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Le Dragon d’Or à la Rose des Vents

Du 05 au 09 décembre, la petite salle de La Rose des Vents accueillait la Compagnie Par Dessus Bord. Celle-ci créée en 2013 par la metteur en scène Aude Denis mettait à l’honneur le texte contemporain de Roland Schimmelpfennig : Le Dragon d’Or.

Il s’agit d’une oeuvre écrite pour cinq comédiens mais la pièce comporte dix sept personnages. Il y a quarante-huit tableaux entremêlés. La pièce débute par l’histoire de cinq immigrés asiatiques tenant un restaurant au rez-de-chaussée d’un immeuble nommé Le Dragon d’Or. L’un des cuisiniers, un enfant, a une rage de dent, les quatre autres personnages décident de la lui enlever. Deux hôtesses de l’air qui reviennent d’un long voyage s’arrêtent dans le restaurant. La dent se retrouve dans la soupe thaï d’une des hôtesses. Dans ce même immeuble, un couple se sépare, un autre attend un enfant, un épicier accumule des provisions dans son appartement. Et enfin nous avons la fable détournée La cigale et la fourmi de La Fontaine, métaphore de la prostitution infantile des immigrés en Europe. A la fin de la pièce, les histoires de chacun se rejoignent.

Le texte correspond à une forme de « théâtre épique », autrement dit il s’agit de théâtre davantage narrativisé. Les acteurs gardent une distance avec le personnage qu’ils interprètent. Il ne s’agit pas d’incarner pour l’acteur, ni de fasciner le spectateur mais de lui donner du recul sur ce qu’il est en train de regarder. Ce décalage entre le personnage et le comédien peut pour certains ennuyer. Le choix du texte est donc audacieux et Aude Denis relève admirablement le défi. Elle prend le parti de ne pas faire correspondre physiquement les acteurs avec leurs personnages, ce qui accentue cette forme de distanciation avec humour. La mise en scène est très originale, l’espace est articulé par des caisses de marchandises empilées représentant à la fois la réserve, une table du restaurant, un balcon ou l’immeuble lui même dans lequel se déroule l’intrigue. La composition musicale qui ponctue le spectacle mixe musiques traditionnelles asiatiques avec des sonorités plus actuelles. Parmi les cinq comédiens, l’un d’entre eux est danseur, il se met en mouvements lorsqu’il interprète la cigale. Il apporte un souffle poétique à ce qui nous est raconté. L’âme de la pièce de Schimmelpfennig est respectée et restituée avec beaucoup d’intelligence, d’élégance et d’originalité.

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