Après Peer Gynt et Dom Juan, le directeur du Théâtre du Nord, David Bobée, présente du 19 mai au 5 juin sa dernière création Lorenzaccio, un spectacle populaire et engagé. Le metteur en scène, à la tête du Centre Dramatique National de Lille-Tourcoing depuis 2021, monte des grandes œuvres classiques en les mettant à la lumière de nos époques contemporaines. Lorenzaccio est une tragédie politique et la pièce nous met en garde sur la montée du fascisme et le proche avenir politique des nations.
Pourquoi Lorenzaccio aujourd’hui ?
Lorenzaccio est écrit en 1834 alors que la France a été secouée par la Révolution française et les épopées napoléoniennes. L’histoire se répète et les grands textes classiques continuent d’éclairer le présent. Alfred de Musset puise dans le génie de sa maitresse, George Sand, qui écrit la Conspiration de 1537. Les personnages féminins dans la partition de Sand sont plus travaillés et la pièce a des allures de thriller politique tandis que dans la version de Musset, certaines répliques sont plus percutantes et les personnages secondaires plus complexes. David Bobée réhabilite le rôle oublié voire nié de George Sand et mélange les deux versions pour créer un texte innovant. Le metteur en scène décide de monter Lorenzaccio au moment de l’entre deux tours des législatives en 2024. Comment résister face au risque de la tyrannie dans un contexte où il est difficile de se fédérer ? La pièce oscille entre le mal et les forces du bien et nous rappelle ô combien le monde actuel est désorienté.
Lorenzaccio, l'intrigue
Au XVI ème siècle, les Républicains de Florence sont gouvernés par les Médicis. Lorenzo est un jeune florentin studieux et fluet de dix-neuf ans. Il est le cousin du duc Alexandre de Médicis qui règne sur Florence en tyran avec le soutien du Saint-Empire, du Pape et d’une armée puissante. Lorenzo joue un double jeu, il amadoue son cousin mais projette de le tuer pour libérer Florence. La bourgeoisie est-elle prête a faire la révolution quitte à ce qu’elle cède à ses privilèges ? Ou vaut-il mieux croire en l’acte individuel au risque du terrorisme ? Personne ne croit que Lorenzo puisse être capable de passer à l’acte. Mais personne n’arrive non plus a se fédérer pour faire tomber la dictature. La pièce interroge notre pouvoir d’agir et l’action politique dans un régime autoritaire. Le personnage de Lorenzo fait sans doute partie de l’un des personnages les plus complexes et ambigus de la littérature. En être double, il revêt plusieurs facettes pour flatter Alexandre de Médicis afin de mieux le tuer. Il est un être noble dans sa nature mais criminel par ses actes. Un héros combatif et cathartique prêt à lâcher ses principes et sa vertu pour arriver à ses fins. Le régicide de Lorenzo est un échec puisqu’une fois que le tyran est tué, un autre au désir dément de pouvoir s’arroge la place. Lorenzo est interprété par Félix Back, au corps androgyne, félin et gracile. Le jeune comédien est issu du studio 7 de l’École du Nord comme cinq autres acteur.ice.s de la distribution.
SCÉNOGRAPHIE SPECTACULAIRE ET IMAGES CHOCS DE LORENZACCIO
La scénographie est signée Léa Jézéquel et David Bobée lui-même. En amont des répétitions, le texte a été adapté et le décor pensé. Quel serait le paysage d’une tragédie politique ? L’imposant décor de Lorenzaccio a été conçu dans les ateliers de Neuville-en-Ferrain composé de trois permanents, un.e apprenti.e et une quinzaine de personnes qui travaillent à l’atelier toute l’année. Malgré une économie fragile et des ateliers qui disparaissent, cette fabrique de décors fait aussi la spécificité du Théâtre du Nord dans lequel il y a un pôle serrurerie, menuiserie et peinture. La construction du décor de Lorenzaccio a été supervisée par Valéry Defrennes, chef d’atelier, qui après quarante ans de création, a dirigé pour la dernière fois l’élaboration de son ultime décor. Dans Lorenzaccio, David Bobée ne ménage pas ses effets : chant lingala, projection mapping, musique, fumée, et imposante scénographie. Celle-ci se compose d’une dizaine de colonnes mobiles afin de créer des espaces à volonté : le palais d’Alexandre de Médicis, une place publique, une prison… le décor est modulable, polyvalent et permet des éclatements spatiaux très esthétiques. Symbole de la citoyenneté, la colonne ne sert à rien à elle seule. Elle n’est utile que parmi d’autres pour porter quelque chose de plus grand qu’elle. Certaines, friables, sont prêtes à s’effondrer et évoquent à quel point notre démocratie est fragilisée.
Dans les coulisses de Lorenzaccio
Crédit photo : © Frederic Iovino
