« La Nuit du 12 » : le cinéaste Dominik Moll et l’acteur Bastien Bouillon

« La Nuit du 12 » : le cinéaste Dominik Moll et l’acteur Bastien Bouillon

Dominique Moll et Bastien Bouillon La Nuit du 12 Style : Cinéma Date de l’événement : 13/07/2022

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LillelaNuit a rencontré Dominik Moll, réalisateur de La Nuit du 12, et son acteur principal, l'impressionnant Bastien Bouillon. Cinéaste français exigeant (l'un des meilleurs en activité), Dominik Moll est l'auteur de grandes réussites comme Seules les Bêtes, et d'un film culte, Harry, un ami qui vous veut du bien. Il revient aujourd'hui avec l'histoire de policiers de la PJ de Grenoble, tentant de résoudre le meurtre odieux d'une jeune femme, brûlée vive. Tout autant thriller, drame, ou odyssée intérieure d'un jeune flic, La Nuit du 12, grand film inspiré d'une histoire vraie, et d'un livre, ausculte une société en proie aux féminicides et à la misogynie. Fort !Dès le départ, on sait qu'on va ne pas connaître la résolution de l'énigme, ce qui est un point de vue intéressant. Cela a déjà été fait au cinéma, mais pas si fréquemment. C’est quelque chose qui vous intéressait particulièrement dans cette histoire et la façon de la mener ? 

Dominik Moll : Oui, c'était même une des choses qui m'ont attirées dans cette enquête, racontée par Pauline Guéna dans son livre 18:3 - une année à la PJ. Parce qu’à travers cette affaire, Pauline raconte comment un des enquêteurs, qu'elle a côtoyé à la PJ de Versailles, devient petit à petit obsédé par cette enquête qu'il n'arrive pas à résoudre. Et, évidemment, il est d’autant plus hanté, qu'il n'arrive pas à la résoudre. On avait envie de raconter ça. C'est vrai que dans les codes du polar, en général, il y a le crime au début et la résolution avec le meurtrier à la fin, mais il nous semblait que si on avait fait ça, c'était aussi une façon de refermer la porte et de dire “bon voilà, il y avait un féminicide, mais on a trouvé le coupable donc tout va bien, quoi." Et ce n'est pas ça qu’on voulait raconter. On voulait raconter la trajectoire de ce personnage, Yohan.

C'est vrai que dans les codes du polar, en général, il y a le crime au début et la résolution avec le meurtrier à la fin, mais il nous semblait que si on avait fait ça, c'était aussi une façon de refermer la porte.

Dominik Moll, le réalisateur de "La Nuit du 12"

Avez-vous pensé à Zodiac de David Fincher pour l’idée de l’affaire non résolue ?  

Dominik Moll :  C'est un film que j'aime beaucoup mais c'est toujours un peu difficile de dire quels sont les influx. Enfin, Zodiac n’est pas une référence, mais il fait certainement partie des films qui ont infusé.

Bastien, vous aviez déjà travaillé avec Dominik Moll sur Seules les bêtes. Pour La Nuit du 12, qu'est-ce qui a été déterminant pour que vous acceptiez le projet ?  

Bastien Bouillon : Déjà, notre première collaboration s’était bien passée. Ensuite, au moment où j'ai été approché par Dominik et les directrices de casting, j'ai pu lire le scénario. Ça m'a plu très fort, très vite. Et puis, connaissant le travail de Dominik, je sentais que les endroits vertueux du scénario allaient être exploités et que Dominique allait trouver une voie dans la partition que nous devions interpréter. Enfin, sur une vision commune. Je me sentais en adéquation artistique avec le travail de Dominik, sur ce que ça raconte, plus globalement sur la société, les humains. C'est évidemment quelque chose qui m'a touché d'emblée aussi.

Je me sentais en adéquation artistique avec le travail de Dominik, sur ce que ça raconte, plus globalement sur la société, les humains.

Bastien Bouillon, acteur dans "La Nuit du 12"

Est-ce qu'on peut dire que le personnage de Yohan, qui mène l’enquête avec Marceau, son collègue de la PJ (excellent Bouli Lanners), va tout autant vers une quête de lui-même ?

Bastien Bouillon : Il y a un cheminement de la partition. Il n’est pas au même endroit au début du film et à la fin. Ça peut sembler un peu bateau de dire ça, mais la quête, en tout cas, n'arrive pas d'emblée. Les cases s'ouvrent au fur et à mesure chez lui. Notamment très fort au contact de l'amie de la victime où on le sent un peu ébranlé par l'émotion et par ce qu'elle lui rétorque : “Pourquoi on parle d'elle ? Pourquoi on parle de ses coucheries ? Pourquoi ? C'est elle la victime !” C'est donc le début du cheminement. Après, je pense que Dominik pointe du doigt quelque chose de mystique dans le parcours de Yohan. II y a une partie mentale, une partie qui appartient au cosmos.

Dominik Moll : Oui, parce qu’il a un côté moine-soldat, quoi. Il est vrai qu'on ne sait pas s'il a une vie sentimentale... Il vit seul dans un appartement assez spartiate.

Quel réalisateur est Dominik Moll ? Est-il très rigoureux ? Est-ce qu'il laisse un peu d'espace aux comédiens ? 

Bastien Bouillon : Dominik, tu peux nous laisser ? (rires) J'ai l'impression que Dominik sait très fort ce qu'il veut. Dominik est attaché aux mots et aux dialogues. De toute façon, ce sont des dialogues écrits. Si le comédien a envie de changer, il demande à Dominik. Et, parfois, Dominik dira oui. Parfois, il dira “ Non non, je préfère ce qui est écrit”. J'ai l'impression aussi que Dominik est une personne qui aime la grammaire de cinéma, donc je pense qu'il y a un gros travail de préparation. Même si, pour le coup, moi j'ai trouvé la prépa très courte.

Avec ce film, vous continuez votre exploration des faces sombres de l’être humain. Mais vous vous intéressez très fortement aux hommes de la PJ, à leurs failles, leur humanité, leurs doutes, leur violence, leurs faiblesses. Qu'est-ce qui vous a intéressé, chez ces hommes ? Les avez-vous croisés ? 

Dominik Moll : Mon immersion a été d'une semaine, donc j'ai observé des choses, j'ai senti certaines choses mais je n’ai pas pu développer des relations suffisamment intimes pour qu'ils se confient à moi, mais on sent que leur métier les atteint. Dans le livre de Pauline Guéna, c'est très présent. D'ailleurs, ce qui est intéressant, c'est qu’ils font une vraie distinction entre ce qu'ils appellent les vraies victimes, c'est à dire quelqu'un comme Clara (ndr : la jeune femme tuée dans le film), quelqu'un qui n’est pas du milieu du monde du grand banditisme, de la drogue. Quelqu’un qui était au mauvais endroit, au mauvais moment, ça les atteint davantage, plus intimement, qu'un règlement de compte entre dealers. Le meurtre d'une fille comme Clara, ils peuvent s'imaginer que c'est leur fille, leur femme. Du coup, forcément, ça les remue plus. C'était très présent dans le livre de Pauline, et c'est ça qui m'a intéressé. Enfin, comment gère-t-on ça ? D'autant plus qu’ils n'arrivent pas à résoudre l'affaire et qu'ils ont un sentiment d'échec. Mais en même temps, je ne voulais pas que le film soit un constat d'échec en disant que ça ne sert à rien de s'acharner, que le monde est pourri, que tout le monde est mauvais et violent. Je voulais qu'on ne sorte pas déprimé du film. Qu’on sente le trajet du personnage, qu'il réussit à recharger ses batteries, qu'il est prêt à retourner au combat, au travail en tout cas. Il le doit à la victime, à son fantôme. On sent qu'il est hanté par cette victime et que, s’il ne fait pas tout ce qu'il peut pour trouver le meurtrier, même s’il n’y a pas de résultat, ce fantôme ne le lâchera jamais.

Les infos sur La Nuit du 12

Synopsis : À la PJ chaque enquêteur tombe un jour ou l’autre sur un crime qu’il n’arrive pas à résoudre et qui le hante. Pour Yohan c’est le meurtre de Clara. Les interrogatoires se succèdent, les suspects ne manquent pas, et les doutes de Yohan ne cessent de grandir. Une seule chose est certaine, le crime a eu lieu la nuit du 12.

La Nuit du 12 de Dominik Moll
Avec Bastien Bouillon, Bouli Lanners, Anouk Grinberg
Scénario et dialogues : Dominik Moll et Gilles Marchand
Adapté de 18.3 - Une année à la PJ de Pauline Guéna paru aux éditions Denoël
Image : Patrick Ghiringhelli
Musique : Olivier Marguerit
Durée : 1h54

Sortie le 13 juillet 2022

Affiche et film-annonce : Haut et Court
Photos : Haut et court / Fanny de Gouville

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