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« Mon Garçon » : Un polar noir au tournage original – Rencontre avec Guillaume Canet, Mélanie Laurent et l’équipe du film

Cette semaine dans l’Actu Ciné, Lille La Nuit vous propose de découvrir Mon Garçon ! Voilà un projet atypique s’il en est pour le cinéma français. Christian Carion s’est lancé dans une entreprise folle : réaliser un film noir dont l’acteur principal, Guillaume Canet, ne connaitrait rien du scénario. A lui de réagir et d’improviser comme acteur selon les situations qu’il découvrirait. Critique du film et rencontre avec l’équipe  par Lille La Nuit.

Christophe Rossignon, Olivier de Benoist, Christian Carion, Guillaume Canet, Mélanie Laurent à Saint-Pol-sur-Ternoise pour l'avant-première de Mon Garçon. Photo © Jovani Vasseur

Critique du film Mon Garçon

Le réalisateur Christian Carion, toujours suivi par son fidèle producteur Christophe Rossignon (deux gars des Hauts-de-France), aime les projets ambitieux. Il a réalisé des films d’époque coûteux : Joyeux Noël, En mai fait ce qu’il te plait. Et un film d’espionnage assez réussi, L’Affaire Farewell, inspiré d’une histoire vraie.

Ainsi, Carion s’est toujours coltiné au réel en adaptant des histoires vraies ou faits historiques (si l’on excepte son premier film : Une hirondelle a fait le printemps).

Le script de Mon Garçon n'est pas basé sur une histoire vraie. Il est totalement imaginaire. Et remonte déjà à quelques années :

Christophe Rossignon (producteur) *: "C'est un projet que Christian Carion a depuis Une hirondelle a fait le printemps. Je lui ai dit "T"as plein d'idées en tête. Pourquoi tu n'écris pas chaque idée sur deux pages ? " Je reçois de Christian une pochette jaune dans laquelle il y a dix idées de films dont Joyeux Noël. Dont En mai fait ce qu'il te plait et Mon Garçon, qui s'appelait Mon garçon m'attend. (...) Christian en a parlé à Guillaume pendant le tournage de Joyeux Noël, dans les tranchées. Ce projet devait se faire un jour avec Guillaume !-"

Carion retrouve donc Canet pour la troisième fois après Joyeux Noël et L’Affaire Farewell.

Mon Garçon de Christian Carion : Guillaume Canet demeure fidèle au réalisateur de Joyeux Noël.

Un projet fou

Le projet qu’a en tête le cinéaste est assez dingue : Proposer à un acteur de découvrir l’histoire en temps réel. Sans qu'il ne sache jamais rien du scénario. Carion fait la proposition à Canet qui accepte d’emblée.

Guillaume Canet * : "Cette façon de travailler m'a transformé en tout ! En tant que comédien, en tant qu'auteur, réalisateur. En tant que scénariste, par exemple, quand on écrit un scénario, quand on écrit des dialogues, en règle générale on essaie que les personnages ne parlent pas tous de la même manière parce que personne ne parle de la même manière. Mais là, le truc, c'est qu'en utilisant mon vocabulaire il y a plein de moments où j'avais des hésitations comme dans la vie. Comme quand je vous parle maintenant. Et dans le cinéma, il n'y a pas ces hésitations là, on ne cherche pas ses mots. (...) Moi ça m'a fait réfléchir sur le prochain film que j'écrirai sur la manière de faire (...). Je trouve que ça donne du réalisme, ça donne de la véracité au récit. Et c'est d'ailleurs souvent ce qu'on ressent dans certains films d'auteur où on ressent qu'il y a de l'improvisation et où on est happé parce que c'est vrai que, tout d'un coup, on a l'impression qu'il se passe un truc de vrai, que c'est pas écrit, pas mécanisé en fait. Donc, ça, c'est vrai que ça m'a beaucoup appris. Dans la mise en scène aussi, parce que des fois, il se passe des choses magiques dans des accidents. Si le plan n'est pas parfait, si le cadre n'est pas parfait, le plus important c'est ce qui ressort de la scène à ce moment-là."

Pour mettre sur pied le tournage d’une durée minuscule de six jours (avec une seule prise pour chaque scène : truc de ouf !), il faut quinze jours de répétions à Carion. Evidemment, Guillaume Canet n’est pas présent. Il ne doit rien savoir. Rien deviner. Ce sont des doublures qui remplacent l’acteur.

Mon Garçon de Christian Carion : Dans cette histoire d’enlèvement d’enfant, le cinéaste filme un Guillaume Canet transfiguré.

Un film noir à la tension permanente

Sur le papier, le projet est excitant. Mais que donne le résultat à l’écran ? On est frappé par la force du film - sans doute le meilleur de Christian Carion - qui signe une oeuvre d’une grande nervosité, à la tension permanente.

On sent que le tournage n’a pas été confort, que la nervosité devait être de chaque instant. Cette tension, on la ressent durant toute la durée d’un métrage sec, sans gras, d’une courte durée de moins de 90 minutes.

Surtout, Carion assume la noirceur de son film. Cette histoire d’enlèvement d’enfant n’est pas confortable. Carion filme un Canet transfiguré (il n’a pas été aussi bon depuis La prochaine fois je viserai le cœur).

Et Carion va à contre-courant de ses films précédents.

Christian Carion *: "Est-ce que c'est un film contre les autres ? Pas du tout ! Je ne me lève pas le matin en me disant : "Où en suis-je dans ma vie, mon œuvre ? Non ! J'espère ne jamais tomber là-dedans. Le film est différent parce qu'on le fait différemment. (...) Celui là, il est possible comme ça. La seule chose que je peux dire, c'est que faire ces films d'avant m'ont donné une connaissance, une expérience, une épaisseur, qui me permettaient de prendre ce risque-là ! Mais la vérité, c'est que c'est une envie de cinéma ! C'était vraiment de se dire "Allez ! Qu'est-ce que ça donnera si, pour ce film-là, on met Guillaume dans ces situations là. Et c'était plus que de ne pas lui donner le scénario : personne n'avait le droit de lui parler. Il ne mangeait pas avec nous ! Et il ne dormait pas au même endroit que nous ! J'avais peur des fuites. Je voulais voir si c'était meilleur à l'écran. Car la finalité : c'est l’écran ! C'est le film ! "

Certains trouveront la violence de Mon Garçon complaisante (on pense à une scène en particulier). Elle nous parait nécessaire. Pour montrer la rage d’un homme prêt à tout pour retrouver son fils. Nécessaire pour montrer un homme qui bascule presque dans la folie. Nous ne sommes pas loin de certains "Revenge Movies" américains ou des films de "Vigilante".  Et si Mon Garçon n’est pas moralisateur, il contient tout de même une morale.

Mon Garçon de Christian Carion: Mélanie Laurent est parfaite en mère désespérée.

Mélanie Laurent et Olivier de Benoist impeccables

Les acteurs qui entourent Canet sont également à créditer. S’ils connaissaient le script, ils devaient souvent l’oublier pour s’adapter aux réactions imprévisibles de Canet.

Mélanie Laurent est parfaite en mère désespérée. Tout comme Olivier de Benoist, qu’on n’imaginait pas pouvoir se fondre dans un personnage dramatique peu attachant. Les deux acteurs se sont totalement abandonnés au pari proposé par Carion.

Mélanie Laurent *: "Cette méthode de travail est autant angoissante que très libre. Une fois qu'on commence à embrayer le jeu, là on sent qu'on n'a jamais été aussi libre. Moi quand j'ai vu le film j'étais fasciné d'entendre ces silences, ces chevauchements et... ces temps en fait. Qu'on a dans la vie, effectivement et qu'on ne peut pas avoir quand on a un scénario puisqu'on a la réplique d'avant, des tops de départ de phrases qui sont déjà inscrites dans le scénario. Là, on sait pas ce qu'on va se dire. Donc, on a des temps de jeu qui sont différents. Quand on embraye ce truc là, c'est assez trippant, c'est assez  passionnant, c'est très excitant. C'est une prise. Donc on a une grande montée d'adrénaline puis après, ça redescend. Après, non, on n'est pas libres ! Nous, on n'était pas libres du tout ! Nous, on attendait un plan précis. On attendait tant d'heures. On attendait Guillaume. Et si Guillaume ne nous disait pas ce qu'il fallait, on n'était pas libres de faire ce qu'on voulait. Donc, c'est un mélange, en fait. La liberté arrive à partir du moment où on se laisse aller au jeu".

Olivier de Benoist *: "J'ai rarement senti être aussi juste. Ce que j'ai trouvé absolument jouissif, c'est le fait de ne pas savoir ! On peut prendre des temps comme dans la vie. Par exemple, à table, il y a des moments où on ne se disait rien. Et c'était absolument jouissif ! Dans la vie quand, par exemple, quelqu'un annonce une mauvaise nouvelle, on ne parle pas tout le temps ! On essaie de meubler.  Et cette justesse là de comédien, on ne peut l'obtenir que sur une prise. Moi, je n'aurais pas pu être plus juste parce que c'était une première prise".

Mon Garçon de Christian Carion : On retrouve dans le film les superbes paysages du Vercors.

On s’en voudrait de ne pas dire un dernier mot sur les ambiances sonores très travaillées, la musique angoissante de Laurent Perez Del Mar, et les superbes paysages du Vercors photographiés par Eric Dumont.

Mon Garçon est un film noir fort réussi, qui a une vraie gueule d’atmosphère !

Synopsis : Passionné par son métier, Julien voyage énormément à l’étranger. Ce manque de présence a fait exploser son couple quelques années auparavant. Lors d’une escale en France, il découvre sur son répondeur un message de son ex femme en larmes : leur petit garçon de sept ans a disparu lors d’un bivouac en montagne avec sa classe. Julien se précipite à sa recherche et rien ne pourra l’arrêter.

Mon Garçon de Christian CARION
Producteurs : Christophe ROSSIGNON et Philip BOËFFARD
Scénario : Christian CARION et Laure IRRMANN

Durée : 1h24
Sortie le 20 septembre 2017

AVERTISSEMENT – « Une scène particulièrement éprouvante de violence est susceptible de heurter la sensibilité du jeune public. »

* interview réalisée le 13 septembre 2017 à Saint-Pol-sur-Ternoise. Remerciements à Laurent Coët et au cinéma Le Régency.

Christian Carion sera le Président du Jury Atlas du 18ème Arras Film Festival qui se tiendra du 3 au 12 novembre 2017.

Film-annonce, photos et affiche © Diaphana Distribution et Nord Ouest Films

 

 

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