Glass Vs Reich au Nouveau Siècle

Ce soir, l’Orchestre National de Lille nous attend de pied ferme pour une soirée sous le signe de l’affrontement. Un match opposant sur le ring du Nouveau Siècle des compositions de deux pionniers de la musique minimaliste, Steve Reich et Philip Glass. Toujours dans une démarche d’ouverture de sa programmation, l’ONL nous propose un répertoire résolument contemporain mais également rattaché à une approche classique.

Pour lancer les hostilités, le jeune compositeur Benjamin Attahir, fraichement arrivé en résidence à l’ONL, présente sa pièce “Sawti’I Zaman” (2013). On pourrait regretter le manque de cohérence de cette ouverture avec le thème de la soirée, mais le morceau aura le mérite de bien nous réveiller. Un orchestre au complet, un bourdonnement de cuivres et ça fuse de partout. “Sawti’I Zaman” est une performance puissante, toute en tension et imprévisible. Un rendu volontairement foutraque pour une partition complexe, faisant la part belle aux percussions et à la harpe. Bref une bonne mise en bouche contemporaine de la part du compositeur français, annonçant une carrière prometteuse.

Voyage onirique avec Steve Reich

Changement de plateau, un cercle se forme au centre de l’orchestre, composé de pianos, marimbas et vibraphones. Place maintenant au coeur du concert, avec l’oeuvre “Three Movements” de Steve Reich pour le premier round. Pour l’occasion, l’ONL a recruté un guest de luxe à la direction : Keith Lockhart, notamment chef principal du BBC Concert Orchestra. La pièce (comme son nom l’indique) s’articule dans un format classique, 3 mouvements dont le deuxième est plus lent. Dès les premières secondes, les amateurs de Reich reconnaissent le style inimitable du compositeur américain. Des motifs répétitifs, où rythmes et harmonies se font écho et varient subtilement. À l’instar du répertoire de Reich, “Three Movements” est une pièce immersive, palpitante, et voir son interprétation est un vrai plaisir, tellement les musiciens font preuve de concentration sur scène.

Glass sous le signe de la virtuosité

On poursuit le concert avec une pièce de Philip Glass, deuxième compositeur culte de la musique minimaliste. Le choix de l'oeuvre "The American Four Saison" (concerto pour violon) est étonnant,  en contraste fort avec le morceau précédent de Reich. Si "Three Movements" constitue un exemple significatif de musique répétitive, ce concerto de Glass signe un retour à des références classiques : un remake américain des 4 saisons de Vivaldi, avec à la place du clavecin un synthé aux sonorités naturellement plus modernes. Deuxième invité de choix de la soirée, Robert McDuffie livrera une performance remarquable au violon. Le soliste, à l'origine de cette adaptation, fait preuve de toute la virtuosité de son jeu, nuancé et technique. Les 4 mouvements invitent au voyage et ravissent un Nouveau Siècle déjà conquis.

15mn de Reich Vs 40mn de Glass. Pour rééquilibrer les scores, l'orchestre nous offre en rappel le culte "Duet" pour violon de Steve Reich, un final harmonique et rempli d'émotions. Si le match est nul entre les deux compositeurs, la soirée fut lumineuse : un concept original de la part de l'ONL, qui n'en finit plus d'élargir son horizon musical.

Photos : @ Ugo Ponte

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