« Le Successeur » : Après « Jusqu’à la garde », le nouveau film de Xavier Legrand

« Le Successeur » : Après « Jusqu’à la garde », le nouveau film de Xavier Legrand

Xavier Legrand Le Successeur Style : Cinéma Date de l’événement : 21/02/2024

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LillelaNuit fait un gros plan sur Le Successeur, le nouveau film de Xavier Legrand. Le réalisateur de Jusqu'à la garde (4 César dont celui du meilleur film), sait qu'il est attendu au tournant avec ce second long-métrage, tourné au Québec. Cette fois, Xavier Legrand nous plonge dans les eaux troubles de la filiation, avec un film très noir, thriller à la mise en scène au cordeau (une séquence terrifiante fera date), que porte l’impressionnant Marc-André Grondin. Large entretien avec un cinéaste passionnant et passionné !

Après Jusqu’à la garde, même si l’univers, la mise en scène, l’ambiance, l'histoire sont différents, l’homme est une nouvelle fois la figure du mal.

Xavier Legrand : Alors non, ce n'est pas l’homme, ce n’est pas non plus le père, la paternité, mais c’est plutôt le patriarcat. C’est d’ailleurs une continuité avec mon premier film. Ce sont effectivement des maris et pères qui ont une emprise, une domination, qui sont sous le régime du patriarcat.

Mais ça va avec l’homme !

Bien sûr, oui. Mais il y a aussi des hommes gentils dans mes films. Et des pères gentils.

Le titre du film est Le Successeur. Dans son travail, Ellias succède à un grand créateur de mode. Vous parliez de l’emprise du patriarcat, y a-t-il une double lecture, une peur d'hériter de ces travers ? 

Oui il y a de ça. Effectivement, comme j’ai pris énormément de liberté avec le bouquin duquel est tiré le film, je ne voulais pas qu’il ait le même titre, L'Ascendant. Le Successeur, c’est un peu un synonyme. Mais oui, il y a le poids de l’héritage, il hérite de ce piedestal à la maison de haute couture et c’est un peu “Le roi est mort vive le roi”. Il y a quelque chose d'un peu automatique. Donc quoi qu’on fasse, l’histoire est là.

Que va découvrir Ellias (Marc-André Grondin) derrière la porte ?

Il y a quelque chose de fascinant dans votre film, c’est la façon dont vous utilisez le hors-champ. Notamment dans cette séquence terrible, que l’on ne dévoile pas. À cet instant, on est vraiment dans un film de terreur. On ne voit rien  mais tout est démultiplié par le jeu impressionnant de Marc-André Grondin. Il y a aussi ces hors-champ que l’on trouve dans le scénario. On pourrait croire que ce sont des manques mais ce n’en sont pas. Ce sont des choses que l’on doit, en tant que spectateur, s'imaginer. D’ailleurs on ne sait rien de ce qui a pu se passer entre le père et le fils. Pourquoi le hors-champ visuel, mais aussi dans les interstices du scénario, est important  ?

Oui c’est important pour moi parce que j’aime bien (pas tout le temps : parfois j’aime me laisser porter et que les choses me soient un peu expliquées ou mâchées et que je n’ai pas trop à réfléchir) j’aime bien travailler quand je regarde un film. Le fait de suggérer les choses fait que l’on se rapproche de la littérature avec le hors-champ au cinéma, car dans le cinéma on a tendance à être beaucoup plus manipulateur, on induit vraiment les choses, de façon plus claire, et le hors-champ permet d’avoir l'imagination du spectateur qui peut retrouver celle du lecteur. Le spectateur est alors actif, il se pose toujours plein de questions.  Pour répondre à la deuxième question, s'il y a plein de choses qui ne sont pas dites, c’est parce que ce n’est pas le sujet du film, le passé on s’en fout ! L’intéressant c’est la situation, c’est cet héritage. Ce qu’il s’est passé avant, qu’il ait aimé ou pas son père, qu’il ait été maltraitant ou pas, ce n’est pas le sujet du film. En revanche, toutes les fausses pistes peuvent laisser croire que c’est le retour du fils prodigue, ou du fils indigne. On se dit que ça va peut-être être un film sur la réconciliation post-mortem du père, il va renouer avec son passé, son enfance… tout cela ça permet de perdre le spectateur pour qu’il se retrouve au même présent qu’Ellias au moment du choc.

On propose une image de personnage masculin aux antipodes de ce que l’on a l'habitude de voir.

 Xavier Legrand

Revenons à cette séquence phare, sans la dévoiler. Comment vous l’avez tournée ? Comment vous l’avez pensé en termes de mise en scène ? 

Ça se répète un petit peu, en se donnant des timings. En fait, ce qui est terrifiant dans ce plan, c’est la longueur, la tension a le temps de s’installer, on appréhende. Finalement, c’est ce que disait Hitchcock “ Il n’y a pas de terreur dans le coup de fusil, seulement dans son anticipation”. C’est vraiment le fait de tirer l'élastique pour ensuite le lâcher. C’est plutôt la nature du cri et de la peur qu’il a fallu travailler avec Marc-André parce qu'on propose une image de personnage masculin aux antipodes de ce que l’on a l'habitude de voir. Les hommes en général gardent leur sang-froid, n’ont pas peur, ne se font pas pipi dessus, ils sont des héros, des sauveurs. Là, il fallait déconstruire tout ça et aller vraiment dans la quasi immaturité et le petit garçon qui est en lui. Mais ce n'est pas forcément le genre de séquence le plus difficile à faire parce que c’est très physique.

Mais vous saviez depuis le départ que vous ne montrerez pas ce qu’il y avait derrière la porte ? 

Oui.

On ne voit jamais Ellias prendre de décisions. Tout lui tombe dessus et il réagit avant même qu’il ait le temps de comprendre ce qu’il se passe. Comment avez-vous travaillé cela ? Était-ce déjà quelque chose de présent dans le livre ? 

La difficulté que l’on a rencontré pendant l’adaptation, c’est que dans le livre, il est le narrateur, donc on a accès à comment il élabore les choses. À part faire une voix off, je ne pouvais pas. Il a donc fallu que je change plus de choses, et en même temps je tenais à ça car il s'agissait de trouver de la cohérence dans l'incohérence. Il est en état de choc. Il se prend une sorte de tsunami. D’ailleurs, il est asthmatique, il fait une crise d’asthme. Le souffle en latin c’est « anima », donc c’est comme s’il perdait son âme. Il est détruit, il est mort. Quand il ouvre cette porte il est mort, quoi qu’il fasse. C’est une sorte de déni aussi, j’ai voulu vraiment travailler ça. Dans le livre il prend des comprimés, il dort pendant 4 jours. À filmer c’est quand même moins intéressant, mais il s’éteint pour ne pas penser. Là, pour faire un film, j’ai voulu mettre le curseur sur le fait qu’il n’a pas le temps de réfléchir. Le déni c’est ne pas voir ce qui existe, donc il referme cette porte, quand il appelle les secours et qu’on lui demande quel est le danger il ne peut pas le nommer parce qu'à partir du moment où il le nomme, le danger existe. À partir du moment où il ne veut pas voir ce qui existe, on est dans l’aveuglement et on est dans l’incohérence. Il espère gérer ce qui n’est pas gérable, il espère sauver sa peau alors qu’il y a quelqu’un peut être à sauver mais il veut se sauver lui-même, il ne veut pas être tué par son père, parce que finalement cet héritage le tue, et il ne veut pas ça, il essaye de survivre à ça, donc on est dans des choses complètement inédites, c’est inédit ce qu’il vit. Personne ne peut dire “je n’aurais pas fait ça à sa place”, j’ai envie de dire comment le savez-vous ? Il s’agissait de trouver quelque chose de cet ordre-là, quitte à perdre certains spectateurs. Il y en a qui ne veulent pas voir ça, ils le condamnent, et je trouve ça intéressant de voir à quel point il y a des spectateurs qui vont être vraiment dans une empathie même si être en empathie ne veut pas dire valider ce que fait le personnage, mais juste comprendre. Et d’autres le condamnent même bien avant, car certaines personnes ne l'aiment pas car il n’est pas touché par la mort de son père. Donc ça raconte déjà comment chacun a l’image du père, comment on doit l’honorer automatiquement, comme il a donné la vie il faut l’accompagner dans la mort. Toutes ces thématiques viennent un peu bousculer.

Cette maison renferme un terrible secret, peut-être qu’elle en renferme d'autres, on ne sait pas. C’est un lieu important. Peut-on la considérer comme un personnage ?  

Oui. C’est aussi un pont entre mon court métrage (ndr : Avant que de tout perdre - 2013) et mon long (ndr : Jusqu'à la garde -2017). Mon court se passe dans un hypermarché. Le premier plan, et mon premier plan de cinéaste, est une maison qui est beaucoup trop grande pour le petit garçon qui passe devant. Le foyer est souvent considéré comme un refuge, mais finalement c’est le lieu où quelquefois; et même très souvent, on est dans la plus grande insécurité, surtout quand on parle de violences familiales. Donc, oui forcément la maison est le lieu où est possible ce qui est impensable.

Revenons au titre, Le Successeur. Est-ce une façon de nous dire (dans votre film, pas dans la vie en général) qu’il y a une hérédité, dans ce qu’il y a de plus sombre, entre le père et le fils ?  

Est-ce que la violence se transmet ?

Exactement ! Est-ce que c’est quelque chose d’héréditaire, qui se transmet, la violence ? 

Alors moi, je pense que ce n’est pas génétique, ça n’a rien à voir. Mais en revanche ça raconte à quel point le lien de sang est sacré. D’ailleurs, dans les tragédies le lien de sang est l’origine de l’honneur et c’est ça que ça raconte, à quel point on met un sacré sur un lien qui du coup est irrésiliable. Il l’est vraiment parce qu'un père ou une mère restera toujours le parent des enfants qu’ils ont mis au monde, mais ce lien est tellement sacré dans notre société que si l'ascendant est monstrueux, il éclabousse forcément et même si la progéniture s’est construite contre. Dans les faits divers, on parle de la victime, de sa famille, de l’auteur, mais on ne parle jamais de la famille des auteurs, ce sont des gens qui sont obligés de disparaître. Et c’est ça qui m’a interpellé et poussé à travailler ce film. Dans plein de faits divers les proches sont condamnés par notre regard. La société porte un regard sur le lien de sang.

La haute-couture, monde parfait factice, et reflet d'un bonheur illusoire, avant que tout ne bascule pour Ellias Barnes.

Ellias, d’une façon sans doute totalement illogique, se sent-il coupable du geste qu’a commis son père ? 

Je pense que de, toute façon, la question doit vraiment se poser lorsqu’il disjoncte. Sans doute se dit-il “si j’avais peut-être gardé les liens, ou si j’avais été là, il n’aurait pas pu”. Peut-être, mais je ne crois pas que ce soit ça qui décide de ses décisions aussi illogiques soient elles.

Ce qui est intéressant dans la mode, c’est que c’est un métier où on objective les femmes. Les femmes sont des objets qui portent des vêtements.

Xavier Legrand

En quoi la première séquence, celle du défilé, était importante pour installer le contexte ?

Je voulais vraiment planter le personnage dans un statut élevé. Et ce qui est intéressant dans la mode, c’est que c’est un métier où on objective les femmes. Les femmes sont des objets qui portent des vêtements. C’était important pour moi que ce soit quelqu’un qui fasse cette profession car il aime les femmes, il les respecte et malgré tout, voilà. Je voulais vraiment donner quelque chose de monumental. Cette spirale est tirée d’une scénographie qui a déjà été utilisée pour un défilé de haute couture d’une marque, elle n’était pas exactement comme ça, mais le principe était un peu le même. Mais je voulais vraiment la spirale parce qu’il est dans une spirale infernale et c’est un mouvement circulaire que l’on retrouve dans le film, il y a un mouvement à 360 degrés à un moment, on a l’impression d’être dans un vertige. J’indique aux spectateurs “accrochez-vous, le manège va secouer”.

Quel acteur est Marc-André Grondin ? A-t-il une école de jeu à l'américaine ? Comment travaille-t-il et comment il s’est emparé du personnage d’Ellias ? 

Marc-André est sur les plateaux depuis l’âge de 4 ans. Donc c’est quelqu’un qui adore ça, qui connaît les plateaux, qui connait le jeu et qui a un rapport sain au jeu. C’est-à-dire qu’il n’a pas besoin de se torturer l'esprit pour jouer des choses très difficiles. Il arrive vraiment à placer le jeu comme un jeu, dans le sens ludique du terme. Et c’est assez fluide de travailler avec lui car il n’a pas besoin de beaucoup parler, les choses sont déjà là. Comme il est très physique et que c’est une partition physique, silencieuse et solitaire (il joue quand même tout seul avec des objets pratiquement tout le long du film), on a soigné l’un et l’autre chaque détail, mais les choses étaient déjà là. Je n’ai pas eu besoin d’aller chercher des choses trop psychologiques. Je lui disais quelquefois “soit un tout petit peu plus aigu, un peu plus rapide, prends un peu plus de temps à faire ça, n’ai pas peur”. C’est quelqu’un qui peut être dans l’efficacité, avoir peur du vide, qu’il ne se passe rien. Ce n’est pas parce que le plan est long qu’il ne se passe rien. Il avait toujours envie de faire, donc je l’ai un peu calmé de ce côté-là, mais parce qu'en même temps moi j’avais le regard extérieur. Lui était dedans. Il fallait que je lui donne confiance. Il était sa propre réplique, je devais lui donner un miroir.

Yves Jacques et Marc-André Grondin.

Comment est-ce de travailler avec des acteurs Québécois, qui ont peut-être davantage une façon de jouer à l’”Américaine” ? 

Ils ont une culture où ils n’ont pas le temps. Les tournages sont plus courts, ils arrivent et sont prêts. Contrairement à la France, et ce n’est pas une critique, où il y a des acteurs qui vont  être encore un peu hésitants. Et c’est volontaire, ce n’est pas de la fainéantise, pour ne pas trop bien le savoir, et pouvoir l'inventer. C’est vrai que là il y a une sorte d’efficacité où on leur demande truc, ils le font. En France, on a plutôt tendance à avoir des acteurs qui tentent de négocier des choses. Eux, ils sont vraiment au service de la mise en scène, à part si vraiment il y a des trucs qui clochent auquel cas ils me le disent. Mais si les choses sont claires, ils sont solides. Mais sinon, on partage la même culture. Ils regardent les mêmes films que nous, lisent les mêmes livres que nous, on a la même langue. Il y a une culture nord-américaine, mais aussi une culture francophone.

Mais qu’est-ce qu'il faut faire après Jusqu’à la garde ? Donnez-moi la recette.

Xavier Legrand

Comment avez-vous vécu de passer au second long-métrage après Jusqu’à la garde. Un certain temps s’est écoulé entre les deux films. Jusqu’à la garde a plu au public et à la critique, a reçu plein de prix. C’est écrasant ? Ça fait peur ?

Oui c’est écrasant, oui forcément on est attendu on le sait, je ne déroge pas à la règle. Le deuxième film est plus difficile. Ce qu”il s’est passé, c’est qu’entre-temps j’ai fait d’autres choses, c’est pour ça que j’ai pris mon temps. C’était un film difficile, au-delà même qu’il soit mon deuxième. L’histoire, qu’il fallait construire, à pris du temps, j’avais besoin de l’oublier pendant 6 mois parce que c’était trop lourd pour pouvoir se retrouver. Aussi, je pense que j’ai eu besoin de passer le stade de ” Je veux faire le film que je veux faire, et pas celui qu’on attend de moi”. Parce qu’effectivement quand j’ai commencé à écrire, j’ai comparé à comment j’avais fait pour Jusqu’à la garde. Donc, évidemment ça pollue, et ça m’a un peu empêché de lancer l'écriture, puis le temps a fait son travail. Dans un second temps, ça m’a même porté, parce que finalement plein de gens m’ont dit “Pourquoi faire ce film après Jusqu’à la garde ?”. J’ai envie de dire “Mais qu’est-ce qu'il faut faire après Jusqu’à la garde ? Donnez-moi la recette”. Je me suis vraiment délesté du fait que, de toute façon, je vais décevoir. C’est sûr et c’est normal, et tant pis ! Pour faire un troisième ou un quatrième, il faut bien faire le deuxième.

Imaginez-vous jouer dans un film que vous réaliserez ? 

Non. Pourquoi ? Parce qu’être acteur pour moi c’est se mettre au service d’un regard, et j’aurais beaucoup de mal à me mettre à mon propre service. Il y en a qui le font très bien et moi je pense que je n’y arriverais pas. J’aime trop diriger, l’équipe, les acteurs, et voir le film naître à toutes les étapes. Je serais frustré.

Vos films sont très précis au niveau de la mise en scène. Êtes-vous un réalisateur cool ou plutôt dictateur ? 

Non, je suis cool. On pourrait croire que je suis un control freak, mais ce n’est pas vrai, je déteste ça. J’aime maîtriser les choses, dans le sens où j’aime savoir de quoi je parle, j’aime pouvoir dire oui ou non à des gens qui me posent des questions. Je ne peux pas dire je ne sais pas. Je veux pouvoir répondre à mes collaborateurs. Mais étant acteur, je sais que ce n’est pas dans la peur qu’on obtient les choses. Je ne supporte pas le pouvoir, j’aime diriger mais je ne supporte pas de faire peur. Je suis plutôt dans l'enthousiasme et dans la bonne humeur, notamment quand on a des scènes aussi difficiles que ce qu’on a pu avoir dans Jusqu’à la garde, il faut justement créer une zone de sécurité pour que les acteurs puissent aller au plus loin. Ce n’est pas parce que je fais les flux tendus que je suis tendu, c’est tout le contraire d’ailleurs. Donc je pense que je suis sympa, enfin ce n’est pas à moi qui faut le demander, mais je m’énerve très rarement.

Les Infos sur Le Successeur

Synopsis : Heureux et accompli, Ellias devient le nouveau directeur artistique d’une célèbre maison de Haute Couture française. Quand il apprend que son père, qu’il ne voit plus depuis de nombreuses années, vient de mourir d’une crise cardiaque, Ellias se rend au Québec pour régler la succession. Le jeune créateur va découvrir qu’il a hérité de bien pire que du coeur fragile de son père

Le Successeur de Xavier Legrand

Librement inspiré de L'Ascendant d'Alexandre Postel, Editions Gallimard
Scénario : XAVIER LEGRAND ET DOMINIQUE PARENTEAU-LEBEUF
Musique : SebastiAn
Avec : Marc-André Grondin, Yves Jacques

Entretien réalisé à Lille le 13 février 2024 par Camille Baton et Grégory Marouzé / Retranscription de l'entretien par Camille Baton

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