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Une Sirène à Paris : Rencontre avec Mathias Malzieu, Nicolas Duvauchelle, Marilyn Lima

Une Sirène à Paris : Rencontre avec Mathias Malzieu, Nicolas Duvauchelle, Marilyn Lima

Mathias Malzieu, Nicolas Duvauchelle, Marilyn Lima Une Sirène à Paris Date de l’événement : 11/03/2020

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Sept ans après La Mécanique du Cœur, Mathias Malzieu revient au cinéma avec Une Sirène à Paris, réalisé cette fois en prises de vues réelles. Le film, est un conte fantastique et romantique comme les affectionne particulièrement le leader de Dionysos. Profitant de leur passage dans la région, Lille la Nuit a rencontré Mathias Malzieu, ainsi que les comédiens du film : Nicolas Duvauchelle et Marilyn Lima.

Comment avez-vous avez pensé ce projet, Une Sirène à Paris, qui est devenu un roman, un film...

Mathias Malzieu : Un film, et un album !

Et un album ! Comment se sont posées les questions d'adaptation pour le cinéma ? 

Mathias Malzieu : Oui mais ça n'a pas été une adaptation justement, c'est ça l'astuce ! Ça aurait pu, j'aurais pu faire le livre tranquillement, le terminer puis commencer le scénario. Mais j'ai écris en même temps. C'est aussi un travail d'équipe car j'ai aussi eu un co-scénariste ; sur les arrangements je travaillais aussi avec le groupe, je faisais des chansons de Gaspard (Nicolas Duvauchelle), je faisais des répétitions avec les musiciens, on commençait à enregistrer… En parallèle, j’avançais le roman en même temps que le scénario. Les retours sur le scénario m'ont donné des éléments sur la structure et j'allais plus loin dans la psychologie et sur les atmosphères dans le livre. Et ce qui était vraiment génial pour moi en écrivant le scénario, c'est qu’en faisant le livre je faisais un objet fini ! Je faisais la déco dans le livre, mais aussi les costumes, la musique, la musique de la langue et l’atmosphère.  Alors que le scénario n'est qu'un outil de travail. Donc, ça me faisait encore plus fantasmer le film, parce que j'avais un des cinémas possibles dans la tête. Après, on sait qu'il y a deux réécritures : l'écriture du plateau et l'écriture au montage. Alors que j’avais déjà Une Sirène à Paris qui existait avec le livre. Après, chaque lecteur fait son cinéma, mais moi j'avais déjà ce cinéma là ! Et il m'a boosté l'envie de manière démesurée pour m'accrocher et arriver à trouver les bons comédiens, la bonne équipe technique ; pour transformer ce rêve-là en réalité à l'écran !

Un challenge pour les comédiens

Marilyn, qu'est-ce que ce que Lula la sirène, vous a permis d'explorer que vous n'avez pas pu expérimenter auparavant dans votre travail de comédienne ? 

Marilyn Lima : Énormément de choses ! Ce n’est pas tous les jours qu'on peut jouer en ayant les jambes bloquées, tout en devant être très expressive, qu’on nous demande de chanter. Ca réunissait beaucoup de challenges à expérimenter dans mon travail de comédienne, et c'est formidable d'avoir un rôle qui réunit autant de choses à travailler !

Mathias Malzieu : Elle avait un handicap, et ça jouait pour le film car elle était dans cette nageoire, elle était dans l'eau, et dans le rôle elle arrive en terre complètement inconnue... Ce qui m'amusait, c'est qu'elle soit dans quelque chose de complètement familier, même si la salle de bains de Gaspard est une fantaisie, ça reste quelque chose d'extrêmement réaliste et Marilyn, en tant que comédienne, avait à affronter ça aussi. Elle était aussi à l'étranger car elle était dans cette nageoire... Elle a joué le jeu à fond  et c'était super ! Alors, évidemment, ça aurait pu être un autre film que de jouer en fond vert avec beaucoup d'effets... Mais là on est dans une poésie du quotidien avec ce décalage de la créature surnaturelle ! On est vraiment dans une quotidienneté de trois jours, ça me plaisait !

Et pour vous, Nicolas qu’a représenté le challenge d’incarner Gaspard ?

Nicolas Duvauchelle : Ce que j'ai beaucoup aimé c'est de faire un personnage comme ça, limite “cartoon” ! Qui court tout le temps, qui est toujours en action ! On avait trouvé ça avec Mathias sur le plateau, car quand on fait une lecture autour d'une table c'était quand même compliqué de s'imaginer tous les traits des personnages : les traits physiques et ce qu'on va mettre de physique dedans. Et puis il y a eu la musique aussi. Moi j'adore la musique, j'en ai fait, j'ai eu un groupe pendant 10 ans, je n’ai pas fait autant de concerts que Mathias mais j'en ai fait quelques-uns aussi (rires). C'est vrai que de pouvoir chanter de nouveau et de donner à voir autre chose au public c'est quelque chose qui me plaisait. Incarner un personnage bienveillant comme Gaspard et de foncièrement gentil, c'est ce qui me plaisait aussi ! J'ai beaucoup aimé voir ce Gaspard s'occuper de la sirène comme si ce n’était pas si extraordinaire que ça. J’aimais bien ce rapport au fantastique qui est assez terre à terre au final, car tout est réaliste pour moi. Je voulais le prendre comme si ça m'arrivait demain, comment demain je réagirai si je voyais une sirène échouée ? Je voulais le prendre comme quelque chose de pas si fantastique que ça ! J'avais aussi vu La Mécanique du cœur avec mes deux filles et pouvoir rentrer dans l'univers de Mathias comme ça c'était quelque chose de très excitant !

Mathias Malzieu : C'est très juste ce que dit Nicolas sur le côté presque terre à terre du fantastique. Moi je voulais surtout pas que ce soit théâtral, je voulais surtout pas qu'on soit dans "une sirène”, “un truc surnaturel " et qu'on en fasse des caisses mais qu'on soit dans un jeu dans une façon très réaliste.. Je voulais des gens normaux en fait. Je voulais des gens à qui il arrive des choses extraordinaires, et c'est la situation et leur réaction à la situation qui les rend extraordinaires. Alors évidemment la sirène était extraordinaire en soi, mais elle aussi est finalement confrontée à une situation où elle est coincée, elle se croit prisonnière et après elle comprend qu'elle prend le risque de tuer quelqu'un qui n'est pas comme elle. Alors il y a l'empathie et la culpabilité qui se développent. Alors que les deux tombent amoureux, les deux peuvent se faire du mal. Et tous ces petits fils narratifs émotionnels, qui ne sont pas des fils d'énigmes. Même s’il y a une énigme autour, le cœur était vraiment le petit quiproquo émotionnel. Le fait qu'ils tombent amoureux l'un de l'autre, qu'ils se mettent en danger l'un et l'autre sur des choses très simples comme de se faire à manger, garder la lumière allumée ou pas...

Nicolas Duvauchelle. : Des trucs du quotidien quoi ! C'était assez drôle de se retrouver là-dedans, c'est pas quelque chose qu'on traiterait comme ça.

Mathias Malzieu : Je n’avais pas envie de faire un film de genre en fait. J'adore le cinéma de genre aussi mais ce n’est pas un film de sirène ou un film fantastique. C'est un conte, parce qu'il y a du surnaturel mais c'est le “réalisme magique” moi qui me plaisait. C'est vraiment ce côté là !

Nicolas Duvauchelle : Non mais moi je voulais justement qu'il se dévoile et que ce soit quelqu'un de foncièrement bienveillant, comme je suis dans la vie en fait, même si on me donne souvent des rôles un peu nerveux, ce que je suis aussi parfois (rires). Mais c'est vrai que ce que j'aimais bien dans ce personnage c'est qu'il est bienveillant ! Ça peut paraître être des valeurs désuètes, mais la gentillesse, la bienveillance sont des valeurs qui me touchent beaucoup et Mathias est beaucoup comme ça. Même sur un plateau, Mathias est vraiment comme ça et c'est très agréable de travailler dans ces conditions. Je ne pense pas avoir déjà fait ça dans un rôle, c'est ce qui me plaisait beaucoup et c'est un beau cadeau que Mathias m'a fait ! Même moi, j'ai découvert le film hier et je n’ai pas encore digéré. Et même moi de me voir comme ça me fait bizarre !

Une sirène à paris

Vous arrivez à vous regarder ?

Nicolas Duvauchelle. : Oui, ah oui ! Je ne me cachais pas les yeux pendant tout le truc quand même, même si j'ai beaucoup bougé apparemment m'a dit Mathias (rires) ! Mais c'est vrai que c'est quelque chose qui me plaisait, ce personnage plein d'énergie ! Je ne suis pas sorti, je faisais du sport... Il fallait rester tout le temps dans une énergie débordante ! Je portais Marilyn avec la queue, avec tout le poids au bout, c'était pas évident ! Et le fait de faire du sport, ça me détendait ! Je pense que le personnage est assez zen par rapport à ce que je suis d'habitude.

Mathias Malzieu : Mais en même temps il a ton énergie, moi ce que j'aimais chez lui c'était son énergie, son intensité. Et j'avais besoin de quelqu'un qui soulève ça, qui soit en capacité de se transformer, qu'on sente l'effet de l'amour mais aussi du fait qu'il redevienne lui-même. J'avais besoin de ressentir ça et il fallait vraiment de la dynamique ! Comme un chanteur qui aurait beaucoup d'octaves. J'avais besoin que dans le jeu l'émerveillement arrive !

Nicolas Duvauchelle : Et puis il reprend vie, il recommence à courir. Il y avait tout ce truc là !

Mathias Malzieu : Oui, j'avais vraiment besoin de ça, qu'on sente l'effet ! Sans avoir à le raconter, à l'expliquer. Et encore une fois, sur les petites choses, les petites attentions. On dit souvent, et c'est une phrase qui est juste, “on fait pas de bonne histoire avec du bon sentiment”, souvent on dit ça pour la littérature mais c'est valable aussi pour le cinéma.

Nicolas Duvauchelle. : On n’a jamais tourné en disant "ah dans cette scène faut qu'il soit gentil, que les gens te trouvent gentil", et en fait les scènes sont venues comme ça et c'est ce qu'on a donné qui a fait que les personnages sont comme ça aussi. C'était assez naturel, et je pense que du coup rien ne transparaissait après car ce n'était pas des intentions mais des vrais sentiments.

Mathias Malzieu : Et c'était très savoureux d'être dans quelque chose de très naturel alors que c'était complètement surréaliste. Et c'est ça qui donnait de la saveur au truc, le fait qu'ils aient chanté tous les deux, que Marilyn ait vraiment joué le jeu alors que c'était pas facile au jour le jour. Elle était quand même handicapée, elle attendait parfois sur le tapis avec sa queue de Sirène. Fallait avoir de la patience ! Bon ok, c'est le travail d'un comédien mais c'était encore un peu plus difficile pour elle là, surtout pour des scènes où elle ne parlait pas. Donc quand tu attends beaucoup, que t'es dans l'eau, que t'as une queue de sirène,  et qu'on te demande de jouer une scène qui est capitale et où tu ne parles pas, il faut être très concentré et très amoureux de son personnage. Et ça elle l'a rendu assez incroyablement bien !

C'était très savoureux d'être dans quelque chose de très naturel alors que c'était complètement surréaliste. Et c'est ça qui donnait de la saveur au truc.

Mathias Malzieu

Et la contrainte libère, Marilyn ? 

Marilyn Lima : La contrainte aide complètement ! Jouer sur un fond vert ça n’aurait pas du tout été la même chose ! Le fait d'être véritablement une sirène la journée pour jouer c'est carrément un appui ! Je ne me serais pas vue les jambes enroulées dans du vert à faire semblant. Donc la contrainte aide mille fois pour pouvoir jouer cette sirène.

La différence entre la scène et le plateau de cinéma

Mathias, vous sentez-vous aussi libre en faisant du cinéma qu'en étant sur scène ? Quand vous êtes sur scène, vous contrôlez tout le plateau. Là, vous contrôlez aussi mais c'est vraiment un travail technique. Il y a des contraintes très lourdes !

Mathias Malzieu : La différence c'est que quand je suis sur scène c'est moi le comédien !

Voilà ! Donc, vous sentez-vous aussi libre ?

Mathias Malzieu : Oui mais c'est autre chose et j'adore ça, car je vois d'autres choses ! Quand on est soi-même en train de faire on est dans la pure émotion, on est traversés et j'adore ça ! Je suis très heureux de repartir sur scène mais c'est un autre temps, c'est un autre moment ! Là c'est plus comme au football si j'étais coach. Là je suis pas sur le terrain, c'est eux, et j'adore ça car on voit plus de choses ! On prend du recul et j'adore ! J'aime être chez moi sur mon ordinateur à écrire un livre et j'aime l'hystérie des gens qui crient pendant un concert ! Mais c'est deux temps, deux mouvements. Et presque trois avec celui de réaliser et j'ai vraiment adoré ça !

Marilyn Lima : Et qu'est-ce que tu vas faire après ?

Mathias Malzieu : Continuer ! Ce serait déjà fabuleux ! Avoir le droit de continuer !

Les infos sur "Une Sirène à Paris"

Synopsis : Crooner au cœur brisé, Gaspard s’était juré de ne plus retomber amoureux. Quant à Lula, jolie sirène, elle n’a que le chant pour se défendre des hommes, en faisant s’emballer leur cœur jusqu’à l’explosion. Lorsque la Seine en crue vient déposer Lula au pied du Flowerburger, la péniche-cabaret où chante Gaspard, c’est un mini-tsunami qui va bouleverser leur existence. Lui, l’homme qui a souffert d’avoir trop aimé, et elle, la créature qui n’a jamais connu l’amour, vont apprendre à se connaître. Et à chanter d’une même voix…

Une Sirène à Paris de Mathias Malzieu
Avec Nicolas Duvauchelle, Marilyn Lima, Rossy De Palma, Tchéky Karyo…
Musique de Dionysos

Durée : 1h42
Sortie le 11 mars 2020

Photos et film-annonce Sony Pictures Releasing France
Remerciements UGC Ciné Cité Lille

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