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« Yalda, la nuit du pardon » : Un thriller iranien inspiré d’une émission de téléréalité terrifiante

Lille la Nuit a adoré Yalda, la nuit du pardon. Ce film est le second long-métrage du cinéaste iranien Massoud Bakhshi. Il s’inspire d’une émission de téléréalité terrifiante, qui exista réellement en Iran. Ce film, où la justice devient spectacle, sidère et fait froid dans le dos. Une réussite !

Le sort de Mariam (Sadaf Asgari), condamnée à mort, se joue entre les mains...

Massoud Bakhshi, cinéaste courageux

Massoud Bakhshi, venu du documentaire, signe son premier film de fiction en 2012. Une famille respectable, qui critique des aspects peu reluisants de la société iranienne, ne sort pas dans son pays. C’est déjà un coup dur pour un artiste de se voir censuré. S’y ajoute des appels à sa pendaison lancés dans la presse par des Iraniens.

...de Mona (Behnaz Jafari), sur un plateau de téléréalité.

Ce n'est pas une dystopie

Aujourd’hui,  Massoud Bakhshi revient avec un film fort, où il questionne de nouveau la société iranienne. Cette fois, Yalda, la nuit du pardon a connu une sortie au cinéma dans son pays. Confidentielle, il est vrai.

Le réalisateur raconte une histoire qui semble issue du plus terrifiant des contes dystopiques. Saut que tout y est vrai... ou presque (certains faits sont inventés pour des raisons de dramaturgie). En effet, durant 12 ans (elle fut stoppée après la sortie du film : comme quoi, le cinéma peut faire évoluer les consciences), l’émission de TV réalité Lune de Miel, regardée par des millions d'Iraniens, présentait des appels à pardonner, notamment, des condamnés à mort. Si un proche de la victime acceptait le pardon, le meurtrier, ou la meurtrière, échappait à la peine capitale.

Quand la justice devient spectacle

Massoud Bakhshi ne veut pas critiquer le fond de l’émission. Il veut y voir du positif car le programme permettait tout de même de sauver des vies. En revanche, le cinéaste attaque frontalement la forme de l’émission, sa vulgarité, son voyeurisme, les codes dramaturgiques putassiers utilisés pour faire de l’audience, la fascination malsaine de millions de spectateurs, tenus en haleine par le verdict final. Surtout, Massoud Bakhshi refuse que la justice devienne un spectacle.

Dans Yalda, la nuit du pardon (coproduit par notre région via Pictanovo), on découvre Mariam, jeune femme qui a tué son mari, beaucoup, plus âgé. Elle se retrouve face à Mona, la fille de son époux. Seule Mona peut pardonner à Mariam, et lui offrir la grâce.

Mariage en CDD

Quand on regarde le film, on est sous un effet constant de sidération. Le principe du « show » (rebaptisé Le plaisir du pardon) laisse pantois. En outre, Massoud Bakhshi dévoile des traditions iraniennes qui, vu de l’Occident, choquent forcément. On découvre notamment l'existence du « mariage temporaire ». Ce contrat, signé entre les deux époux, détermine la date de début et de fin d'un mariage. C'est une union en contrat à durée déterminée, que seuls les hommes peuvent demander.

Version théâtralisée de l'ultralibéralisme

Cependant, Yalda, la nuit du pardon ne se veut pas une charge contre les Iraniens. Le film est équilibré et refuse tout manichéisme. Il n’y a pas de gentils, ni de méchants. Chaque personnage est l’un et l’autre, comme dans la vie. Surtout, la culture, les milieux sociaux, jouent un rôle déterminant dans la perception que peuvent avoir les protagonistes des évènements. Mariam vient d’un milieu modeste, tandis que Mona appartient à une classe sociale très favorisée.

Une question se pose : et si finalement, se jouaient dans l'émission, frontalement et sans hypocrisie, les enjeux et rapports de classes de toutes sociétés ? Le plaisir du pardon est une version théâtralisée d'une pensée ultralibérale, qui contamine toutes les cultures du monde.

Remarquablement interprété par Sadaf Asgari (Mariam) et Behnaz Jafari (Mona), Yalda, la nuit du pardon est une œuvre interrogeant les notions de pardon et de vengeance. Ainsi, Massoud Bakhshi livre une réflexion passionnante qui renvoie à la tragédie antique.

Tout se joue en coulisses (à l'image : Babak Karimi, acteur fétiche du cinéaste d'Une Séparation :  Asghar Farhadi).

Efficacité du cinéma américain

Yalda, la nuit du pardon, qui se déroule en grande partie sur le plateau et dans les coulisses de l’émission, renvoie aux meilleurs films de procès américains. On pense au cinéma d’Alan J. Pakula (Les hommes du Président), Sidney Lumet (12 hommes en colère, Network). L’ouverture, qui impressionne par la beauté de ses images nocturnes, évoque Heat de Michael Mann. Le réalisateur s'approche de l’efficacité des meilleurs cinéastes américains.

In fine, Yalda, la nuit du pardon, délivre des messages forts, sociaux, politiques, sans jamais s’appesantir. Il le fait par le filtre du suspense, refuse d'ennuyer le spectateur. Massoud Bakhshi a cette élégance et ce respect.

Les Infos sur Yalda, la nuit du pardon

Synopsis : Iran, de nos jours. Maryam, 22 ans, tue accidentellement son mari Nasser, 65 ans. Elle est condamnée à mort. La seule personne qui puisse la sauver est Mona, la fille de Nasser. Il suffirait que Mona accepte de pardonner Maryam en direct devant des millions de spectateurs, lors d’une émission de téléréalité. En Iran cette émission existe, elle a inspiré cette fiction.

Yalda, la nuit du pardon
Avec Sadaf Asgari, Behnaz Jafari, Babak Karimi, Fereshteh Sadr Orafaee, Forough Ghajebeglou, Fereshteh Hossein

Festival de Sundance 2020 - Grand Prix du Jury
Festival international de Sofia 2020 - Prix du meilleur scénario

Sortie le 7 octobre 2020
Durée : 1h29

Photos du film © Somaye Jafari / JBA production Film-annonce © Pyramide Distribution

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