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« Le Redoutable » : Michel Hazanavicius filme « son » Godard avec Louis Garrel et Stacy Martin

Pour son Actu Ciné de la semaine, Lille La Nuit s’intéresse au dernier film de Michel Hazanavicius (La Classe Américaine, les OSS 117 et The Artist avec Dujardin) : Le Redoutable ! En compétition à Cannes, ce film revient sur la période maoïste d’un Jean-Luc Godard incarné par Louis Garrel. Mais Le Redoutable aborde surtout l'histoire d’amour entre Godard et Anne Wiazemsky, interprétée par Stacy Martin. Le Redoutable est un drôle d'objet Pop, un biopic, une histoire d’amour, une peinture de la France soixante-huitarde… C’est surtout l’occasion pour Hazanavicius de filmer « SON » Godard !

Le Redoutable de Michel Hazanavicius : Louis Garrel et Stacy Martin en doubles de Jean-Luc Godard et Anne Wiazemsky.

Critique de Le Redoutable

S’il y a une chose qu’on ne peut reprocher à Michel Hazanavivius, c’est un quelconque manque d’ambition ou de courage. Après avoir parodié avec le talent que l’on sait les OSS 117 de l’écrivain Jean Bruce, rendu un hommage au cinéma muet avec The Artist, livré un film de guerre avec The Search, il se lance dans un projet fou : faire une fiction sur Jean-Luc Godard !

Librement inspiré des récits de l’ex-compagne de Godard, Anne Wiazemski (Une année studieuse et Un an après), Le Redoutable doit sont titre au nom du premier sous-marin nucléaire français. Dans le film, une formule d'un journaliste entendue à la radio est souvent prononcée par Godard et Wiazemski pour commenter leur vie de couple : « Ainsi va la vie à bord du Redoutable ». Mais le VRAI redoutable, c'est évidemment Jean-Luc Godard.

Louis Garrel impressionne, Stacy Martin émeut

Le film de Michel Hazanavicius est d’abord la réussite d’un casting. Comment interpréter l’un des cinéastes les plus connus de la planète ? Un personnage iconique dont il existe des heures et des heures de documents audiovisuels. Qui a même joué lui-même dans ses propres films. Louis Garrel se tire très bien d’une interprétation impossible. Il impressionne par le mimétisme qu'il atteint avec son illustre modèle. On aimerait d'ailleurs savoir un jour ce que pense Godard de l'interprétation de Garrel. Mais verra-t-il le film un jour ?

Face à Garrel/Godard, on retrouve Stacy Martin, l’une des jeunes actrices les plus talentueuses du cinéma français (voyez la dans Taj Mahal de Nicolas Saada). Elle joue avec un naturel désarmant la femme du Godard des années politiques, Anne Wiazemsky - actrice notamment chez Bresson dans Au Hasard Baltazar - et petite fille de l’écrivain François Mauriac.

Stacy Matin est le miracle du film. Emouvante, on la croirait débarquer des sixties. Jamais on ne voit une actrice d’aujourd’hui « jouer » une jeune femme des années 60. D'autant plus que son personnage de femme effacée et soumise, jusqu'à un certain point, avait tout du cadeau empoisonné.

Le Redoutable de Michel Hazanavicius : Stacy Martin émeut dans personnage de femme effacée et soumise. Jusqu'à un certain point.

La direction artistique séduit également. Elle est impeccable (elle l’a toujours été chez Hazanavicius : revoyez les OSS 117). Costumes, décors, photographie, reconstitutions de mai 68… Tout est soigné. Un peu trop diront certains. Mais si Le Redoutable vire parfois au chromo, on ne peut nier qu’il s’agit d’un bel objet Pop qui revisite avec le talent d’un entomologiste une époque explosive au sens propre, comme au sens figuré.

Le projet de Michel Hazanavicius

On sent toute l’admiration que le réalisateur porte à Godard. Du moins pour ses premiers films que sont A Bout de Souffle, Le Mépris, Pierrot le fou... On le devine cependant moins fan des périodes suivantes.

On voit peu Godard au travail dans Le Redoutable. Un peu au début du film, lorsqu’il tourne La Chinoise (1967) avec Wiazemsky. On n'ira donc pas jusqu'à dire que Le Redoutable est un film sur le cinéma, même si on en parle beaucoup.

Le Redoutable est d’abord un film sentimental qui mêle satire, comédie et drame. On navigue d’un genre à l’autre avec plaisir si on aime le cinéma, la fin des années soixante, la culture Pop.

Hazanavicius propose sa vision du cinéaste. Il est lui-même artiste et cinéaste. Et comme on le disait chez les trotskistes : « Toute licence en Art ».

Le Redoutable de Michel Hazanavicius : Le cinéaste et ses acteurs sur le tournage.

Mais on a un peu de mal à comprendre où veut nous emmener Hazanavicius. Et surtout, ce qu’il veut dire de Godard. Il nous le montre dans toute sa complexité : insupportable, touchant comme un petit garçon, jaloux pathologique, terrorisant ses amis et ceux qui ne le sont pas, amoureux fou de Waziemsky, insolent, génial, engagé politiquement, petit bourgeois jouant les révolutionnaires, mégalomane jamais sûr de lui. On pourrait continuer la liste durant des heures.

Un personnage de BD, un comique burlesque 

Si la vision que donne Hazanavicius de Godard n'est sans doute pas fausse, il fait le choix de filmer Godard en personnage de BD. Il est d’ailleurs révélateur que Riad Sattouf soit co-producteur du film.

Par ailleurs, Le Redoutable donne l'impression de ne pas savoir choisir son camp, entre biopic sérieux et fantaisie burlesque. Sous la caméra de Hazanavicius Jean-Luc Godard devient un personnage de slapstick, un comique à la Jerry Lewis (adoré de Godard et cité dans le film) qui tombe tout le temps, se casse la figure, se fait mal au dos, casse ses lunettes. C’est souvent drôle et cocasse mais le comique de répétition finit par lasser un peu.

Si Hazanavicius montre une certaine admiration pour le courage et l’indépendance du Godard, la caricature n’est pas loin lorsqu’il filme le groupe Dziga Vertov (mouvement créé avec Jean-Henri Roger pour lequel Godard réalise des films en discussion avec d'autres personnes).

Le Redoutable de Michel Hazanavicius : JLG en révolutionnaire aux petits pieds.

Il en est de même pour la représentation de Mai 68. Hazanavicius filme bien. Mais que nous dit-il au juste d'une époque et de sa politique qui ne soit pas exempt de clichés ?

Filmer à la manière de...

Plus gênante est la volonté qu’a parfois Hazanavicius de filmer comme Godard. Ou plutôt de construire son film « à la manière de ». Dès le générique, Pierrot le fou est cité. Hazanavicius reprend les mêmes lettrages que dans les films de la période qu’il vénère du cinéaste franco-suisse. L’hommage est sincère, mais trop appuyé et scolaire.

Pas désagréable, souvent fascinant et très drôle, Le Redoutable  est un film où l’on ne s’ennuie pas (pour être honnête, on note cependant quelques longueurs) mais dont on peine à définir le sens. Il s’agit en tout cas d’une tentative originale dans un cinéma français qui manque sacrément d’originalité et de singularité par les temps qui courent.

Synopsis : Paris 1967. Jean-Luc Godard, le cinéaste le plus en vue de sa génération, tourne La Chinoise avec la femme qu'il aime, Anne Wiazemsky, de 20 ans sa cadette. Ils sont heureux, amoureux, séduisants, ils se marient. Mais la réception du film à sa sortie enclenche chez Jean-Luc une remise en question profonde. Mai 68 va amplifier le processus, et la crise que traverse Jean-Luc va le transformer profondément passant de cinéaste star en artiste maoïste hors système aussi incompris qu'incompréhensible.

Le Redoutable écrit et réalisé par Michel Hazanavicius
D'après Anne Wiazemsky

Durée : 1h47
Sortie le 13 septembre 2017

Affiche, photos et film-annonce © Studio Canal

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