Anaïs Demoustier & Charline Bourgeois-Tacquet : « Les Amours d’Anaïs »

Anaïs Demoustier & Charline Bourgeois-Tacquet  : « Les Amours d’Anaïs »

Anaïs Demoustier - Charline Bourgeois-Tacquet Les Amours d’Anaïs Style : Cinéma Date de l’événement : 15/09/2021

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LillelaNuit a retrouvé Anaïs Demoustier pour Les Amours d'Anaïs. Notre dernière entrevue avec la jeune comédienne, originaire de Villeneuve d'Ascq, date de la sortie d'Alice et le Maire - film pour lequel Anaïs Demoustier a remporté le César de la meilleure actrice -. Dans Les Amours d'Anaîs (qui n'est pas biographique) de Charline Bourgeois-Tacquet - également présente à l'entretien -, Anaïs Demoustier incarne une jeune femme libre, amoureuse, adorable et légèrement "casse-bonbon". Une rencontre toute aussi drôle, jubilatoire et émouvante que le film.

Avant Les Amours d’Anaïs, il y a un court-métrage, que vous avez réalisé, interprété par Anaïs Demoustier : Pauline asservie. Y-a-t-il des ressemblances entre le court et le long-métrage ? 

Charline Bourgeois-Tacquet : Il y a un lien entre les deux, mais j’avais imaginé le long-métrage avant d’écrire le court-métrage. Donc, cette histoire de triangle amoureux et de désir a préexisté. Après, j’ai écrit assez vite Pauline asservie, je l’ai proposé à Anaïs, on s’est rencontré, on a fait le film ensemble. On a pris vraiment du plaisir à inventer ce personnage, un rythme. On s’est amusé car ce court-métrage était une comédie. Et ensuite, j’ai proposé le projet du long-métrage à Anaïs, elle a accepté, mais m’a dit “J’aimerais vraiment que le personnage du long soit vraiment le plus proche possible de la jeune femme du court-métrage”. Avec ses excès et toute sa dimension comique !

Anaïs Demoustier : Après, ce qu’il y a vraiment en commun entre le court et le long, ce sont vraiment les thématiques. Une jeune femme amoureuse, un peu empêtrée avec ses émotions, qui s’intéresse à la littérature, qui a l’habitude de théoriser sur l’amour et se laisse un peu déborder.

Une Complicité qui dure

Pourquoi, fondamentalement, toutes les deux, avez-vous eu l’envie de remettre le couvert ? 

Anaïs Demoustier : On avait envie de recommencer car le court-métrage a été une super rencontre artistique entre Charline et moi. Quand j’ai lu le court-métrage, j’ai eu vraiment l’impression que c’était écrit pour moi. Je me suis rarement sentie aussi proche d’une écriture. C’est très agréable de lire un scénario comme celui-là. On avait envie d’aller plus loin, car un court-métrage, c’est forcément un peu frustrant.

Charline Bourgeois-Tacquet : J’avais trouvé l’interprète idéale pour ce personnage. Je m’étais rendue compte qu’Anaïs se mettait au service du personnage, arrivait à s'approprier ce texte, cette langue, et aussi tout ce que je lui demandais en terme d’agitation, de mouvement. Il était évident que le long était pour elle !

S’il a plusieurs tonalités, le film est avant tout une comédie. Pour vous, le rythme est-il essentiel à une comédie ?

Charline Bourgeois-Tacquet : Ce que je sais, c’est que j’aime beaucoup les plans-séquences, et ce n’est pas du tout classique d’en faire dans une comédie. Normalement, une comédie est très découpée en terme de plans. Pour le film, j’ai un peu mélangé les méthodes. Simplement parce qu’il y a des plans dans lesquels on a réussi à animer les séquences de l’intérieur, et à donner cette vivacité, simplement parce qu’Anaïs se déplace dans tous les sens, a un sens du rythme et de la comédie qui sont complètement dingues. C’est très précieux. Et il y a des moments, où l’on a beaucoup plus découpé, ce qui est plus typique de la mise en scène de comédie. D’une manière générale, la comédie, ça va vite, mais c’est aussi mon obsession, la vitesse !

J’avais trouvé l’interprète idéale pour ce personnage. Je m’étais rendue compte qu’Anaïs se mettait au service du personnage, arrivait à s'approprier ce texte, cette langue, et aussi tout ce que je lui demandais en terme d’agitation, de mouvement. Il était évident que le long était pour elle !

Charline Bourgeois-Tacquet

Anaïs, votre personnage, est absolument adorable. Et en même temps, totalement “casse-bonbon”. Ce qui la rend d’autant plus adorable. Qu’est-ce que ce personnage vous a permis de faire naître, que vous n’aviez pu explorer auparavant au cinéma ? 

Anaïs Demoustier : Je dirais l’aspect physique. Que ce soit le corps qui dirige. Et surtout que ce soit l’alliance entre les deux. Parce que j’avais joué pas mal d’amoureuses, dans le film de Jérôme Bonnell, A trois, on y va,  qu’on avait tourné à Lille, dans celui de Valérie Donzelli, Marguerite et Julien… Mais il n’y avait pas cette dimension cérébrale, de jeune femme intellectuelle. Ce que j’avais exploré dans Alice et le Maire. Et là, le mélange des deux, je l’ai fait pour la première fois grâce au rôle d’Anaïs. Et puis, aussi, comme vous dites, ce plaisir d’être “casse-bonbon”. Ce plaisir d’incarner un personnage qui a vraiment des excès, qui est vraiment de mauvaise foi, scandaleux. C’est très agréable à faire et je ne l’avais jamais fait avant. j’avais joué des personnages qui étaient assez aimables, moralement plus irréprochables; Et parfois, j’avais du mal. Je disais à Charline “Mais là, tu te rends compte, quand je dis au garçon, l’air de rien, que je vais avorter sans l’avoir prévenu…” J’avais peur que ce soit trop. Et Charline me disait de ne pas m’inquiéter que, comme le personnage est sympathique à la base, ça allait passer. Et elle a eu raison, car si on ne joue pas vraiment ces moments-là, on a perdu ! Il faut assumer ! Et c’est ça qui la rend héroïque, héroïne. Ça la rend cinématographique. Sinon, ce n’est pas très intéressant.

Jouer la séduction, le désir et l'amour

On a de très belles séquences de séduction, de désir, d’amour sur la plage, avec Valeria Bruni-Tedeschi. Comment avez-vous tourné cette scène d’amour ? Était-elle chorégraphiée, l’avez-vous mise en place au moment du tournage, était-elle écrite, et surtout est-ce plus difficile à jouer qu’une séquence dialoguée ? 

Anaïs Demoustier : Oui, c’est plus difficile à jouer, pour moi, je trouve. Pour moi, cette scène était difficile. C’est mieux quand c’est chorégraphié à l’avance. Il y a un mélange de choses chorégraphiées, d'imprévus. On sait qu’on a ça à faire, et on le fait comme on peut. Je demande au metteur en scène de chorégraphier un peu, de savoir à l’avance combien de temps ça va durer, ce que l’on va tourner, pour pouvoir le vivre un peu comme une sportive, pour se dire “Il y a ça à faire”. Je pense un peu plus mon corps comme celui d’une danseuse. Je déconnecte un peu mon cerveau. J’enlève mes lentilles pour ne pas trop voir l’équipe. J’ai des petits trucs comme ça. C’est toujours une danse avec la caméra. Aucune scène d’amour au cinéma ne se ressemble; Aucun tournage de scène d’amour ne se ressemble. Ça dépend du partenaire, du metteur en scène. Et là, j’étais surtout ravie du résultat. C’était une scène qui était difficile au tournage, mais que j’aime beaucoup montée. Charline et sa monteuse ont fait un vrai beau travail de montage. parce que l’on a beaucoup tourné et c’était difficile de savoir ce que cela allait donner. Elle est très réussie. Franchement, c’est rare que j'arrive à regarder une scène d’amour sans trop souffrir. Ce que j’aime, c’est qu’on se sent très proche de la matière : on sent le sable, la chaleur… Le film a été très bavard, et d’un coup, il y a du silence. Je trouve ça très beau. Ce que j’aime, c’est qu’il a une étreinte, mais qui raconte aussi quand deux corps se découvrent. Ce n'est pas purement sexuel. Il y a d’autres dimensions.

L’une des références de Charline Bourgeois-Tacquet est Le Sauvage de Jean-Paul Rappeneau, avec Yves Montand et Catherine Deneuve. Or, si comparaison n’est pas raison, on retrouve chez vous la vitalité, l’énergie, le débit de Catherine Deneuve

Anaïs Demoustier : Ce que j’aime dans les rôles de Catherine Deneuve, quand elle était jeune, c’est qu’elle ne se présente pas comme une actrice-muse. Elle a toujours, malgré sa beauté rocambolesque (que je n’ai pas malheureusement), une mélodie qui est la sienne, une puissance, une force de proposition. Elle existe. J’ai l’impression qu’elle ne se laisse pas juste filmer. Après je sais que la vitesse, vient plutôt de ma mère que de Catherine Deneuve (rires). Ma mère parle très vite !

Les Infos sur Les Amours d'Anaïs

Synopsis  : Anaïs a trente ans et pas assez d’argent. Elle a un amoureux qu’elle n’est plus sûre d’aimer. Elle rencontre Daniel, à qui tout de suite elle plaît. Mais Daniel vit avec Emilie… qui plaît aussi à Anaïs.
C’est l’histoire d’une jeune femme qui s’agite. Et c’est aussi l’histoire d’un grand désir.

Les Amours d'Anaïs de Charline Bourgeois-Tacquet
Avec Anaïs Demoustier, Valeria Bruni Tedeschi, Denis Podalydès

Sortie le 15 septembre 2021
Durée : 98 min

Visuels © Les Films Pelléas / Année Zéro  Haut et Court

Entretien réalisé à Lille le vendredi 10 septembre 2021. Remerciements UGC Ciné Cité Lille.

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