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« Illusions perdues » : En adaptant Balzac, Xavier Giannoli tend un miroir à notre époque

« Illusions perdues » : En adaptant Balzac, Xavier Giannoli tend un miroir à notre époque

A LillelaNuit, on aime que le cinéma français soit ambitieux ! Pour l’Actu Ciné de la semaine, notre choix se porte donc naturellement sur Illusions perdues. L’adaptation de l’œuvre d’Honoré de Balzac, par Xavier Giannoli, est un tourbillon. Scénario brillant, mise en scène inspirée, beauté des décors, des costumes, distribution royale, regard impitoyable sur une société corrompue,... tout concourt à faire d’Illusions perdues, un grand film à ne pas rater.

Le cinéaste Xavier Giannoli

Xavier Giannoli, à l’image de François Ozon, est un cinéaste populaire traitant de sujets personnels. Comme le cinéaste de Grâce à Dieu, il rencontre souvent le succès avec des films aux univers différents, incarnés par des comédiens célébrés et de talent. On doit, notamment, à Giannoli Quand j’étais chanteur (avec Gérard Depardieu et Cécile de France), A l’Origine (son chef-d’œuvre, avec François Cluzet), Superstar (avec Kad Merad), Marguerite (avec Catherine Frot). Ces films, très différents, ont tous un point commun, un thème au cœur du cinéma de Giannoli : l’imposture, le sentiment d’imposture, la sensation de ne pas se sentir à sa place. Légitime. C’est une nouvelle fois le cas avec Illusions perdues, d’après Honoré de Balzac, que Xavier Giannoli voulait adapter depuis des années. Il est vrai que l’œuvre à tout pour plaire au réalisateur : de l’ironie, un regard impitoyable sur une société corrompue, sur la lâcheté, la cruauté, le cynisme des puissants.

Le cinéaste Xavier Giannoli sur le tournage d'Illusions perdues.

Illusions perdues

Dès les premières minutes du film, on est bluffé par la richesse de la direction artistique : la province, puis le Paris du XIXème siècle, sont remarquablement reconstitués. Au contraire de nombreux films, on ne perçoit pas les effets numériques utilisés pour donner l’illusion de cette France du passé. La beauté des décors extérieurs, comme intérieurs, des étoffes, des lumières (signées Christophe Beaucarne), tranche radicalement, avec un certain cinéma français de la médiocrité, se contentant de cracher des comédies vulgaires, à destination du prime-time du dimanche soir. Non ! Giannoli a une autre ambition, qu’il s’évertue à réaliser durant 2h30 : faire du cinéma ! D’ailleurs, pour ceux que la durée pourrait effrayer, il faut le dire d’emblée : on en reprendrait pour une heure de plus, tant le rythme est trépidant. Comme le jeune Lucien (Benjamin Voisin, déjà vu dans Un vrai Bonhomme, La dernière vie de Simon, Eté 85), le spectateur est emporté dans un tourbillon. La mise en scène de Giannoli, qui évoque les grandes fresques de Luchino Visconti (Le Guépard), Milos Forman (Amadeus), est d’une précision, d’une virtuosité, qui sidèrent. Il fallait bien 19 millions d’euros (oui, le cinéma à grand spectacle est cher) Giannoli concrétise son rêve d'adapter Balzac, en filmant l’ascension, puis la déchéance, d’un jeune poète provincial, dans un Paris gangréné par la cruauté de faquins.

Lucien de Rubempré (Benjamin Voisin) et Louise de Bargeton (Cécile de France). Le temps du bonheur ?

Un miroir de notre temps

Giannoli ne retient pas ses coups : contre la presse et les critiques (achetés pour la plupart), ceux qui font, défont les modes et réputations. Il en rajoute même, le bougre, pour que l’histoire, toujours très actuelle de Balzac, devienne un miroir de nos sociétés du paraître, de l’entre-soi, du narcissisme. Comment ne pas penser aux réseaux sociaux, quand, lors d’une séquence, un pigeon voyageur est lâché sur Paris, afin colporter de fausses rumeurs dévastatrices?

La jeune comédienne Salomé Dewaels incarne Coralie.

De Grands interprètes au service de leur chef-d’orchestre

Brillant, drôle, cruel, rock'n'roll (oui, oui), Illusions perdues l’est par son scénario, sa mise en scène virtuose, mais, aussi, par la grâce de comédiens de grand talent, s’offrant entièrement à leur chef-d’orchestre. Certains sont déjà passés devant la caméra d’entomologiste de Giannoli (Depardieu, Cécile de France, André Marcon, Louis-Do de Lencquesaing), quand d’autres sont de nouveaux compagnons (Vincent Lacoste, Jeanne Balibar, Xavier Dolan, épatant !). Tous ont une précision, une intelligence de jeu, une rigueur, une fantaisie, une noirceur, à la hauteur de celles requises par leurs rôles.

Lucien de Rubempré (Benjamin Voisin) et Etienne Lousteau (Vincent Lacoste). A la vie, à la mort ?

Salomé Dewaels et Benjamin Voisin

Il faut insister sur deux jeunes acteurs. Salomé Dewaels, actrice pulpeuse (et cela fait du bien, à l’heure des corps stéréotypés) est une belle révélation dans le rôle de Coralie, jeune femme trop moderne pour son temps, éperdument amoureuse de Lucien de Rubempré. Quant à Benjamin Voisin, dont le personnage ambivalent de Lucien n’est pas sans évoquer le Barry Lyndon de Kubrick, plus que talentueux, il est magnétique ! On lui souhaite le même parcours qu’Alain Delon, ou Jean-Paul Belmondo.

Alors, Illusions perdues, grand film ? A LilleLaNuit, on répond par l’affirmative !

Les informations sur Illusions perdues

Synopsis : Lucien est un jeune poète inconnu dans la France du XIXème siècle. Il a de grandes espérances et veut se forger un destin. Il quitte l'imprimerie familiale de sa province natale pour tenter sa chance à Paris, au bras de sa protectrice. Bientôt livré à lui-même dans la ville fabuleuse, le jeune homme va découvrir les coulisses d'un monde voué à la loi du profit et des faux-semblants. Une comédie humaine où tout s'achète et se vend, la littérature comme la presse, la politique comme les sentiments, les réputations comme les âmes. Il va aimer, il va souffrir, et survivre à ses illusions.

Illusions Perdues de Xavier Giannoli
d’après Honoré de Balzac

Scénario Jacques Fieschi et Xavier Giannoli
Avec Benjamin Voisin, Cécile de France, Xavier Dolan, Salomé Dewaels, Jeanne Balibar, Gérard Depardieu, André Marcon, Louis-Do de Lencquesaing, Jean-François Stevenin, Vincent Lacoste

Durée : 2h30
Sortie le 20 octobre 2021

Visuels : Copyright Roger Arpajou / 2021 CURIOSA FILMS – GAUMONT – FRANCE 3 CINEMA – GABRIEL INC. - UMEDIA

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