« Bac Nord » : inspiré d’une histoire vraie, un western urbain impressionnant et ambigu

L’Actu Ciné de Lille la Nuit fait le choix de Bac Nord ! Le film de Cédric Jimenez, qui a comme toile de fond le trafic de drogue dans les quartiers Nord de Marseille, s’inspire d’une histoire vraie qui a défrayé la chronique en 2012. Incarné par Gilles Lellouche, François Civil, Karim Leklou, Adèle Exarchopoulos et Kenza Fortas, Bac Nord mixe polar, western urbain, et film d’action. impressionnant et ambigu.

Le réalisateur Cédric Jimenez

Cédric Jimenez s’était fait remarquer avec La French (2014), interprété par Gilles Lellouche et Jean Dujardin. Ce polar retraçait le parcours tragique du juge Michel, qui combattit le trafic de drogue, à Marseille, dans les années 70. Pour Bac Nord, Cédric Jimenez retrouve Marseille, et plus précisément ses quartiers Nord, dont il est originaire. C’est la garantie que le réalisateur filmera avec un certain brio la ville, ses cités, et quartiers. Et il est vrai que nous sommes heureux d’échapper aux sempiternelles images « cartes postales » de la citée phocéenne.

Gilles Lellouche, François Civil, Cédric Jimenez et Karim Leklou sur le tournage de Bac Nord.

Inspiré d'un fait divers

Pour Bac Nord, Cédric Jimenez a enquêté de nombreux mois sur une affaire qui a fait grand bruit en 2012 : dix-huit membres de la BAC (brigade anti-criminalité) de Marseille furent arrêtés pour trafic de drogue, corruption, et racket en bande organisée. Un carton ouvre le film et prévient que, s’il est inspiré d’une histoire vraie, il est une fiction, qui ne prend pas parti. Un avertissement qu’on du mal à comprendre, tant Jimenez prend fait et cause pour des policiers qui, avec le soutien de leur hiérarchie, réunirent plusieurs kilos de drogue, pour acheter à une indic des infos leur permettant l'arrestation de gros trafiquants.

Une distribution solide

Dans Bac Nord, le cinéaste se focalise sur trois flics (il serait difficile de suivre le destin de dix-huit protagonistes sur moins de deux heures), incarnés par Gilles Lellouche, François Civil et Karim Leklou. On a rarement vu Lellouche et Civil si convaincants. Karim Leklou, quant à lui, impressionne, comme, à chaque film.

Des scènes d'action efficaces

Jimenez s’est enfin débarrassé de cette volonté de faire un polar qui singe le cinéma américain au point de ressembler à une parodie (La French, dans ses pires moments, faisait penser à un sketch des Nuls). Les séquences d’action sont impressionnantes. La descente de la BAC dans la cité est un véritable uppercut, qui ne souffre d’aucun temps mort, et force le respect par son réalisme. Décors extérieurs et intérieurs dans les HLM, sont exploités avec un sens du cadre et de l’espace qui n’a rien à envier au meilleur du cinéma d'action. On regrettera, cependant, quelques scènes de bastons « illisibles », la faute à un montage par trop heurté et elliptique.

Bac Nord : François Civil et Karim Leklou, impeccables.

réalisme et ambiguïté

Là où le bât blesse, c’est qu’en souhaitant plonger le spectateur au cœur de l’action (il y parvient), Cédric Jimenez n’échappe pas au schématisme.  Il se met du côté des flics (dont il dénonce, aussi, dérives et travers), mais les « héroïse » trop (notamment lors des séquences finales qui utilisent le ralenti, et une musique pompière). L'affaire est toujours en justice.

Par ailleurs, la façon qu’à Jimenez de filmer les trafiquants des quartiers Nord est assez gênante. On ne fera aucun angélisme : bien sûr, le réalisateur filme des grands délinquants, des voyous, des personnages peu recommandables, qui détruisent des vies. Mais leur ôter toute forme d’humanité, les filmer telle une masse informe lors de la descente dans la cité, nous semble desservir le propos du film. Après tout, nous ne sommes pas en présence d’extra-terrestres, de croquemitaines issus d’un film d’épouvante, ou d'une invasions de morts-vivants. Ces gens dangereux sont humains, bien humains, et s’inscrivent dans une réalité concrète, précise, de notre époque. De plus, aucun contexte politique, social, historique, économique, ne tente d'expliquer (même subrepticement) comment certains quartiers marseillais en sont arrivés à un tel point de non-retour.

Plus dérangeant : les habitants des quartiers Nord n’ont aucune existence. Certes, Greg (Gilles Lellouche), dit dans un dialogue, que la police est en train d’abandonner les habitants des cités. Mais, quand le réalisateur s’intéresse enfin à eux, c’est pour filmer un gamin poignardant un policier venu se réfugier dans un appartement, avant que la mère ne plonge dans une totale crise d’hystérie. Amel (Kenza Fortas) quant à elle, fait du deal, et est une indic. Les autres habitants de la cité sont hors champ de la caméra, « néantisés ». Du coup, on a l’impression que les quartiers Nord ne sont peuplés que de délinquants. Problématique et ambigu !

Bac Nord : Un moment de détende avant l'explosion (Karim Leklou, François Civil, Gilles Lellouche, Adèle Exarchopoulos).

De plus, si Bac Nord est un « film d’hommes » qui s’inscrit dans la tradition du cinéma de genre, on aurait aimé que les personnages féminins soient davantage travaillés. Si Kenza Fortas (vue dans Shéhérazade) a de l’épaisseur, Adèle Exarchopoulos, qui incarne la petite amie de Yass (Karim Leklou), joue les utilités.

In fine, Bac Nord impressionne franchement  mais accumule tant de maladresses, de lourdeurs, de manichéisme, qu'il peine, paradoxalement, à convaincre.

Les infos sur Bac Nord

Synopsis : 2012. Les quartiers Nord de Marseille détiennent un triste record : la zone au taux de criminalité le plus élevé de France. Poussée par sa hiérarchie, la BAC Nord, brigade de terrain, cherche sans cesse à améliorer ses résultats. Dans un secteur à haut risque, les flics adaptent leurs méthodes, franchissant parfois la ligne jaune. Jusqu'au jour où le système judiciaire se retourne contre eux…Bac Bac Nord de Cédric Jimenez
Avec Gilles Lellouche, François Civil, Karim Leklou, Adèle Exarchopoulos et Kenza Fortas
Durée : 1h44

Sortie le 18 août 2021

Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs

Visuels : Studio Canal 

Photos : © JEROME MACE CHIFOUMI PRODUCTIONS

 

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