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« Grâce à Dieu » : Le chef-d’œuvre de François Ozon sur les victimes d’un prêtre pédophile sort en salles

L’Actu ciné de Lille La Nuit ne pouvait passer sous silence la sortie de Grâce à Dieu, le nouveau film de François Ozon qui vient d'être récompensé par l'Ours d'Argent à Berlin. Interprété par Melvil Poupaud, Denis Ménochet et Swann Arlaud, Grâce à Dieu aborde le sujet terrifiant de la pédophilie au sein de l’Église. Chose rarissime dans le cinéma français, Ozon prend le taureau par les cornes et sort son film au moment où l’affaire fait l’actualité.

Grâce à Dieu de François Ozon : comme les cinéastes américains, le réalisateur français ne craint pas de s'attaquer à une affaire en cours.

Le courage d'un cinéaste

Grâce à Dieu raconte le combat mené par des victimes du père Bernard Praynat, accusé d’agressions sexuelles sur mineurs, dont les agissements furent couverts par le cardinal Philippe Barbarin et l’Église lyonnaise.

François Ozon a beaucoup de courage et de conviction (on salue aussi ses producteurs) pour se lancer dans un film qui raconte une affaire en cours. Les cinéastes américains sont coutumiers du fait. Depuis toujours, ils s’emparent de sujets brûlants, chauds bouillants, ne craignent pas d’affronter l’Histoire en train de s’écrire. C’est hélas moins le cas dans notre cinéma hexagonal. Même si des cinéastes comme Yves Boisset ne craignaient pas dans les années 70 de rentrer dans le lard des politiques et de leurs agissements crapuleux (Le Juge Fayard dit le Shériff, en 1977, avec Patrick Dewaere, attaquait la police parallèle du SAC, qui ne sera dissous qu'en 1982).

Grâce à Dieu n’est pas un film contre l’église. Il attaque la pédophilie dans l’église.

Le film d’Ozon gêne. Beaucoup. Vendredi dernier, François Ozon a défendu son film au tribunal. Le père Bernard Praynat a attaqué Mars Films, Mandarin Productions et France 3 car il jugeait que Grâce à Dieu allait à l’encontre de sa présomption d’innocence. Ses avocats voulaient que la sortie du film soit reportée après son procès, qui doit se tenir fin 2019. Une autre audience s’est tenue lundi à Lyon. Régine Maire, ex-bénévole du diocèse voulait que son nom soit retiré du film. Cette dernière fut jugée avec le cardinal Philippe Barbarin pour non-dénonciation d’agressions sexuelles. Les juges ne leur ont pas donné raison.

Grâce à Dieu de François Ozon : le cinéaste cadre lui-même ses films.

Dans son film, François Ozon cite explicitement Preynat, Barbarin et Maire. On pourrait effectivement s’interroger sur cette pratique si les faits racontés dans Grâce à Dieu n’étaient connus de tous, si des aveux n’avaient été formulés par la totalité des accusés. Or, le film relate uniquement des documents officiels et faits avérés.

Ozon  - qui a tourné son film sous un faux titre,  Alexandre, et n’a presque pas filmé à Lyon - y va. Et pas à moitié ! Mais il le fait avec intelligence, finesse et dignité (les agressions ne sont jamais montrées). Sans haine, ni manichéisme.

Jeune réalisateur, François Ozon (Sous le sable, Jeune et Jolie, Une Nouvelle amie, Frantz) aimait choquer le bourgeois parfois un peu gratuitement (comme dans son premier long-métrage, Sitcom - 1998). Aujourd’hui, il s’attaque toujours à des thèmes rugueux, âpres, violents. Mais la maturité a gagné le cinéaste.

Grâce à Dieu n’est pas un film contre l’Église. Grâce à Dieu attaque la pédophilie dans l’Église. Nuance. Et la pédophilie tout court, puisque le film pourrait se passer dans n'importe quel autre milieu.

Grâce à Dieu de François Ozon : l'implication et la sobriété de Melvil Poupaud, Denis Ménochet et Eric Caravaca sont à saluer.

Du côté des victimes

Ozon se met du côté des victimes. Il raconte le parcours d’hommes qui se sont levés face à une institution toute puissante en créant une association, La Parole Libérée. Ozon filme leur combat pour faire reconnaître la non-prescription des faits. Leur bataille pour que les coupables et complices soient jugés, pour que d’autres hommes d’Église ne reproduisent de tels agissements sur de jeunes victimes.

François Ozon raconte aussi le silence, la peur du qu’en dira-t-on, la bêtise, l’ignominie de certaines familles bourgeoises qui ne crurent pas la parole de leurs enfants, les témoignages de leurs gosses agressés sexuellement, devenus des adultes brisés. Et qui les rejetèrent.

Grâce à Dieu de François Ozon : Swann Arlaud - ici aux côtés de la grande Josiane Balasko - confirme qu'il est un formidable comédien.

Le cinéaste le fait avec simplicité, un beau classicisme de mise en scène. Surtout, il réussit l’exploit de ne jamais ennuyer et de ne perdre à aucun moment le spectateur. D’une durée de 2h17, Grâce à Dieu (nourri d’un nombre conséquent d’informations, de documentation) passionne, et se regarde comme un thriller psychologique.

époustouflants Poupaud, Ménochet, Caravaca et Arlaud

Ozon fait aussi un sans-faute dans le choix de ses interprètes (le début de la mise en scène) et sa direction d’acteurs. Melvil Poupaud est époustouflant, tout autant que Denis Ménochet ou Eric Caravaca (n'oublions pas le Lillois Bernard Verley et François Marthouret qui ont la lourde tâche d'incarner Preynat et Barbarin). Leur implication et leur sobriété sont à saluer. Quant à Swann Arlaud (César du meilleur acteur pour Petit Paysan), il confirme tout le bien que l’on pense de lui. Dans le rôle d’Emmanuel Thomassin, il est tour à tour fragile, brisé, plein de rage contenu. Comparaison n’est pas raison, on le sait bien. Pourtant, Arlaud rappelle le grand Dewaere. Ce n’est pas rien.

Parce qu'il n'est pas une œuvre à charge, ne juge pas, n'oublie jamais d'être du cinéma avec un point de vue fort de réalisateur, Grâce à Dieu est un grand film. Avec lequel François Ozon vient, sans doute, de signer son chef-d’œuvre.

Les infos sur Grâce à Dieu

Synopsis : Alexandre vit à Lyon avec sa femme et ses enfants. Un jour, il découvre par hasard que le prêtre qui a abusé de lui aux scouts officie toujours auprès d’enfants. Il se lance alors dans un combat, très vite rejoint par François et Emmanuel, également victimes du prêtre, pour « libérer leur parole » sur ce qu’ils ont subi. Mais les répercussions et conséquences de ces aveux ne laisseront personne indemne.

Grâce à Dieu de François Ozon
Avec Melvil Poupaud, Denis Ménochet, Swann Arlaud, Josiane Balasko, Frédéric Pierrot, Eric Caravaca, Hélène Vincent, Bernard Verley

Durée : 2h17
Sortie le 20 février 2019

Affiche, photos, film-annonce © Mars Films

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