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Feu! Chatterton « L’Oiseleur »

Feu! Chatterton « L’Oiseleur »

Feu! Chatterton L'Oiseleur Style : Chanson Française Sortie : 09/03/2018

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Si l’excellence française nécessitait un porte-étendard, nul doute que nous avancerions le nom de Feu! Chatterton. Encensés par la critique à la suite d’Ici (le jour a tout enseveli), véritable écrin dont nous avons pu moult fois apprécier la qualité en live, il nous tardait de prendre part au nouveau voyage que nous proposent les cinq parisiens.

L'Oiseleur, un album tel un tableau...

Guidé par son truculent conteur moustachu, Feu! Chatterton défie une nouvelle fois les règles du temps pour nous narrer l’histoire de L’Oiseleur, alliant à la fois fougue et « mélancolie heureuse ».  Dès l’ouverture, le ton de ce nouvel opus est donné : la sobriété prend désormais le pas sur l’ardeur, laissant ainsi la part belle aux atmosphères ésotériques. Tel l’oiseau, Arthur Teboul fait somptueusement pérégriner les mots, les faisant voler dans l’espace, se fracasser sur l’asphalte ou virevolter dans nos esprits.

Cela se confirme d’ailleurs avec Grace et sa douce mélancolie d’un amour passé. Illustrée par une mélodie très 60's autour d’un son typique des orgues de cette époque, on se croirait d’un coup propulsé au temps des Jefferson Airplane ou autre Herman Hermits. Cette fois, plus de doute, cet album est à appréhender comme un tableau dont le cadre mêlerait pop, rock et touches électro, le monochrome étant banni de la palette chattertonesque.

Un aperçu des nouveaux morceaux de Feu! Chatterton

L’oiseau nous accompagne ensuite vers une mélopée planante (rien de plus normal pour un volatile), au groove charmeur, classieux, qui nous fait instantanément penser à l’éventail pop d’un Etienne Daho.

Nous l’avons dit, cet album aérien semble être une véritable ode au manque, au départ, au souvenir, ainsi ce dernier terme méritait un titre à son nom. Souvenir, donc, nous offre un moment suspendu de plus de six minutes, habité par cette supplique « Nous ne nous reverrons plus sur terre » et un prélude de guitare acoustique, très vite rejointe par ce flow électro, véritable fil rouge de l’album.

L’ivresse quant à elle nous fait découvrir un phrasé urbain dont on n’avait guère l’habitude, Arthur retrouvant ainsi ses premières amours et transformant pour quelques minutes sa formation en « Nekfeu! Chatterton » (le mot est facile…). De leur côté, les auditeurs à la recherche de réminiscences plus intenses seront comblés par Ginger, certainement le titre punchy de l’album. Traitant, une fois n’est pas coutume, des subtilités de l’Amour mais avec un refrain nous donnant instantanément envie de nous trémousser, ce single semble clairement faire la transition entre le premier album et celui qui nous concerne aujourd’hui.

Une partie plus électrique...

Place ensuite à la séquence un peu plus électrique (et moins électronique) de l’album, composé du triptyque Tes yeux verts, Zone libre et Erussel baled. Le premier titre mêle récit vibrant, presque extatique, à un rythme syncopé et épaulé de clarinettes qui soulignent le côté touche-à-tout de la bande. Le second se veut, pour sa part, être une adaptation d’un poème d’Aragon (les grands auteurs marquant viscéralement l’identité de Feu! Chatterton), et quelle adaptation ! Mélodie rock aux accents orientaux et à la basse funky, certainement une pièce maîtresse de l’opus. Le dernier, enfin, termine de rassasier notre soif de guitare par une subtile complainte imprégnée de vapeurs baudelairiennes.

Mais, très vite, les synthétiseurs reviennent pour se faire synthèse des titres précédents en associant délicates notes de guitares et profondes incantations électroniques, que ce soit avec Anna ou Sari d’Orcino, deux titres organiques multipliant les parallèles entre la Nature et l’Être aimé. A nouveau, la mélancolie se veut être fondatrice et sa présence se ressentira jusqu’au Départ avec un final tout en poésie(s), savant accord de trois poèmes d’Eluard.

A la manière d’un Lavilliers proposant un texte de Cendrars en conclusion de Baron Samedi, Feu! Chatterton fait une dernière révérence à ses inspirateurs afin de mettre un point d’honneur à un album qui nous aura une nouvelle fois subjugués.

Un dernier mot sur le titre La Fenêtre, véritable pépite aux faux airs lavilliesques, sonnant justement comme un écho à la récente collaboration entre le groupe et le baroudeur stéphanois sur son titre Bon pour la casse. Une piste qui donne le frisson.

Un album savoureux à écouter avant le live presque complet à l'Aéronef

Passée l’exaltation du premier album, les Chatterton nous reviennent aujourd’hui plus sereins, sûrs de leur coup et de la capacité du public à adhérer à cette nouvelle prise de risque. Certes, quelques séquences peuvent paraître un peu poussives par endroits, mais le talent d’alchimiste du quintette suffit à reléguer ce bémol au second plan.

En résulte, au final, un album empli de quiétude mais pas tranquille, mélancolique mais pas morose, parfaitement inscrit dans son époque bien que ne recherchant pas à être à la mode. Bref, c’est tout cela Feu! Chatterton, un amour des Belles Lettres au service d’une irrépressible envie de créer et de tracer son chemin entre diverses époques et styles musicaux.

Alors si vous souhaitez partager avec le groupe le songe d’une nuit de printemps, rendez-vous le 5 avril du côté de l’Aéronef !

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