Aujourd’hui23 événements

Enfants 2la Basse

Les Enfants 2la Basse sortent leur 2ème album intitulé « Sabotage ». Ce titre résume l’album, ce qui a changé depuis le premier opus. Les morceaux seront en vente sur Internet mais probablement pas en physique. Trois des titres sont déjà disponibles gratuitement. Antoine (MC Kopat) et Justin (Lord J) sont venus à Lillelanuit.com expliquer les choix du groupe, sa façon de travailler et ses projets notamment la tournée qui vient de commencer. 

Aurélie : Avant la sortie de votre deuxième album, trois de vos nouveaux titres [On lève le drapeau, le Bizness de la musique, Fresh] sont disponibles sur Internet en téléchargement gratuit. Pourquoi avoir fait ce choix ? 

Antoine : Un des thèmes de l’album, c’est ce que devient le bizness de la musique en l’occurrence en France. Comme nous sommes un peu remontés contre un bizness un peu exacerbé qu’on voit souvent avec les majors etc, on est plutôt d’avis d’offrir une partie de notre production sur cet album. On ne va pas offrir tout l’album mais trois titres sur les neuf. Le reste sera en écoute libre. 

Bon, en vérité, on hésite encore à le donner gratos ou pas. C’est le gros débat. On se dit que c’est bien de donner une partie mais de donner aussi de la valeur à l’autre partie en la laissant payante. 

Justin : Dans un premier temps, cette démarche nous permet d’être vus et d’être entendus. 

Antoine : Surtout à notre niveau.

Justin : Le but, c’est de pouvoir faire un maximum de concerts. Vu qu’on adopte un message particulier, le problème du téléchargement et de la vente de l’album se pose. 

Aurélie : Vous vous posez donc plein de nouvelles questions par rapport au premier album que vous aviez sorti en physique ? 

Antoine : On avait sorti cet album en physique car on avait eu des subventions. L’argent devait donc être dépensé pour ce qui était prévu. Sinon, il y a une partie de cet argent qu’on aurait utilisé autrement. On s’est rendu compte que c’était un gouffre énorme. Je pense que pour qu’un album fonctionne, il faut beaucoup de promo et d’argent pour qu’elle soit efficace et que les gens sachent que cet album est dans les bacs. Ceux qui trainent dans les Fnac et qui achètent au coup de cœur ne sont plus nombreux. 

Justin : Ils ont plus la démarche de télécharger. 

Antoine : L’Etat a voulu faire passer une loi (Hadopi) mais ils veulent déjà faire marche arrière.* Je pense que la musique est vouée à devenir gratuite, donc je ne vois pas l’intérêt de faire un CD. Certains disent que ça officialise l’existence d’un groupe, ce qui est vrai mais je suis plutôt d’avis de faire que du numérique, puisque de toute façon, il ne faut pas espérer gagner de l’argent avec les titres que tu fais à part avec les concerts. 

*La loi Hadopi a été rejétée à l’Assemblée nationale le 9 avril 

Aurélie : Mais le fait d’avoir un produit physique, c’est aussi un moyen de faire de la promo, de le donner pour se faire connaître ? 

Antoine : C’est aussi un autre débat 🙂

Justin : C’est vrai que là comme on entame pas mal de dates, c’est un peu dommage de ne pas avoir de disques. C’est plus un problème financier. 

Antoine : On n’a pas de subventions sur ce coup là. Avec le discours qu’on tient dans l’album, on ne va pas aller demander à la SACEM de nous donner de l’argent. Ce n’est vraiment pas possible. 

Aurélie : Pour la sortie de l’album, vous avez choisi quelques plateformes de téléchargement comme Fair Trade Music. Pourquoi celles là en particulier ?

Antoine : Fair Trade, parce qu’on était chez Reshape et donc on connaît Jeff. Mais on est en train de voir pour être visible partout : i tunes, Virgin… et qu’on est en train de signer avec Believe, le distributeur numérique

Aurélie : Qu’est-ce qui a changé par rapport à votre premier album dans votre façon de travailler ensemble, avec les expériences et les styles de chacun ? 

Justin : Sur le premier album, je suis vraiment arrivé quand il était fini, donc on a travaillé ensemble surtout pour le live. Pour le deuxième album, j’ai plus bossé avec Yann qui fait les instru. J’ai apporté mon savoir faire.

Antoine : Et on a investi dans un studio. On avait déjà un petit studio mais là, on a plus de machines, on a du matériel en commun. On a le temps. On n’a pas la pression d’un studio. Tous les jours, pour le premier album, je comptais l’argent qui partait. Là, on était à la maison, on a mis le temps qu’il fallait pour le faire. Un an et demi, voire même deux ans. 

Il y a une grosse évolution sur le son aussi. Pour le premier album, on avait travaillé avec un rockeur qui nous a fait un son qui envoie mais un peu trop. On a donc essayé de modifier ce point sur le deuxième album en travaillant avec R3myBoy

On a travaillé beaucoup plus ensemble pour cet album. Le premier, je l’avais fait surtout avec Yann et après, on a appelé les autres. Là, c’est plus authentique. Il y a un vrai message dans l’album. Le premier avait quelques thèmes mais pas vraiment de fil conducteur. 

Justin : Ce sont plus des délires. 

  

Aurélie : Ce deuxième opus a un titre symbolique en plus : « Sabotage ». Vous en donnez la signification sur vos pages Myspace et Facebook.* Vous pouvez nous dire quelques mots sur ce titre ? 

Antoine : Le titre nous est venu au moment du premier album. Le distributeur nous avait classés dans « Nouvelle scène française ». Toutes les Fnac n’ont pas de rayon consacré à ce genre. Comme ça fonctionne par arborescence, on s’est donc retrouvé dans « variété française » entre la Star Ac’ et Etienne Daho. On avait investi dans une pochette qui pouvait taper dans l’œil d’un acheteur compulsif, là, ça ne pouvait pas marcher. On avait donc le sentiment de s’être fait sabotés, ce qui nous a donné l’idée du 2ème album : faire du sabotage dans ce milieu un peu ultralibéral de la musique. 

* Aujourd’hui, la musique en France est un immeuble où les appartements doivent tous bien être aux normes afin d’être sur qu’ils seront vendables. Nous ne sommes clairement plus dans le domaine de l’artistique mais bel et bien dans l’immobilier. Hors, les majors compagnies ont une responsabilité énorme : celle d’éduquer l’oreille de l’auditeur lambda, qui n’a pas le temps d’être curieux : il doit se lever, conduire les enfants à l’école, travailler, faire les courses, aller chercher les enfants, regarder la télé et dormir. Le système ne laisse pas le temps à l’auditeur lambda d’être curieux, et comme en politique, il prend ce qu’on a à lui proposer. Si ces majors proposent toujours la même musique, par peur de perdre de l’argent ou quelconque autre raison, la culture de masse, en l’occurrence musicale, ne peut pas évoluer. Nous allons donc vers une culture où seule la richesse et les connivences permettront à ceux qui exercent une activité artistique de se faire connaître. Déjà, bon nombre de programmateurs ne bookent plus d’artistes dis « en développement » ; des bijoux de technologie comme « Shazam » ne reconnaissent que la musique présente dans les catalogues ; des mines d’or d’information comme « Wikipédia »* ne parlent pas des artistes non-signés. Le message est donc clair : la musique qui ne se vend pas n’existe pas. Depuis trop longtemps, ce business transforme la musique en produit, depuis trop longtemps des artistes en carton polluent nos ondes et nos écrans, et nous ne faisons rien ?? Il est temps de réagir avant que ce système n’impose à nos oreilles une culture à l’image de sa pensée : unique. Nous appelons au SABOTAGE !!

*« Wikipédia » ne veut pas laisser le groupe se créer une page. Il faut avoir deux albums minimum pour être référencé. Pourtant un groupe qui a fait un seul album dont un titre était en clip sur M6 est sur Wikipédia.

  

Aurélie : Sur le premier album, il y avait plusieurs featurings, est-ce qu’on retrouve des invités en plus de Paranoyan

Antoine : C’est le seul. On a les numéros mais un mec qui est déjà bien installé, sauf s’il a un coup de cœur, il ne va pas forcément venir sur ton album pour plein de raisons…

Justin :
C’est un peu la mode des albums featurings où en fait, le mec chante trois couplets sur son album. On n’a plus vraiment d’album surtout dans le milieu Hip Hop où le mec défend son projet du début jusqu’à la fin seul. 

Antoine : Paranoyan travaille en fait avec Yannek. On l’a rencontré et on a beaucoup aimé ce qu’il a fait. On a vraiment eu envie, ce n’était pas un besoin. C’est une rencontre. 

Il y a aussi des featurings plus discrets : deux guitaristes, celui de Tang, Sébastien Caplier et celui de Tronckh, Foune. Ils sont venus sur le morceau « J’aime le Rock’n roll ». Denis, le chanteur de Tronckh est aussi venu faire quelques voix. 

Aurélie : La date de sortie de l’album a-t-elle été fixée ? 

Antoine : Je pense que ce sera fin mai, au milieu de la tournée.

Aurélie : Vous démarrez donc une tournée qui vous emmène hors de la région. 

Antoine : Oui, on a 25 dates dans toute la France. On va aller fédérer nous-mêmes notre public. Peu de label nous ont répondu positivement quand on les a démarchés. Je crois qu’il trouve qu’on crache dans la soupe et donc ils ne semblent pas vouloir se mouiller par rapport à notre discours. Au contraire, sur le web, beaucoup de gens réagissent à ce discours. On va fédérer notre public nous-mêmes en tournant un maximum et on verra s’il augmente et si nous avons des demandes par la suite. 

Aurélie : Et vous avez prévu de participer à des festivals ? 

Antoine : Non, pas de festivals. C’est très difficile d'y  rentrer. Quand tu appelles les programmateurs, ils te disent qu’ils veulent te voir en live sauf que le programmateur précédent nous a déjà dit pareil. Donc, si aucun nous booke, aucun ne pourra nous voir en live. D’autres disent qu’ils ne booke pas de groupes en développement donc les groupes en restent à ce stade. Ensuite, le label demande si des concerts sont prévus. C’est une spirale infernale. 

Aurélie : Justement, on en avait parlé avec d’autres groupes. Ils essayent de trouver des moyens pour se montrer en faisant des vidéos de leur live par exemple. Est-ce que c’est une démarche que vous pourriez mettre en place ? 

Justin : Oui, toujours dans l’esprit de faire des clips, c’est quelque chose qu’il faut accepter aujourd’hui pour se faire connaître en passant par des plateformes comme Youtube par exemple. La tournée va être une occasion de filmer le groupe en live et même ce qu’il y a autour.

Antoine :
On va sûrement faire une vidéo de la tournée. Si on a du temps et de l’argent, on a prévu de tourner cet été le clip du morceau « Bizness de la musique » avec Mister B qui avait déjà fait un teaser à l’Aéronef. 

Les Enfants 2la Basse sont en tournée dans la région et dans toute la France du 18 avril au 4 juillet.
> Le 7 mai au bar l'Horloge à Boulogne-sur-mer
> Le 21 mai au Biplan à Lille
> Le 3 juillet au Détour à Lille

Avec la participation de Delphine V.

ou choisissez un nom
* Pour prouver que vous n'êtes pas un robot, recopiez le code ci-dessous Anti-Spam Image
Revenir au Mag Interviews
À lire aussi
282 queries in 9,188 seconds.