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« Allons enfants » : Thierry Demaizière, coréalisateur du documentaire sur le Hip Hop au lycée

« Allons enfants » : Thierry Demaizière, coréalisateur du documentaire sur le Hip Hop au lycée

Thierry Demaizière Allons enfants Style : Documentaire Date de l’événement : 13/04/2022

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Le documentaire Allons enfants se consacre à des jeunes pratiquant le Hip Hop au lycée. Une expérience menée pour les sortir de l'échec scolaire. LillelaNuit ne pouvait passer à côté de ce film sur la jeunesse française, l'enseignement, l'altérité, la danse, la musique, l'envie de s'accomplir. Le cinéaste Thierry Demaizière (coréalisateur du film avec Alban Teurlai) a accordé un entretien à LillelaNuit pour expliquer ses motivations, son envie de filmer cette jeunesse passionnante et passionnée.

Comment est né ce projet et l'envie de s'intéresser à cette histoire ?

Thierry Demaizière : Le projet en lui-même est né il y a 6 ans. Cette idée d'un professeur d’EPS et d'un proviseur, avec l'accord du rectorat, est d'aller chercher des gamins en échec scolaire dans des établissements de la périphérie de Paris, d'aller vers leur culture, de sélectionner des grands danseurs, d’utiliser le Hip Hop pour les raccrocher à la vie scolaire et les emmener jusqu'au bac. Pour l’histoire, c’est une journaliste, ancienne élève de Turgot, qui, un jour, a vu une dépêche annonçant qu’il y avait du Hip Hop au lycée Turgot, à Paris. C’est son ancien lycée ! Elle les a rencontré. Et le hasard de la vie fait qu’on l'a vue et qu'elle nous a parlé de ce projet. On s’est dit que c’était un pur sujet de cinéma. On lui a dit : "On veut le faire au cinéma !"

Ce qu'il y a de magnifique dans cette culture Hip Hop, c'est que la couleur de peau, la taille, la grosseur, le sexe, ne sont pas un problème. On accepte tout le monde.

Thierry Demaizière

Le fait qu'elle soit une ancienne élève de Turgot, cela vous a-t-il facilité le travail pour faire votre casting, vous faire accepter des élèves et des professeurs ?

Thierry Demaizière : Elle a commencé à faire un casting donc, évidemment, elle a eu son importance. Mais il y a deux choses qui ont facilité ce travail : les pré-entretiens qu’a fait David (ndr: David Bérillon, responsable pédagogique de la section à Turgot) en début d'année. On en a filmé quelques-uns, ce qui nous a permis de repérer les gamins. On est allé chercher des enfants qui illustrent vraiment l’histoire de ce projet pédagogique, des enfants avec une histoire compliquée ou socialement compliquée. C'est une génération tellement “Story”, tellement iPhone, tellement images, que notre caméra a été acceptée presque dès le premier jour.

Une jeune fille dit sa difficulté de pouvoir intégrer le milieu du Hip Hop. On pourrait penser qu’aujourd'hui, c'est un milieu moins masculin…

Thierry Demaizière : Elle prouve l'inverse. Parce qu’au lycée Turgot, il y a autant de filles que de garçons. Vous prenez l'exemple de Mélissa, qui est donc en terminale, et qui est vraiment le leader du groupe, qui est vraiment celle qui fait avancer la bande. Ce qu'il y a d’assez incroyable dans le Hip Hop c'est que sur l'année, on n'a pas entendu une seule phrase de l’ordre de la misogynie. Ce qu'il y a de magnifique dans cette culture Hip Hop, c'est que la couleur de peau, la taille, la grosseur, le sexe, ne sont pas un problème. On accepte tout le monde.

Ce qui assez remarquable dans le boulot qu’a fait Alban, c'est cette sensation pour le spectateur d'être dans le battle au milieu de l'arène. Il faut être dedans, si on est dehors, on fait de la captation.

Thierry Demaizière

Allons enfants a la forme d'un objet de cinéma. C'est un film de cinéma. Vous utilisez l'écran large, la photographie, le travail sur le son. Quelles étaient vos volontés esthétiques ?

Thierry Demaizière : Malheureusement, Alban (ndr: Teurlai) n’est pas là. C'est lui, le cadreur, le chef-opérateur, le monteur, le photographe. C'est un peu l'homme orchestre de la fabrication du film. Nous avons trois principes assez précis. Le premier, c'est que, comme les gens nous donnent leur disque dur, la moindre des choses c'est d’en faire un écrin, que ce soit beau à l'image. Deuxièmement, on nous dit qu’on est un peu des documentaristes du corps. Mais que ce soit une actrice porno avec Rocco, que ce soit un pèlerin dans Lourdes, que ce soit une danseuse classique avec Relève, à chaque fois, nous sommes des portraitistes. La troisième chose, c'est qu’il y a une vieille tradition dans le documentaire français, et qui persiste dans certains milieux : on doit être dans le réalisme, et pour que ce soit beau, il faut que ce soit un peu chiant. Mais, sans lumière, avec des petites équipes, on peut avoir une vraie qualité de cinéma, et faire des films. Si on fait un doc pour le cinéma, il doit être beau, il doit être beau comme un film de cinéma, donc on veut que ce soit des films qui soient impeccables à ce niveau là. Ce que je trouve assez exceptionnel dans le travail d'Alban, sur ce film-là, alors qu’on filme la danse depuis longtemps puisqu’on a fait une série sur ce sujet pour Netflix, qu’on a fait Relève, c'est qu’il a compris, tout de suite, intuitivement, qu'il ne fallait pas qu'on soit en plan trop large, sinon, on n’allait pas capter l'énergie du Hip Hop. Il est rentré dans l'arène. Au début, les gamins disaient : “Mais on va te bousculer !” Et il leur a dit de le bousculer. Comme il a filmé avec une caméra très immersive, on a l'impression qu’il danse avec eux. Ce qui assez remarquable dans le boulot qu’a fait Alban, c'est cette sensation pour le spectateur d'être dans le battle au milieu de l'arène. Il faut être dedans, si on est dehors, on fait de la captation.

La finalité pour ces jeunes, c’est de réussir le Championnat de France de Hip Hop. On voit aussi très bien la chance que représente pour eux d'intégrer Turgot. D'ailleurs, cela est dit très clairement : on les a choisis. D'après vous, qu'apportent ces gamins à l'enseignement ?

Ils apportent quelque chose d'extrêmement simple. L'exemple de Turgot, de cette méthode pédagogique de ramener des gamins d'un autre milieu au sein d'une cour de récréation s'appelle, tout simplement, l’école de la République. C'est un pari de croire à la mixité, de croire que mélanger des gamins dans une cour de création, de milieux différents, de couloirs différents, ça crée un corps, ça crée une cohésion. L'énergie du Hip hop, du crew, et de la compétition, fait, qu'en plus, ils sont emmenés dans une aventure, donc il y a des a priori de début d'année “Tiens, : on n'a pas les mêmes codes, on ne parle pas la même langue, on n'a pas la même culture, on dit wesh, pas wesh…” des a priori parce qu'on ne les connaît pas et à la fin de l'année, c'est une bande de même gamins d'horizons différents. Je pense que c'est ça que ça apporte à l'école. On sait qu'en France, l'ascenseur social ne marche plus tellement bien. Eux prennent l'escalier, le Hip Hop, et s'en sortent. Dans la section Hip Hop, il y a 99% de réussite au bac.

Les infos sur Allons enfants

Synopsis : Au cœur de la capitale, un lycée tente un pari fou : intégrer des élèves de quartiers populaires et briser la spirale de l’échec scolaire grâce à la danse Hip Hop. Allons Enfants est l’histoire de cette expérience unique en France.

Allons Enfants de Thierry Demaizière et Alban Teurlai
Durée : 1h54
Sortie le 13 avril 2022

Visuels : Le Pacte
Retranscription de l'entretien : Aurélie Gamelin
Entretien réalisé à Lille le 1er avril 2022
Remerciements UGC Ciné Cité Lille

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