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Baal, une pièce sur l’art comme acte révolutionnaire, à découvrir au Théâtre du Nord

Du 8 au 12 novembre 2022, le metteur en scène belge Armel Roussel revient au Théâtre du Nord pour présenter au public Baal, une nouvelle adaptation de la première œuvre de Bertolt Brecht publiée en 1918. Artiste associé du Théâtre du Nord, Armel Roussel a déjà eu l’occasion en 2021 de faire monter sa troupe sur la scène lilloise avec sa pièce Long live the life that burn the chest, une adaptation de l’Éveil du printemps de Wedekind. Sur la même lignée que cette dernière, Armel Roussel renoue ici avec une œuvre du passé afin de mieux aborder les thématiques du présent tout en posant une question délicate : peut-on aimer un poète monstrueux ?

Baal, entre porc, poète et antihero

Baal, c’est avant tout une pièce à scandale, impossible à jouer lors de sa parution en raison de la brutalité de son protagoniste. Car Baal, en digne produit de la fin de la Première Guerre Mondiale, se pose comme le témoin d’une société aux espoirs brisés, où l’innocence n’a plus sa place et où règnent en maîtres les pulsions et le rapport au corps. Une désillusion profonde que subit le personnage de Baal comme un véritable coup de poignard et qui n’est pas sans rappeler les nombreux doutes qui hantent notre époque.

“Baal sera toujours un personnage d’aujourd’hui pour qui le représentera”

Armel Roussel, metteur en scène

Comme un écho à son homologue diabolique, le personnage interprété par Anthony Ruotte est un homme immoral, ayant décidé de faire fi de sa moralité pour n’embrasser que sa propre liberté et son bon plaisir. Mais bien loin de représenter des personnages caricaturaux permettant de faire une dichotomie du Bien et du Mal, avec un héros tout blanc ou tout noir, Armel Roussel joue avec la complexité des personnages de Brecht. Baal est un porc mais garde toujours en lui les traces du poète qu’il est, c’est un personnage violent, sans aucune excuse, mais qui reste malgré tout profondément poétique. Cette poésie parcours l'œuvre et permet d’alimenter le rapport ambigu qui nous unit au personnage avec un équilibre entre langage soutenu et situations prosaïques.

Baal, Une pièce qui n'émet pas de jugement

Avec Baal, Armel Roussel prend le parti de ne pas imposer au public un jugement du personnage, il lui laisse la possibilité de former son opinion sur ce qu’il vient de voir. La mise en scène ne vient en aucun cas défendre les actes du personnage, elle vient exprimer sa complexité et sa poésie sans le glorifier pour autant.

Mais une autre question qui peut se poser est : comment peut-on mettre en scène une telle pièce ? Interpréter un personnage qui se trouve à l’opposé de nos convictions ? La question est vite répondue par Armel Roussel et ses comédiens : il s’agit ici de travailler avec ses propres monstres, d’incarner un personnage qui est à la fois nous et qui ne l’est pas. Il s’agit d’exploiter la faille qui est en nous, l’inconfort et la complexité de la psyché humaine.

“Parce que monter Baal en 2022, c’est un scandale”

Réponse des comédiens à la question “Pourquoi 
voulez-vous jouer dans Baal ?”

La pièce sera divisée en tableaux et deux parties pourront être distinguées, une première très urbaine, et une seconde qui prendra place en extérieur. Dix acteurs monteront sur scène, offrant une multiplicité des voix et des tonalités venant ainsi renforcer le caractère ambigu de la pièce.

l'histoire

Être jeune dans un monde qui n’offre aucune perspective. Si ces mots résonnent aujourd’hui pour toute une génération, le propos est bien celui de Brecht en 1919 dans Baal : l’histoire d’un jeune poète, excessif et marginal, qui brûle la vie, par les deux bouts.

Armel Roussel s’empare de cette œuvre de jeunesse, probablement autobiographique. « Baal sera d’aujourd’hui puisqu’il existe des Baal aujourd’hui. C’est un poète génial mais c’est un porc, un monstre, un ogre, qui humilie toutes les femmes qui l’aiment, tue son ami le plus proche qui est aussi son amant… Comment peut-on oser monter ce texte en 2022 ? » s’interroge le metteur en scène, qui aborde ce matériau avec un mélange d’âpreté et une certaine joie théâtrale. Pour incarner cette grande figure de la littérature, inspirée dit-on de Villon, Verlaine ou encore Rimbaud, Armel Roussel a choisi Anthony Ruotte, tout juste sorti de l’INSAS.

28 tableaux dans un rythme soutenu, un espace de jeu qui déborde dans la salle, pour former une arène sensible et poétique, à la fois intime et spectaculaire. Une histoire ancrée dans la vie d’aujourd’hui qui soit une fête sur les débris d’un ancien monde.

Baal

Armel Roussel, metteur en scène de Baal, donnant ses instructions aux comédiens sur le plateau

La Distribution

Edson Anibal, Romain Cinter, Émilie Flamant, Pierre-Alexandre Lampert, Vincent Minne, Berdine Nusselder, Éva Papageorgiou, Anthony Ruotte, Lode Thiery, Uiko Watanabe

La pièce Baal de Bertolt Brecht (traduction Éloi Recoing) est publiée et représentée par L’ARCHE-éditeur et agence théâtrale.

Les infos pratiques

Durée estimée : 2h
Accessible aux sourds et malentendants et personnes à mobilité réduite
A partir de 15 ans

Mardi 8 novembre, Mercredi 9, Vendredi 11 de 20h à 22h
Jeudi 10 novembre de 19h à 21h
Samedi 12 novembre de 18h à 20h

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