personne. J'imagine que c'est ce que vous avez perçu à l'écoute.

Votre univers est extrêmement visuel, presque cinématographique, et la pochette de l’album prolonge vraiment cette sensation, si vous pouviez en dire un mot. Et quelle place occupe l’image dans votre processus créatif : est-ce que vous “voyez” la musique avant de la composer ?

Maxime : Il faudrait surtout interroger François Parmentier, du studio Peurduloup, qui a créé nos visuels. On lui a donné quelques clés, partagé des images mentales, parlé du propos de l’album. Il nous a proposé plusieurs artworks : tout était beau, profond, avec une vraie identité.

On a été particulièrement attirés par ce personnage et par le regard lucide qu’il pose sur nous. Comme l’album est notre propre regard sur le monde, ça faisait écho aux thématiques abordées. Et il y a même des easter eggs, donc on vous laisse plonger dans le visuel.

Pour le reste, notre musique est notre langage. Il n’y a pas de mots. J’imagine mon violon comme une plume : il raconte, il écrit, il est presque littéraire. Notre manière complémentaire de composer donne aux morceaux une dimension cinématographique. Sur scène, on embarque ces petites histoires avec nous, sur un écran noir.

Nîm : Et pour parler du processus créatif musical, dans mon cas, oui, je vois des images/sensations qui ont l'apparence de paysages ou de formes abstraites et je dépose de la matière sonore dessus, pour les rendre réels. On me dit souvent lorsque je partage ce que je fais à quelqu'un que je rencontre pour la première fois : « Ah, t'es musicien, tu joues de la basse et du synthé ! ». Et pourtant, je me considère vraiment comme un peintre qui ne sait pas tenir un pinceau, et qui a trouvé sa libération en passant par le « dépôt de matière » sonore. J'utilise des instruments de musique pour y parvenir, mais je ne me suis jamais vraiment senti comme « musicien », dans le très beau sens du terme d'ailleurs. Lorsqu'est venu le temps de partager les clés visuelles à François, je suis essentiellement passé par des références de peintures sur toutes sortes de supports et d'images artificielles (comme la colorisation d'une 'Parton's Shower » issu du travail du scientifique Marcos Kay), qui étaient toutes assez texturées. L'image mobile habite les tissus fondamentaux de Corde, à mon sens.

Strymy, c’est une aventure qu’on mène avec notre label, Vailloline, [...] Un outil de découverte, centré sur le propos artistique des créateurs. C’était donc naturel pour nous d’y publier l’album, avec même un peu d’avance.

Maxime, à propos de cette nouvelle plateforme.

L’album est disponible sur les plateformes habituelles, mais aussi sur une nouvelle plateforme appelée Strymy. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce choix et sur ce que cette plateforme apporte de différent dans la diffusion de votre musique ?

Maxime : Strymy, c’est une aventure qu’on mène avec notre label, Vailloline. Avec d’autres groupes et labels, on fait le même constat depuis des années : en envoyant notre musique sur les DSP classiques, elle finit souvent dans une forme de trou noir, qui ne facilite pas la découverte.

En parallèle, on voit des fonds d’investissement racheter les grandes plateformes, et certains financer des événements politiques très problématiques, en se retranchant derrière un “business as usual”. C’est un argument qu’on ne peut pas entendre. Rien ne justifie des politiques extrêmes et violentes envers les populations.

Les années à venir risquent d’être compliquées. On n’a pas vraiment d’autre choix que de reprendre la main, sinon on subira les décisions de gens qui ne se soucient pas de nos réalités.

Strymy, c’est justement un outil de découverte, centré sur le propos artistique des créateurs. C’était donc naturel pour nous d’y publier l’album, avec même un peu d’avance.

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