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« Les Oiseaux de Passage » : Une grande fresque sur les cartels colombiens digne d’un Scorsese

Les Oiseaux de Passage est le film coup de poing que vous propose cette semaine l’Actu Ciné de Lille La Nuit. Le long-métrage de Cristina Gallego et Ciro Guerra retrace l’histoire vraie des cartels colombiens. Les Oiseaux de Passage est autant un film de gangsters qu’une grande fresque historique sur la Colombie, portée par des comédiens exceptionnels.

Les Oiseaux de Passage de Ciro Guerra et Cristina Gallego : un film de gangsters vu comme une tragédie antique et baroque.

Un film de gangsters colombien

Ciro Guerra (L’Etreinte du Serpent) et Cristina Gallego n’ont pas choisi la facilité avec Les Oiseaux de Passage, long-métrage qui s’aventure sur les traces des films de gangsters de Francis Ford Coppola (la trilogie du Parrain) ou Martin Scorsese (Les Affranchis, Casino). Si le décor n’est pas le même, nous sommes en Colombie, ces films ont la même ambition de réinventer le genre en en faisant de grandes fresques historiques baroques, traversées par le souffle des tragédies antiques.

Beauté des images et décors naturels

Divisé en cinq chapitres, Les Oiseaux de Passage impressionne d’emblée par la beauté de ses images et ses décors naturels. Surtout, les cinéastes instaurent une tension qui va aller crescendo pour acheminer le film vers une violence graphique, évitant toute surenchère.

La force du film réside d’abord dans la construction de son récit. Très ambitieux, les auteurs font s’entremêler plusieurs histoires, et destins de personnages. Les cinéastes maîtrisent un récit qui fait s’entrechoquer la grande Histoire du pays et le destin individuel de ses habitants.

Les Oiseaux de Passage montre comment, au début des années 70, l’arrivée de touristes américains met à mal la quiétude du peuple Wayuu. Comment l’argent facile de la vente de marijuana, fait disparaitre chez certains protagonistes comme le jeune Aníbal (inquiétant Juan Martínez) valeurs, traditions, sens de la famille, respect de l’autre, et des femmes.

Les Oiseaux de Passage de Ciro Guerra et Cristina Gallego : le film impressionne par la beauté de ses images et ses décors naturels.

Une culture et une société en mutations

Pour autant, Les Oiseaux de Passage n’est pas un film réactionnaire, ni conservateur. Le film fait le point sur une culture et société en mutations, avec l’arrivée d’une nouvelle forme de tourisme, liée à la consommation de drogues.

Si les clients occidentaux ont leur part de responsabilité, Cristina Gallego et Ciro Guerra n'absolvent en rien la culpabilité de leurs personnages colombiens, qui se lancent dans le trafic de drogue pour réunir l'argent d'une dot. Les clans finissent par s’opposer, se diviser, pour des questions de territoires et, bien sûr, de pognon. Le lourd poids des superstitions est également abordé. Cristina Gallego et Ciro Guerra décrivent avec un sens du détail et du romanesque, une guerre de clans sur plusieurs décennies, comme il en existe dans les quartiers durs de Los Angeles.

Le rôle prépondérant des femmes

A la différence du cinéma occidental (plus particulièrement dans la production des Majors Company), les femmes tiennent un rôle prépondérant dans Les Oiseaux de Passage. Pour la simple et bonne raison que la société présentée est matriarcale. Du coup, les personnages féminins sont aussi forts que leurs homologues masculins. Une rareté dans le film de genre, et de gangsters. Depuis toujours, les réalisateurs offrent des personnages plus complexes au sexe dit « fort ». Ce cinéma « viril » se contente souvent, depuis les débuts de l’Histoire du cinéma, de faire de la femme un faire-valoir de l’homme (de récents évènements changeront peut-être la donne).

Les Oiseaux de Passage de Ciro Guerra et Cristina Gallego : les femmes sont le moteur principal du récit.

Dans Les Oiseaux de Passage, les femmes sont à égalité avec les hommes. Elles sont même plus importante, puisque moteur principal du récit. Ce sont elles qui prennent les décisions capitales. Chez les wayuu, les femmes s’occupent du commerce et de la politique, même si la société est aussi très machiste comme le présente le film.

Une autre voie pour le cinéma de genre

Soutenue par des comédiens (amateurs et professionnels) impressionnants, cette coproduction entre la Colombie, le Mexique, le Danemark et la France, montre que le salut du cinéma de genre viendra sans doute d’un autre horizon que celui du cinéma américain.

Les Oiseaux de Passage de Ciro Guerra et Cristina Gallego : le western à la Sam Peckinpah n'est pas loin.

Cristina Gallego et Ciro Guerra ont le sens de l’espace et du cadre, (le western à la Sam Peckinpah n’est pas loin), de la mise en scène, qui distinguent les grands réalisateurs des tacherons. Le découpage est pensé. Fortement ! La production n'ayant pas le budget d'un film Marvel, les attaques et explosions finales sont filmées en plans larges. Comme une forte tension innerve les différents protagonistes, la violence des gunfights et scènes de pyrotechnie s'en trouvent démultipliée.

Derrière le grand cinéma de genre, se dessine souvent l’analyse profonde d’une situation sociale, politique, économique d’une époque, d’un pays. C’est exactement ce qu’ont réussi les auteurs de ce film. Très justement récompensé par L'Abrazo du meilleur film au Festival du Cinéma latino-américain de Biarritz, Les Oiseaux de Passage est une grosse claque ! A voir toutes affaires cessantes.

Les infos sur "Les Oiseaux de Passage"

Synopsis : Dans les années 1970, en Colombie, une famille d’indigènes Wayuu se retrouve au cœur de la vente florissante de marijuana à la jeunesse américaine. Quand l’honneur des familles tente de résister à l’avidité des hommes, la guerre des clans devient inévitable et met en péril leurs vies, leur culture et leurs traditions ancestrales. C’est la naissance des cartels de la drogue.

Scénario: Maria Camila Arias, Jacques Toulemonde
D’après une idée originale de Cristina Gallego
Image : David Gallego
Décors : Angélica Perea
Son : Carlos García, Claus Lynge
Montage : Miguel Schverdfinger
Musique : Leonardo Heiblum
Colombie, Mexique, Danemark, France
Scope

Durée : 2h05
Sortie le 10 avril 2019

Affiche et film-annonce © Diaphana Distribution - Photos ©  Ciudad Lunar Blond Indian-Mateo Contreras

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