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« L’Homme de la cave » : Cluzet, Rénier, Bejo, dans un thriller sur l’antisémitisme et le négationnisme

L’Actu Ciné de LillelaNuit s’intéresse cette semaine à L’Homme de la cave. Ce film de Philippe Le Guay, avec François Cluzet, Jérémie Renier, Bérénice Bejo, s’inspire d’une histoire vraie. On y découvre un personnage pathétique, médiocre, aux idées nauséabondes, qui s’insinue dans la vie d’une famille. Traitant de négationnisme, d’antisémitisme, L’Homme de la Cave aborde ces sujets graves, en prise avec l’actualité, sous la forme d’un thriller.

Le cinéaste Philippe Le guay

On a l'habitude de voir Philippe Le Guay réaliser des comédies ou comédies dramatiques. Il a signé Du jour au lendemain, Les Femmes du 6ème étage, Alceste à bicyclette, Normandie nue (déjà avec François Cluzet)… Au cœur de cette filmographie, se trouve une exception, Trois Huit, qui voit l’affrontement tendu de deux ouvriers dans une usine. Ce film très réussi sur le harcèlement moral, baigne dans une atmosphère trouble et oppressante que tend à retrouver Philippe Le Guay dans L’Homme de la cave.

D'après une histoire vraie

L’Homme de la cave fut inspiré à Philippe Le Guay par une histoire arrivée à un couple d'amis. Ils vendirent une cave à un homme pour qu’il y entrepose des archives. Mais il s’y installa pour y vivre. L’acquéreur s’est révélé être un néo-nazi, pilier du négationnisme en France. Le couple vécut alors un véritable cauchemar et eut toutes les peines du monde pour déloger ce personnage aux idées nauséabondes et dangereuses. Le Guay a légèrement transformé l’histoire pour ne pas gêner ses amis.

François Cluzet sait, aussi, jouer les ordures (ici aux côtés de Bérénice Bejo).

François Cluzet dans le rôle d'un salaud

Cette fois, le personnage est un raté, ex-professeur d’histoire radié de l’Education nationale, nommé Jacques Fonzic. Le rôle est tenu par François Cluzet, que Le Guay retrouve donc après Normandie nue. Certains pourront être surpris de voir Cluzet, qui a incarné de nombreux hommes bons ou victimes, jouer une ordure de la pire espèce. C’est oublier qu’avant Quatre Etoiles, Ne le dis à personne, Intouchables, le comédien a interprété un jaloux pathologiquement malade dans L’Enfer (1994) de Claude Chabrol, inspiré d’un scénario d'Henri-Georges Clouzot (réalisateur de Les Diaboliques). Par ailleurs, Cluzet prend toujours le risque de rôles difficiles : on l’a vu dans A l’origine, Le dernier pour la route, La Mécanique de l’ombre, Blanc comme neige. Mais il est vrai que l’acteur n’avait plus joué de rôle sombre comme Jacques Fonzic. Sa prestation est impeccable, d’autant plus qu’il rend son personnage ambigu, presque attachant. Il n’en fait pas un croquemitaine sorti d’un film d’horreur. Il  a raison : des hommes comme Jacques Fonzic, niant l’existence de la Shoah, des chambres à gaz, ou minimisant le rôle de la France dans la déportation des juifs, existent depuis toujours. L’actualité nous a offert, récemment, de tristes exemples en la matière.

Un couple au bord de l'explosion (Bérénice Bejo et Jérémie renier)

Un personnage Révélateur de haines

Jacques Fonzic devient le révélateur de haines et petites lâchetés des autres. Des voisins de l’immeuble, par exemple. Il force aussi, paradoxalement, Simon Sandberg (brillamment incarné par le bruxellois Jérémie Renier) a accepter sa judéité. Si l’on est un peu déçu par la prestation de Bérénice Bejo (mais son rôle aurait mérité d’être étoffé), l’affrontement entre Cluzet et Rénier se révèle à la hauteur. Les rencontres entre Cluzet et la jeune comédienne (prometteuse) Victoria Eber aident aussi l’histoire à progresser de façon crédible. Elles servent à nous faire comprendre comment des complotistes, négationnistes, racistes, antisémites, peuvent, par la pitié, la manipulation, la séduction, manipuler des plus jeunes, ou personnes influentes, dans la vie, ou via le web, sur les réseaux sociaux, sites, ou autres blogs.

Excellent Jérémie Renier. Et si les meilleurs acteurs français étaient belges ?

Aborder des idées fortes par le thriller

L’Homme de la cave rappellera aux plus cinéphiles un excellent thriller, Fenêtre sur Pacifique (1990) de John Schlesinger, avec Michael Keaton, Melanie Griffith et Matthew Modine, dans lequel un psychopathe pulvérisait la vie d’un couple, en s’installant dans un appartement de leur maison. Il manque, peut-être, à L’homme de la cave ce qui faisait la force du film de Schlesinger : une mise en scène au cordeau, faisant monter une tension crescendo. Dommage, aussi, que l’écriture surligne certaines situations déjà redondantes.

En l’état, L’Homme de la cave demeure une œuvre recommandable, qui a le mérite d’aborder un sujet épineux avec sérieux, et par le biais du thriller. Un choix qui permettra au film d'atteindre le plus grand nombre.

Les Infos sur L'Homme de la cave

Synopsis : A Paris, Simon et Hélène décident de vendre une cave dans l’immeuble où ils habitent. Un homme, au passé trouble, l’achète et s’y installe sans prévenir. Peu à peu, sa présence va bouleverser la vie du couple

L’Homme de la cave de Philippe LE GUAY
avec François CLUZET, Jérémie RENIER, Bérénice BEJO, Jonathan ZACCAI, Victoria EBER, Denise CHALEM, Patrick DESCAMPS, Laetitia EIDO

Scénario : Philippe LE GUAY, Gilles TAURAND, Marc WEITZMANN
Musique originale : Bruno COULAIS
Directeur de la photographie : Guillaume DEFFONTAINES (AFC)

Sortie le 13 octobre 2021
Durée : 1h54

Visuels : photos © Caroline Bottaro / Affiche et film-annonce : Ad Vitam Distribution

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