The Divine Comedy « Foreverland »

The Divine Comedy « Foreverland »

The Divine Comedy Foreverland Style : Pop échevelée Sortie : 02/09/2016

Site Web

Sur la scène imaginaire, un fleurettiste excentrique tournoie et virevolte au gré de son incroyable virtuosité, ses assauts sont d'une finesse inouïe, sa lame exceptionnellement active et légère. Personne ne comprend complètement ce qu'il fait, il est étincelant et baroque, c'est Neil "Napoleon" Hannon, le pilote unique de la Divine comédie. Il est de sortie et de retour pour réduire en cendres élégantes et en braises rougies toute la concurrence de la pop de chambre. On n'a pas entendu un album aussi bon dans le registre depuis le Love de Get Well Soon, une profondeur inouïe, un son parfait, le bois et le cuivre cousus avec la plus grande finesse par des cordes stupéfiantes. 

Il en est parfois de nos artistes préférés comme de nos vieux amis, nous les négligeons un peu, nous ratons un rendez vous, nous oublions de rendre une invitation, on laisse passer un ou deux albums. Aux motifs divers et variés que le dernier disque a été tellement stupéfiant qu'on ne meurt pas d'envie d'en affronter un moins parfait, ou qu'il  faut bien faire un peu de place à des artistes qu'on ne connaît pas encore. C'est un peu ce qui s'était passé avec Neil après le superbe Regeneration, numéro un dans le cœur de nombreux fans. On a presqu'envie d'en rester là. Ici, on commettrait une erreur de poids en le négligeant.

Bien entendu, on peut penser que toute cette musique très arrangée, c'est bien pompeux, bien pompier, bien grandiloquent, bien barré mais c'est oublier et négliger une dimension tout à fait essentielle de la musique de Hannon, un humour très tongue in cheek dont il ne se départ jamais. S'il n'y en a un qui ne se prend pas au sérieux, c'est bien lui. Qu'on écoute un peu les paroles ou les effets : un âne qui brait au début et à la fin d'un titre, une chanson pas réellement finie et qui se termine par un "Blah, blah" parce que c'est la fidèle transcription d'une idée de composition enregistrée sur un téléphone, les poses et les costumes des vidéos, les touches à la française, la "légion étrangère"... etc. On joue.

Ça n'empêche pas une touche de désespoir toujours affleurante, jamais pesante, la politesse de ne pas se complaire dans les geignements pénibles. Bref, un disque complexe parce que le traitement est très fin. Ce mélange savant, dosage extrêmement subtil entre humour pince-sans-rire, désespoir vrai et mélodies échevelées est réussi d'un bout à l'autre: c'est pourtant une planche très savonneuse.

Envolées de cordes folles à se retrouver à danser tout seul en passant le balai subitement enlacé et pressé contre sa joue, basses rebondies ou légèrement étouffées pour envelopper l'ensemble de soie... Le pont incroyablement réussi et tellement aérien de Catherine the great qu'il sera difficile de rester au sol, c'est hallucinant. 41 minutes plus tard le fleurettiste sourit sous son masque et donne le sentiment de saluer d'un unique mot prononcé avec un magnifique accent anglais "Voilà", en zébrant l'air de sa lame. En concert au Sébastopol le 14 novembre 2016. 

Revenir au Mag Chroniques
À lire aussi
164 queries in 0,212 seconds.