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Andy Shauf « The Party »

Andy Shauf « The Party »

Andy Shauf The Party Style : Pop orchestrale et échevelée Sortie : 20/05/2016

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Tempo rêveur pour ouvrir ce disque formidable, orchestrations riches, voix entrelacées aux mélodies instrumentales, c'est immédiatement très accrocheur. Le concept de l'album est étonnant, Andy Shauf observe une Party, une soirée complète et ses acteurs : la fille qui danse toute seule sans la moindre gêne, le personnage qui gère mal la nuance entre amitié et attraction, le type un peu ivre et lourd, le gars qui fait un malaise mortel cigarette à la main alors qu'il avait juré d'arrêter de fumer, celle qui est arrivée trop tôt et dont on ne sait pas quoi faire, etc. Bref, beaucoup de ce qu'on a pu vivre, tous, au moins une fois dans nos soirées. Et puis aussi... la fille avec laquelle on danse et qui vous rappelle... votre ex-. Oui, c'est plutôt une soirée ratée. L'univers se constitue sous nos yeux mi-clos, on le construit avec Shauf, pièce par pièce, à distance, sans le moindre jugement moral. On imagine particulièrement bien le narrateur, au milieu, un fond de verre à la main, stupéfait et muet.

Rien de tout cela n'est seulement narratif, ce n'est pas un conte mis platement en musique, c'est une série de vignettes très finement ciselées, tant par les textes que par les orchestrations d'une étincelante précision. C'est ouaté et tout en dream-pop orchestrale, extrêmement composé. Piano en cascades harmoniques, batteries et basses assez mates, voix traitée au même niveau que les instruments, très belles envolées. C'est magnifique et aérien.

Tout un univers se déploie, bardé de tentatives audacieuses, l'unisson de The worst in you, par exemple. Un album pour tous ceux qui cherchent des orchestrations denses, des instruments qui se répondent et construisent le tableau musical. Electricité finement dosée, relances savantes pour conserver la dynamique, dominante globalement folk, pour faire court, tapis de cordes élégantes écrites et arrangées par Colin Nealis. Instruments peu utilisés comme les clarinettes déjà présentes sur le premier album, audaces formelles, c'est un ravissement, luxuriant et somptueux. On a une petite pensée pour Jacco Gardner, dans le registre vocal et la forme générale, l'obsession psychédélique en moins. On se quitte avec une des plus belles réussites de l'album, Martha Sways, en laissant ce couple enlacé qui danse au son de la radio qui joue des arpèges malins et laisse entendre les mains sur le bois. On se prend à penser qu'on irait bien se servir un dernier verre au buffet de cette Party qui s'achève dans les lueurs fines de l'aube et qu'on a trouvé trop courte.

Andy Shauf, certainement sous le coup de l'excitation propre à tout un chacun quand il commence à défendre sur la route un tout nouvel album, sera, Ô joie, à la Péniche, le 30 mai. Une formidable idée que d'aller à ce concert avant de se rendre avec des yeux neufs à... une Party.

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