Paloma Chatelin-Malherbe, Max Azoubel et les artistes du spectacle « Libre?! »

Paloma Chatelin-Malherbe, Max Azoubel et les artistes du spectacle « Libre?! »

Paloma Chatelin-Malherbe, Max Azoubel et les artistes du spectacle « Libre?! »

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Après un premier spectacle en 2022, puis un second en octobre 2023 sur la scène du Casino Barrière, Rêve Éternel compte bien ne pas s’arrêter en si bon chemin. Cet ensemble d'artistes bénévoles met ses talents au service d’une noble cause : la recherche contre les cancers pédiatriques. À seulement 22 et 20 ans, Max Azoubel et Paloma Chatelin-Malherbe, artistes dans l’âme, viennent nous parler de leur beau projet et de leur vision de l'art, en compagnie de l’un de leurs musiciens, Hugolin Decourtray.

L'affiche du spectacle Libre ?!

L'affiche du spectacle "Libre ?!"

Avant que l’on parle de votre spectacle, on peut commencer par vous présenter. Quelle est l’origine de la troupe ? Comme le projet est-il né ? 

Max : Ça a commencé en septembre 2021, j’avais cette envie de démarrer ce projet et de créer mon premier spectacle. C’est là que j'ai rencontré et recruté, un peu partout, plein de comédiens et d’artistes, dont Paloma, et Hugolin. J’ai voulu, et on a voulu, cette première année, s’associer à une cause assez forte qui était la recherche contre les cancers pédiatriques, donc on a travaillé avec une association qui s’appelle les 111 des Arts de Lille. Ensuite, avec Paloma, une vraie relation fusionnelle et artistique est née, et on a décidé d’écrire ce second projet qui s’appelle “Libre ?!”. Pour nous, c’était totalement une évidence de représenter la même cause puisqu’elle nous tient à cœur. En termes d’effectif, la première année on était sur 40 personnes bénévoles dont 25 artistes professionnels, et la seconde année on était 70 personnes avec 35 artistes professionnels et bénévoles.

Paloma : Étant donné que le fond du sujet vient vraiment de Max, c’était important pour moi qu’il réponde en premier. Des rencontres se sont faites suite à son idée, une alchimie entre nous deux, mais même envers nos artistes qui nous ont suivis pendant deux ans, et je trouve ça très fort.

Ces personnes faisaient déjà partie de vos contacts ?

Max : Au début, on part de rien, donc on a démarché au culot. On a recruté dans la rue, comme des danseurs de hip hop, qui m’ont permis de rencontrer des personnes qui font de la danse contemporaine et classique au Conservatoire, puis ça s'alimente autour. Après on a travaillé avec Paloma pendant deux années aussi avec une coordinatrice musicale qui s’appelle Quitterie Vaganay, que j’avais rencontrée en soirée et qui m'avait dit qu’elle faisait du violon à ses heures perdues, ainsi qu'Anne Charlotte Demory qui était la chorégraphe sur le projet. Au final, on a eu une vraie alchimie et elle a coordonné toute la musique sur le projet. On s’occupait donc chacun de nos recrutements, d’aller démarcher des musiciens. Par exemple, cette année on a une personne qui a rejoint la troupe et qui est trompettiste en jazz et classique au Conservatoire de Bruxelles.

Paloma : On est allé chercher vers les gymnases pour les circassiens et les écoles de cirque. Max a dit un mot fort qui est le culot. On y est vraiment allé au culot avec juste une idée de projet et une volonté de mélanger les différents arts. On est allé voir les arts qui pour nous semblaient intéressants à mettre en scène.

On y est vraiment allé au culot avec juste une idée de projet et une volonté de mélanger les différents arts.

Paloma Chatelin-Malherbe

Hugolin : Même si on a eu des numéros qui sont restés entre le premier et le deuxième spectacle comme le diabolo, on a également fait de la place sur scène pour des disciplines inédites, je pense notamment au Tumbling, au trapèze…

Max : Pour terminer sur le recrutement avec quelque chose d’important, il y a deux enjeux. Le premier est de récolter le plus d’argent pour une cause qui nous tient à cœur, et dans un second temps, on a vraiment envie d’avoir une nouvelle génération d’artistes. Donc quand on dit qu’on va démarcher au culot, c’est aussi aller chercher des artistes dans les meilleures formations du Nord ou de France, comme le cirque de Lomme ou les Cours Florent. On les démarche individuellement en leur disant “Nous on te propose une expérience exclusive et originale qui est de se produire dans un spectacle hyper contemporain sur la scène du Casino Barrière” parce que peut-être que dans un cursus d’étude on n'a pas l’opportunité de le faire.

Paloma : Les artistes qui ont été épris de ce projet sont des artistes qui ont un cœur hyper grand, déjà, car c’est pour une cause et c’est difficile d’aller chercher des talents qui ne vont pas être rémunérés. Il y avait une vraie humanité, les hiérarchies se faisant de manière naturelle, c’était un plaisir pour tout le monde alors que c’était énormément de travail. On a aussi beaucoup écouté les artistes et leurs envies en restant ouvert à ce qu’ils nous proposaient. On se doit de les prendre en compte pour encore mieux se questionner sur notre objectif commun qui est le bon déroulement du spectacle.

Max Azoubel et Paloma Chatelin-Malherbe

Max Azoubel et Paloma Chatelin-Malherbe

Max : Quand quelqu’un se lance dans la troupe, il connaît la cause, il sait qu’il est bénévole et c’est la passion pour son art et cette envie d'exceller de manière totalement nouvelle. Il fallait donner à chacun l’opportunité de se montrer tout en étant mis en scène ou chorégraphie. C’était une grosse machinerie mais où tout le monde avait envie d’évoluer. La clef de tout ça, c’est que les artistes nous ont fait confiance. On a 20 et 22 ans, on ne part de rien, mais “Viens avec nous dans l’aventure”. C’est aussi ce qu’on essaye de montrer grâce à l’évolution du projet “Libre ?!”, par le  démarchage de production pour littéralement faire une charge d’exploitation de ce projet.

En 2022, vous avez présenté votre spectacle “Souvenirs d’un Rêve éternel” ayant comme thème le cancer. Ce dernier a récolté 14 000€ et réuni 700 spectateurs. Comment avez-vous vécu cette première expérience ?

Hugolin : C’était de la connexion entre tous les artistes, mais aussi avec notre public qui a été fabuleux et qui était là pour soutenir la cause et voir, peut-être, des amis ou connaissances sur scène. C’est vraiment mon ressenti, et la fin était particulièrement émouvante.

Max : On a joué dans le théâtre de l’ICAM, on a fait complet les deux soirs, avec en tout 700 spectateurs, et oui, on fait un magnifique don de 14 000€ pour la recherche. En tant qu’artiste, quelle joie, quel bonheur d’avoir pu ressentir tout ce que le public peut nous transmettre. Les retours étaient très positifs, donc évidemment ça nous a donné l’envie de réécrire un nouveau spectacle.

Hugolin : Ça fait remonter des beaux souvenirs.

Paloma : C’est ça ! C’était vraiment la première expérience, et comme toutes les premières fois, c’est une image qui nous sert de force pour l’avenir. On ne peut pas l’oublier, c’est le commencement de plein de choses pour moi dont bien sûr la rencontre avec Max que j’admire. Je me suis vraiment dit “Il a du cran, il est courageux, j’ai envie de lui ressembler”, et c’est comme ça que notre créativité s’est construite. On a créé des si belles choses avec ce premier spectacle qu’on s’est dit que c’était impossible de mettre une fin à cela. Je parle de Max, mais je peux aussi parler des artistes. Ce spectacle a été l’opportunité pour eux de se confronter à d’autres artistes qui ne sont pas de la même discipline et de s’enrichir.

Max : C’était un vrai échange de compétences et de créativité entre eux.

Le spectacle Libre ?! de Rêve Éternel au Casino Barrière

Le spectacle Libre ?! de Rêve Éternel au Casino Barrière

Le 27 octobre 2023, vous avez joué votre spectacle “Libre ?!” au Casino Barrière de Lille. Quelle était l’idée de départ de ce projet ? Qu’est-ce que devez représenter ce spectacle ? 

Paloma : Le tout départ je peux le raconter. C’est Max qui me donne rendez-vous dans un café et qui me dit “J’ai deux options dans ma vie pour ne pas m’ennuyer. Soit j’ai un projet lambda, soit on monte un projet de toute pièce, toi et moi, et on jouera dans un truc grand et on va faire rêver les gens”. Mais j’ai dit oui ! Il ne m'en fallait pas plus. Il est donc arrivé avec cette idée et il voulait absolument traiter le sujet de la liberté. Peut-être parce qu'on en avait besoin en tant qu’étudiant, où parce qu’à cet âge on se questionne sur beaucoup de choses. On s’est lancé en se demandant ce qu’on voulait montrer, ce qu’on voulait faire ressentir. On a fait un espèce de brainstorming énorme sur le sujet qu’est la liberté et l'histoire s’est construite toute seule. On a fait appel à des artistes à plus grande échelle car ce n’était pas un projet de la même envergure.

Max : C’est vrai que sur “Libre ?!”, on avait envie de traiter le sujet de la liberté, mais on se demandait surtout “Qu’est-ce qu’on ressent, pourquoi on est comme ça après ce premier spectacle”. En fait, on a eu une sorte de nostalgie, on est dans un tournant où à cet âge-là, 19 et 21 ans, on a envie de produire, de créer quelque chose, de parler de nous, quelque part. Et on s’est vraiment posé la question de savoir “Qu’est-ce que le syndrome de l’imposteur, est-ce que je mérite d’être artiste, est-ce qu’il existe une voie dictée ou bien tracée pour devenir artiste”, et au final non. C’est ce qu’on a voulu traiter au travers de “Libre ?!”. Quand le public s’installe, on plonge dans la loge d’un comédien qui a perdu l’envie de jouer et il ne sait plus pourquoi il fait ce métier. Au moment de monter sur scène, il va avoir presque une crise d’angoisse, et va rentrer dans un monde parallèle qui s’appelle “Libre ?!”.

Paloma : Ce monde parallèle, dirigé par deux icônes euphoriques en apparence et tous les personnages, va amener le personnage en quête de soi, vers sa liberté. À travers ce monde, on fait découvrir plusieurs disciplines artistiques, et c’est ça quelque part la liberté. C’est notre vision, et on n'a pas peur de le dire. On veut quelque chose d’innovant dans la manière d’aborder des scènes.

Max : On a traité le sujet avec une scène plutôt brute et épurée, mais qui va être mise en lumière par des émotions, des couleurs et les personnages qui vont enjoliver ce monde. Le lien entre nos deux spectacles, c’est qu’avec Paloma, on n’a pas voulu avoir de public cible. On part du principe qu’un enfant ne va pas le comprendre de la même manière qu’un adulte, mais l’idée principale qui est la liberté, a été transmise à tout le monde. Et ce qu’on cherche aussi dans tout ça c’est de nous dire quand sortant de la salle les gens vont peut-être aimer, mais on espère surtout qu’ils se diront “Putain, ça m’a fait réfléchir”. On veut que chacun se demande ce qu’est la liberté pour lui. Est-ce qu’il s’attache à ce personnage parce qu'il se retrouve en lui, ou pas.

Hugolin : Il y en avait pour tous les goûts, chacun peut s’identifier à un personnage ou à une pratique.

Quelle a été votre organisation pour réunir toutes ces personnes (pro, semi-pro, amateur) et répéter le spectacle ? 

Max : Si la question est “Comment ça s’est passé”, la réponse est “C’était la course”. On a eu la chance d’avoir une magnifique pause estivale, et quand on arrive en septembre et qu’on se dit “Allez, les répétitions commencent”, c’est la course. On dit qu’on a construit le spectacle en deux mois, mais en réalité, c’était plus en 15 jours si on rassemble toutes les répétitions, et on a eu 48h sur la scène du Casino Barrière pour créer les éclairages, les positionnements, les réglages scéniques. On a vu le spectacle se créer pour la première fois sous nos yeux 48h avant la représentation. C’est donc une belle dose de stress. Mais on aime, parce qu'on sait qu’on va dans la bonne direction, on a tous cette envie de conquérir ce public et de l’envahir par notre histoire. Forcément, le rendu est touchant.

On a vu le spectacle se créer pour la première fois sous nos yeux 48h avant la représentation.

Max Azoubel

Hugolin : On avait aussi cette échéance de remplir la salle, déjà pour notre association, mais aussi pour avoir un vrai public en face de nous.

Paloma : On a essayé de rassurer au maximum nos artistes sur ça. On a été très silencieux sur le sujet pour essayer de prendre soin de tout le monde. Mais certains venaient nous voir en nous disant qu’ils avaient peur de jouer devant seulement 30 personnes.

Max : On a eu un vrai électrochoc avec Paloma car un mois et demi avant, je lui ai dit “Ecoute, on a un petit problème, on est à 40 places vendues”. On a donc tout repris, on a refait tout un plan de communication avec une équipe incroyable. Et on a réussi le jour du spectacle à réunir 900 personnes sur 1100, ce qui est formidable, et une somme de 17 000€ pour la recherche. Et tout ça nous a permis aussi de faire filmer le spectacle pour réaliser un teaser professionnel et pouvoir démarcher des salles en leur disant “Sans argent on est capable de faire ça, alors imaginez avec des moyens”.

Paloma : C’était essentiel même pour nous de voir le rendu d’un œil extérieur, parce que parfois, c’était le flou total. Certains artistes sont venus vers nous un mois après en nous disant “Mais en fait c’était bien”.

Max : D’où le thème de la liberté, et du syndrome de l’imposteur, on se demande sans cesse si on a fait quelque chose de qualitatif, et si on est contents de nous. Et c’est une chose qu’on peut ressentir à 20, 25, 40 ou 80 balais par rapport au milieu de l’art.

Quels sont vos projets pour la suite ? 

Paloma : Post spectacle, on avait cette inquiétude de se dire, “Mais qu’est-ce qu’on peut bien faire de cette œuvre”. Très nostalgique, l’euphorie redescend tout de suite, et artistiquement parlant, c’est très dur. J’ai donné mon âme dans un projet, et c’est quoi la suite ? Donc ça, ça nous a fait très peur pendant un petit mois. Puis on s’est dit qu’on ne pouvait pas vivre sans. On s’est avoué que c’était évidemment ce qu’on voulait faire plus tard, mais on avait quand même nos études en parallèle, donc c’était vraiment la question : est-ce qu’on continue les études, ou est-ce qu’on rêve ensemble ? Eh bien, on va refaire ce pari de rêver ensemble, parce qu'on ne sait faire que ça, on adore ça et ça nous rend vivants. On s’est donc demandé quel était le meilleur moyen de communiquer par rapport à notre spectacle, donc c’est pour ça que c’est super d’être ici avec vous, pour avoir une visibilité sur notre travail, et ensuite c’est aller voir des productions pour leur présenter le projet et essayer de développer ça avec eux.

Max : On a eu justement deux mois après le spectacle pour réfléchir à notre avenir. On a construit tout un plan, une vision de duo avec Paloma, où on s’est demandé déjà ce qu’on s’apporte en compétences, on crée une vraie symbiose et synergie. On a aussi toute notre pièce “Libre ?!”, qui est écrite et qu’on a retravaillée ensemble. C’est une nouvelle étape, donc on a pu voir notre vision évoluée depuis grâce à notre captation et à la diffusion du spectacle. On vend “Libre ?!”, mais on nous vend nous aussi. Nous, en tant que metteurs en scène, et impacter les gens en leur disant que la future génération sera comme ça, et que dans cette future génération, nous, Paloma Chatelin-Malherbe et Max Azoubel, souhaitons être un duo emblématique. Je pense que ça commence dès maintenant avec de l’ambition et des actions.

Hugolin : En tout cas, je vous suivrai dans tous les projets.

Paloma : C’est de ça que l’on parle dans futures générations. C’est de se dire qu’on est prêt à grandir avec des gens qui ont le même cœur que nous, qui croient en les mêmes choses que nous. C’est un milieu, le spectacle vivant, où c’est difficile d’exister, c’est compétitif, pas très reconnu. Je veux perdurer avec des gens qui ont compris ce pour quoi j’aime l’art.

Le spectacle Libre ?! au Casino Barrière

Le spectacle Libre ?! au Casino Barrière

Max : C’est un message d’espoir. On a rencontré une vingtaine d'artistes il y a deux ans, une trentaine l’année dernière, donc ça veut dire qu’il reste plein de gens à rencontrer et avec qui on sera dans la même dynamique. On veut mettre en avant des talents bruts. L’avantage de notre vision de la mise en scène quand on met en avant la pluridisciplinarité, c’est de dire surtout, et avant tout, pour nous le numéro vaut 40%, et quand on va aller rajouter une belle musicalité, un éclairage, une mise en scène et tout un éclairage autour de ça, ça va vraiment créer un produit à 100% de qualité.

Max : Il n’y a pas de chemin tracé, on se dit “Merde”, dans le sens “Allez on y va”.

Paloma : On se dit “Merde” pour l’avenir comme on se le dit à chaque fois de monter sur scène.

On se dit “Merde” pour l’avenir comme on se le dit à chaque fois de monter sur scène.

Paloma Chatelin-Malherbe
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