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Le collectif belge Bertier nous parle de son clip « Grands Brûlés »

Lille la Nuit, toujours à l‘affût des nouveautés musicales, des perles pop, s’est littéralement embrasé de curiosité à l’écoute d’un très inspiré morceau intitulé « Grands brûlés », joliment interprété par Pierre Dungen chanteur dandy, leader de BERTIER.

Le collectif belge Bertier

Tout près de chez nous, derrière la frontière belge, vit un collectif artistique prêt à incendier nos idées reçues sur la pop chantée en français. Tel Alain Bashung, La Femme ou encore le très actuel groupe Feu Chatterton, à croire que le brasier s’enflamme de tous côtés, c’est avec engouement qu’on vous propose de découvrir cette pépite.

Dans un clip de confinement réalisé par Lara Herbinia, chanteuse et photographe aux multiples talents, on peut y savourer une chanson entraînante et galvanisante au thème surprenant. On y retrouve sous forme d’hommage des poètes bien connus ; leurs portraits s’enflamment comme pour rappeler peut-être à quel point ils ont pu nous apporter en inspiration telles des « flèches enflammées [qui] ont cramé la crinoline des méninges ». Au rythme chaloupé d’une douce voix, l’auteur du morceau nous dévoile avant tout que l’écriture, le choix des mots, les grands auteurs sont source inépuisable de beauté pour lui. Poésie et musique se complètent en harmonie, et si l’on reconnaît dans ce clip les célèbres portraits de Rimbaud, Apollinaire, Baudelaire, Artaud, Virginia Woolf, Edgar Allan Poe, ou encore Oscar Wilde, nous n’avons qu’une envie, y ajouter le portrait de Bertier.

Lille la Nuit a voulu en savoir plus, parce qu’il lui semble vivre, avec « Grands Brûlés », la renaissance d’une pop à texte enflammée, puisse-t-elle faire renaître de ses cendres l’envie d’apprécier les beaux mots, où l’écriture va reprendre tous ses droits et transcender de nouveau les sons.

Interview de Bertier

Bonjour !  Vous nous avez fait découvrir un magnifique morceau avec votre dernier clip « Grands Brûlés ». Avant de nous en dire plus sur ce clip, parlez nous un peu de vous ! C’est qui Bertier ?

Pierre : Merci à vous. Je m’appelle Pierre Dungen, radical crooner… (c’est à prendre à plusieurs degrés en-dessous du premier). Au départ, je souhaitais raconter les éléments : l’eau, l’air, le feu et la terre, en 4 albums dits concepts (même si, pour certains, ça fait prise de tête, ou prise de chou comme l’homme à la tête du même nom…). Auteur-interprète, j’ai proposé mes histoires d’amour(s), parfois de colères et de désamour, à une équipe, bientôt un collectif d’invités et d’invitées changeants. Même s’il existe, en son cœur, une sorte de petite équipe fondatrice et permanente qui articule l’ensemble. Soit Lara Herbinia pour les images et les chœurs, Quentin Steffen, pour de nombreuses compositions et la prise de son dans son studio et enfin Amaury Boucher, pour le mixage et la réalisation d’ensemble. C’est ainsi qu’est d’abord né Dandy, en 2015 – récit des amours presque impossibles entre un Dandy et une sirène appelée Baby Lol. Et puis, en 2017, Anna&Roby, histoire d’un monte-en-l’air dénommé Roby qui s’amourache d’une petite parisienne, Anna, sans doute légère. 2020 (octobre ou novembre selon la météo des virus) sera l’année de Feu.E. Que j’espère salvateur ! Pour l’ultime, l’élément Terre… on verra si je n’y suis pas retourné moi-même avant.

C’est un morceau inspiré qu’on a découvert pendant le confinement. Pourquoi cet hommage aux grands poètes ?

Pierre :  Grands Brûlés est le premier extrait de Feu.E, accompagné de son clip « de confinement ». Alors les poètes, justement, c’est l’évasion. La liberté malgré la geôle pour raisons sanitaires. Enfin, quoi ma geôle… c’était pas la Syrie non plus. Mais surtout parce que ce sont elles et eux qui m’ont transmis le virus… des mots, des maux. Des mots de toutes les couleurs (notamment la bleue, car j’ai une pensée pour Christophe). Ce sont d’ailleurs, davantage que l’école, des chanteurs qui m’ont donné envie de les dévorer tous. Donc la musique et les mots dès l’origine. Des morts et des vivants (Trénet, Brassens, Ferré, Gainsbourg, Bashung, Higelin, Barbara, Thiéfaine, Couture), aujourd’hui Feu Chatterton, Radio Elvis…  tant d’autres qui parlent des poètes, qui les chantent. Ce sont des « passeurs ». Et à mon petit niveau, je souhaite faire ça, continuer ce mouvement. Sans se la péter. Unir la musique et les mots, quel pied, quelles croches, quel croche-pied. Ne pas simplifier : ‘hanouniser’ comme on annone. Œuvrer à la libération du temps de cerveau disponible.

Quels sont vos prochains projets artistiques ? Un album en vue ?

Pierre : La sortie de Feu.E, fin 2020 avec un scopitone de David Vallet (Scopitone is not dead). J’adore son idée. Mais il y aura d’abord un clip pour un 2e single avant, fin août ! Entièrement dessiné, imaginé par Nathalie Polfliet (que je vous engage à découvrir). Les petits héros de la 3e histoire sont Ena et Lucas, porteurs de prénoms de feu. Surtout, comme pour les deux précédents, l’histoire est pré-texte, pré-musique et chaque morceau a une vie autonome. Seulement, dans Feu.E, les mélodies sont plus directes. le propos plus politique, plus engagé. Sa forme est aussi originale : avec Lara Herbinia et le dessinateur Alain Dauchot, nous avons créé un livret-album, au format vinyle (avec un lien bandcamp pour la zike) qui raconte Bertier, le projet Feu.E et célèbre les 9 compositeurs ( !) du projet et la vingtaine de musiciens participants… Parmi ces derniers, je tiens à citer Yan Péchin, votre guitar hero national au talent international, qui participe au collectif depuis Dandy ! Il m’a d’ailleurs composé 3 morceaux et offert un compagnonnage sans fioriture.

Un petit portrait poétique pour finir et mieux connaître pierre ?

Si vous étiez un poète ?

Autant j’aime poètes et poétesses, vous m’avez compris comme aurait presque dit le grand Charles, autant ma seule ambition n’a jamais été qu’être un « chanteur », un « raconteur ». Un mixeur de musiques et de mots.

Si vous étiez un poème ?

A nouveau, à contre-pied, je choisis La Mémoire et la Mer de Ferré… Une chanson, très écrite, certes, mais quelle puissance. Moi j’ai vu Ferré à la Rochelle, à Saint Jean d’Acre, cracher les poètes et ses vers à lui. Et même nous gueuler, à 10 000 que nous étions, « vos gueules ». Parce qu’il nous aimait. Un chanteur c’est pas un VRP, avec tout le respect pour les comiques voyageurs…

Si vous étiez une citation ?

Le dictionnaire du même nom, carrément. Mais je réinventerais tout, pour brouiller les pistes.

Si vous étiez un mot ?

Merdre. Parce que nous vivons dans un monde ubuesque. Et réciproquement… Ou alors Feu follet, pour la petite flamme, même si elle est éphémère, que je souhaite tant contribuer à allumer dans le regard de ceux et celles que j’aime.

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