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FLO : Entretien avec la réalisatrice Géraldine Danon et le comédien Alexis Michalik

FLO : Entretien avec la réalisatrice Géraldine Danon et le comédien Alexis Michalik

Géraldine Danon et Alexis Michalik Flo Style : Cinéma Date de l’événement : 01/11/2023

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LillelaNuit a aimé Flo, le premier long-métrage de Géraldine Danon. La comédienne (et réalisatrice de documentaires) avait l'envie de raconter l'histoire de son amie, la navigatrice Florence Arthaud. Loin du biopic compassé, son film fait le beau portrait d'une femme libre, conquérante, audacieuse, déterminée, vivante, brillamment interprété par Stéphane Caillard ! Rencontre avec Géraldine Danon et le comédien Alexis Michalik, qui joue Olivier de Kersauson.

On aurait pu imaginer que votre film sur Florence Arthaud serait plus lisse. Le personnage n'est pas toujours agréable. Florence Arthaud a un sacré caractère. Elle n’est jamais lisse du début à la fin du film...

Géraldine Danon : Elle est avant tout, il me semble, solaire. Mais on ne peut pas côtoyer le soleil et les étoiles si, par ailleurs, on n'a pas des parts d’ombres. Donc, elle était une femme extrême, on peut mettre tous les adjectifs et ajouter “extrêmement ” forte, fragile. Elle vivait peut-être plus que les autres, c’était une boulimique de la vie, elle était à fond. Lisse pas du tout.

Il est évident que, ni Florence Arthaud, ni moi, ne sommes des gens lisses, et un marin n’est pas lisse.

Géraldine Danon, réalisatrice de Flo.

A un moment de la production, vous a-t-on demandé de mettre la pédale douce ? 

Géraldine Danon : Je suis un peu comme Florence Arthaud. On peut me demander ce qu’on veut mais je n’en fait qu’à ma tête, et je considère en plus que la mise en scène est à faire avec le moins de concessions possibles. Donc oui, dans mon parcours, que j’appelle souvent “ma route du Rhum à moi”, pour ce film donc, il est évident qu’à certains moments on m’a dit “ non il faudrait que ce soit plus ça ou plus ceci, plus feel good”, mais non ! Moi j’avais envie de raconter cette femme. C’est un premier film, elle était ma grande complice depuis les années 80. On se ressemblait, et je suis allé chercher aussi le point de rencontre entre elle et moi. Il est évident que, ni elle ni moi, ne sommes des gens lisses, et un marin n’est pas lisse. Un marin est quelqu’un qui côtoie les éléments, des moments de grande extrémité, d’où aussi la spiritualité car, parfois, on sait plus à quoi s’en remettre d’autre qu’à Dieu, quelle que soit la forme qu’on a envie de lui donner. Je n’aurais pas pu faire un personnage lisse, au même titre qu’on m’interroge parfois en me disant “Vous avez raconté sa vie privée”. Je disais à l’un de vos confrères, que je me souviens avoir rencontré Romy Schneider, même si je m’en souviens moins bien que Florence car j’étais plus jeune. Il y a des points communs entre ces femmes-là, et je ne me vois pas raconter Romy Schneider si je ne raconte pas sa vie privée. Sa vie privée est intimement liée à son parcours d’actrice, au même titre que la vie sentimentale de Florence Arthaud est intimement liée à sa vie de marin. Raconter sa vie de marin sans aller chercher un éclairage sur sa vie de femme, alors qu’elle était une grande amoureuse, serait à mon sens, de mon point de vue de metteur en scène, qui a envie de raconter sa vie, un non-sens. Et d’ailleurs, on s’aperçoit qu'au-delà du fait qu’elle était une grande amoureuse, sa vie privée génère tout ce qu’il se passe par la suite dans sa vie de marin.

Stéphane Caillard incarne Florence Arthaud. Tandis qu'Alexis Michalik interprète Olivier de Kersauson.

Alexis Michalik, je ne vous aurais pas imaginé dans le rôle d’Olivier de Kersauson.

Géraldine Danon : Vous n’êtes pas le seul et pourtant tout le monde le trouve formidable.

On rêve d'interpréter Kersauson comme on rêve d'interpréter de grands noms tels Napoléon, Louis XIV.

Alexis Michalik, comédien

C’est la magie du cinéma ! On découvre un autre Olivier De Kersauson, loin de son image. Il a tellement forcé le trait dans des émissions comme Les Grosses Têtes. Là, vous nous faites découvrir une autre facette du personnage.  Comment êtes-vous devenu le Olivier de Kersauson de Géraldine Danon ? Par ailleurs, est-ce tétanisant d'interpréter quelqu’un qui est encore parmi nous. 

Alexis Michalik : C’est impressionnant mais c’est un cadeau. Quand on est comédien, c’est un cadeau. On rêve d'interpréter Kersauson comme on rêve d'interpréter de grands noms tels Napoléon, Louis XIV. Donc, on se dit que ça va être chouette, surtout que c’est un personnage haut en couleur, comme les plus de 40 ans le connaissent très bien. Au début, quand on m’a envoyé le scénario, je me suis dit “bon bah c’est un film sur Florence Arthaud, Kersauson va apparaître au détour d’un régate, et puis il va avoir deux scènes”, et je fini de le lire et je me dis “ah non,  en fait il est vraiment là, ah oui d’accord, il y a cette histoire, ah mais je ne savais pas !" Et puis plus j’avançais plus je me disais que c’était un super personnage.

Géraldine Danon : Et puis dans le film, c’est surtout une histoire d’amour.

Alexis Michalik : Bien sûr ! Une histoire d’amour entre marins, donc c’est impressionnant, mais c’est surtout du plaisir. Après, mon boulot c’est d’essayer de le rendre crédible, qu’on y croit, que j’aille chercher la voix, les manières, le reste c’est ce qu’a écrit Géraldine.

Géraldine Danon : Mais il fallait aussi un acteur de son talent. Rendre un dialogue écrit, aussi fluide et naturel tout en allant chercher par ailleurs le timbre de voix, le rire et la façon de se comporter d’Olivier de Kersauson, ce n’est pas simple. Ce n'est pas du naturalisme. C’est le rendre naturel, avec beaucoup de travail en amont, et pour ça il me fallait un acteur de la trempe d’Alexis Michalik.

C’est d’autant plus impressionnant, qu’effectivement, il y a les intonations. Quand vous apparaissez, vous êtes Olivier de Kersauson, mais ce n’est jamais une imitation. 

Géraldine Danon : Et voilà, c’est exactement ça ! C’est ce que l’on voulait. Il en va de même pour Stéphane Caillard car elle est Florence Arthaud, mais elle est aussi à la rencontre de moi, Florence et elle-même, donc elle se l’approprie et moi c’est ce qui m'intéresse. Les imitations c’est pâle.

Alexis Michalik : C’est à mi-chemin. Il y a toujours une part de nous, une part de Géraldine et une part de Kersauson ou de Florence Arthaud. Moi j’ai surtout eu du plaisir du début à la fin du tournage, c’était un bonheur.

Géraldine Danon : Il se l’est approprié, il faut du courage aussi je trouve. C’est un acteur courageux et talentueux.

C’est un rôle physique, le rôle d’une icône, Stéphane Caillard porte le film sur ses épaules de A à Z.

Géraldine Danon, réalisatrice.

Stéphane Caillard a déjà un beau parcours derrière elle. Mais, très honnêtement, on la connaît mal, voire on ne la connaît pas du tout. Vous la mettez en lumière. Son travail est assez phénoménal, et on a l’impression que c’est le rôle de sa vie… 

Géraldine Danon : Moi je peux le dire, je suis actrice et un rôle comme ça, c’est quand même le rôle d’une vie, même si je lui souhaite plein d’autres rôles par la suite. Mais c’est un rôle physique, le rôle d’une icône, elle porte le film sur ses épaules de A à Z. Le rôle va permettre aussi, car elle a beaucoup travaillé, que les gens se penchent sur ce qu’elle a fait avant. C’est un cadeau pour une actrice un rôle comme ça.

Si vous vous étiez trompée d’interprète, le film était foutu…

Géraldine Danon : C’est ce que je dis toujours. C’était le nerf de la guerre de trouver la bonne personne pour l'interprétation, et je pense que je lui ai fait un très beau cadeau. Nous avons bien travaillé, et elle a été largement à la hauteur du cadeau que je lui ai fait.

Vous dites que c’est votre premier film, mais, en fait, c’est votre premier film de fiction. Vous avez réalisé des films documentaires et, notamment, sur la mer.

Géraldine Danon : Et où je faisais tout toute seule, donc là, pour moi, c’était facile : j’avais une équipe ! C’est vrai en plus, j’avais bien souvent l’impression d’être en situation de facilité. Quand on est entouré par une bonne équipe comme j’ai eu la chance de l’avoir, qui été portée par le projet, dévouée à ce que j’avais en tête, avec l’envie de rendre le plus bel hommage à Florence, c’est facile.

Est-ce que vos films documentaires ont été votre école ? 

Géraldine Danon : Oui, ça a été mon école, et ça m’a permis surtout de parler avec tous les postes en sachant de quoi je parle. Je n’étais pas juste comédienne, même si pour la direction d’acteurs ça facilite, mais je sais cadrer, prendre du son, monter… Je sais faire un film toute seule.

Il y a des premiers films de fiction qui sont moins lourds que celui-là…

Géraldine Danon : C’est sûr. Je suis rentrée par la grande porte, et il faut l’assumer. Mais j’ai pas mal d’énergie et j’arrive à insuffler de l’énergie aux autres. J’aime ça !

Les infos sur Flo

Synopsis : Connue comme "la petite fiancée de l’Atlantique", Florence Arthaud fut surtout une grande navigatrice. Son palmarès exceptionnel, et unique dans cet univers masculin, connut son apogée avec sa victoire de la Route du Rhum en 1990. Au-delà de ces exploits, FLO raconte l’incroyable destin d’une femme farouchement libre qui décide de rejeter son milieu bourgeois et la vie qui lui avait été tracée, pour vivre pleinement ses rêves.

Flo de Géraldine DANON
Scénario : Géraldine Danon et Yann Queffélec
Avec : Stéphane CAILLARD, Alexis MICHALIK, pierre DELADONCHAMPS, Charles BERLING, Alison WHEELER

Sortie le 01 novembre 2023
Durée : 2h11

Entretien réalisé à Lille le 9 octobre 2023 par Grégory Marouzé - retranscription de l'entretien par Camille Baton

Visuels : Metropolitan Films

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