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« K.O » : Un membre de Air compose la B.O. du dernier thriller du réalisateur de la série « Les Revenants »

Cette semaine, Lille La Nuit vous parle d’un film qui sort des sentiers battus de la production hexagonale : K.O ! Second film de Fabrice Gobert après Simon Werner a disparu, K.O est une nouvelle occasion pour le jeune cinéaste de se frotter à des univers troubles. Remarqué pour les deux saisons de Les Revenants, Gobert convoque pour K.O une distribution prestigieuse : Laurent Lafitte, Chiara Mastroianni, Pio Marmaï, Clotilde Hesme, le grand acteur et metteur en scène de théâtre Jean-François Sivadier. Quant à la musique, les lecteurs de Lille La Nuit seront heureux d'apprendre qu'elle est signée par Jean-Benoît Dunckel de Air. Critique de K.O et rencontre avec Fabrice Gobert par Lille La Nuit.

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K.O de Fabrice Gobert : Une nouvelle occasion pour le jeune cinéaste de se frotter à des univers troubles. A l'image : Laurent Laffite et Chiara Mastroianni.

Critique : Fabrice Gobert avait franchement surpris son monde avec son premier long Simon Werner a disparu. Il avait confirmé avec Les Revenants, adaptation pour la TV du film (2004) de Robin Campillo. Forcément, on attendait Fabrice Gobert au tournant. Allait-il continuer sur sa lancée ? Confirmer au cinéma, ou pas, pour ce second long-métrage ?

On découvre dans K.O un homme de pouvoir - Laurent Laffite, impeccable - qui, après un coma, se retrouve dans un univers qu’il ne reconnaît plus, et dans un rôle qui n’est plus vraiment le sien.

Une fois de plus, Gobert fait se croiser plusieurs genres, univers fantastique et thriller.

Fabrice Gobert : « Je m’y sens à l’aise. J’aime bien ne pas figer une histoire dans un genre particulier. J’ai l’impression que c’est intéressant de faire confiance à ce point là au cinéma pour se dire qu’un personnage peut changer de registre. Et après, il faut trouver une cohérence à l’intérieur de ça. Mais je trouve que ce qui est intéressant, c’est que manifestement un personnage comme Antoine Leconte veut jouer dans un film comme Wall Street, un film dans lequel un type éclabousserait le monde de tout son pouvoir et toute sa classe. Et en fait, il se retrouve à jouer dans une comédie angoissante et absurde. Ce qui ne lui plaît pas du tout. Mais moi, j’aime bien emmener et le spectateur et les personnages dans des registres différents parce que ça me permet de mieux cerner ce qu’il y a à l’intérieur de leurs têtes. C’est à dire de ne pas se figer sur une « forme ». Le fait de pouvoir compter sur plusieurs « formes » me permet d’envisager les différentes facettes d’une personnalité. »*

Comme Gobert prend plaisir à enfermer Antoine Leconte dans un cauchemar qui le fait passer de l’angoisse la plus totale au quasi cartoon, le spectateur prend un plaisir jubilatoire à voir ce personnage  s’en prendre plein la tronche durant 1h55. D’autant plus que, Leconte, est une sacrée ordure qui aime rabaisser, mépriser le monde qui l’entoure.

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K.O de Fabrice Gobert : Pio Marmaï et Laurent Laffite.

La description que fait Gobert du milieu de la TV peut sans doute paraître un chouïa caricaturale mais, comme le cinéaste connaît bien cet univers, on se dit que nous ne devons sans doute pas nous trouver trop éloigné de la réalité. Et puis, il suffit de voir la médiocrité des programmes proposées par des chaînes démagogues et cyniques pour achever de nous convaincre.

Ce que Lille La Nuit a aussi aimé dans K.O, c’est que le réalisateur et sa coscénariste Valentine Arnaud prennent le pari d’un film au script tortueux. Ils prennent ainsi le risque de perdre le spectateur à tout moment. Ce qui n’arrive pourtant jamais grâce à une construction scénaristique assez bétonnée.

Fabrice Gobert : « L’idée c’était de perdre le spectateur mais pas complètement. C’était toujours de le retenir. Et en fait, ça se fait à tous les niveaux. Ça se fait évidemment à l’écriture où on essaie de ne pas aller trop loin dans quelque chose qui nous paraitrait trop déconnecté de la réalité. En fait, on cherche à être juste au moment de l’écriture. Mais c’est un travail qu’on a fait aussi au moment du tournage, qu’on a fait encore au montage. J’essaie de me mettre à la place du spectateur et je me dis : « Oh là là, je crois plus à ce qui se passe ! » et puis d’un seul coup, il y a quelque chose qui doit nous rattraper. En général, il y a quelque chose qui nous rattrapait. Si ce n’était pas le cas, il fallait changer soit le montage, soit revoir l’histoire. Mais c’est quelque chose d’assez intéressant et excitant à faire et assez périlleux. Parce qu’on se rend compte qu’on est sur une sorte de corde raide, sur un fil et on peut basculer. Et perdre le spectateur. »*

Étant cinéphile, Fabrice Gobert s’amuse dans K.O à citer des films qu’il a aimés. Glisser ça et là un petit clin d’œil cinématographique complice aux amoureux du 7ème Art. On pense à Un jour sans fin (1993), la comédie culte de Harold Ramis avec le génial Bill Murray. Plusieurs scènes évoquent clairement Fight Club (1999) de David Fincher.

On pense aussi beaucoup à After Hours (1985) de Martin Scorsese. Mais les citations ne sont pas écrasantes car le réalisateur a l’intelligence de ne pas les utiliser comme une successions d’allusions à tel ou tel film. Ainsi, il évite de faire de K.O un long-métrage qui tournerait au catalogue.

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K.O de Fabrice Gobert : le réalisateur prend soin de ses images et cadres.

On peut regretter parfois que la mise en scène soit quelque peu ostentatoire. Mais on ne va pas non plus reprocher à un réalisateur français de prendre soin (même un peu trop) de ses images et cadres. D’autant plus que le design sonore est, lui aussi, très soigné. Gobert porte la même attention au son qu’à l’image pour faire basculer son personnage dans l’angoisse et la folie.

La musique apporte également beaucoup à l’univers de KO. Les amateurs de Lille La Nuit seront heureux d’apprendre qu’elle est signée de Jean-Benoît Dunckel, l’un des deux membres de Air. Son travail est remarquable.

Fabrice Gobert : « Je connaissais le travail de Air pour les bandes originales composées pour les films de Sofia Coppola. J’ai découvert la bande originale d’un film qui s’appelle Summer, faite par Jean-Benoît, qui est absolument formidable. Et qui ressemblait de manière assez proche à ce que j’imaginais (…). Même par rapport à ce qu’il peut faire avec Air, il n’avait pas peur d’aller vers quelque chose d’assez lyrique, de très émouvant. En fait, il y a quelque chose dans la musique de Air et de Jean-Benoît, et dans ce qu’il a fait pour KO, qui ressemble au film. C’est à dire que ça commence d’une certaine manière et ça se termine différemment. Ça évolue à l’intérieur d’un morceau : ça peut commencer de manière extrêmement brutale et puis, petit à petit, s’adoucir. Ou alors, commencer de manière très belle, très apaisée et puis on sent une espèce d’angoisse poindre petit à petit. Il fait ça magnifiquement. (…) On voulait vraiment de la musique de cinéma. On s’est rencontré, on a parlé. On a vu qu’on avait un peu les mêmes goûts, les mêmes références. Il n’a pas eu peur, comme nous, d’aller dans des genres un peu référencés et de faire des musiques qui sont de vraies bandes originales ».*

Amateurs de musiques, de cinéma, de suspense, d’histoires barrées, K.O est pour vous ! Il est de plus en plus rare qu’un jeune réalisateur français puisse s’aventurer sur le terrain d’un cinéma généralement trusté par les américains. Et si vous alliez soutenir K.O ? Allez: le film vous attend dores et déjà en salles !

Synopsis : Antoine Leconte est un homme de pouvoir arrogant et dominateur, tant dans son milieu professionnel que dans sa vie privée.  Au terme d’une journée particulière oppressante, il est plongé dans le coma. À son réveil, plus rien n’est comme avant : Rêve ou réalité ? Complot ? Cauchemar ?… Il est K.O.

K.O de Fabrice Gobert
Scénario Fabrice Gobert & Valentine Arnaud
Avec Laurent Lafitte Chiara Mastroianni Pio Marmaï Clotilde Hesme Zita Hanrot Jean-Charles Clichet Sylvain Dieuaide Jean-François Sivadier
Durée : 1h55

Sortie le 21 juin 2017

* Interview réalisée à Lille le 6 juin 2017. Remerciements à UGC Ciné Cité Lille.
Affiche, photos et film-annonce © Wild Bunch

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