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Les métamorphoses du « Songe » au Théâtre du Nord

La scène du Théâtre du Nord s’est métamorphosée avec Songe le jeudi 9 avril 2026. C’est avec une scène déstructurée que Marcial Di Fonzo Bo, en collaboration avec Marianne Ségol, à réinterpréter « Le songe d’une nuit d’été » de William Shakespeare. Dès les premiers instants, le public est plongé dans un univers où les frontières entre fiction et réalité s’estompent, où le théâtre se fait miroir déformant de nos propres perceptions.

Songe : Entre fiction et réalité

Dès l’entrée en scène, deux colonnes brutes encadrent un espace sombre et austère, annonçant une esthétique volontairement déstabilisante. Le rideau se lève sur une scène fracturée : un trou béant dans le plancher ouvre une brèche vers les coulisses, invitant les personnages à surgir de manière inattendue, dynamisant ainsi leurs entrées et sorties. Ce choix scénographique, à la fois brut et poétique, installe une tension entre le visible et l’invisible, entre le réel et l’imaginaire.

Le spectacle joue avec les langues comme avec les corps. Une troupe de jeunes comédien·nes, issu·es de toute l’Europe, créait une cacophonie harmonieuse où les voix se tordent, les corps se déforment, et les projections visuelles sur les rideaux brouillent les contours entre le physique et le numérique. Au cœur de cette alchimie, un DJ impose sa présence, rythmant la pièce de sons tantôt planants, tantôt inquiétants, tantôt envoûtants. La musique devient un personnage à part entière.

La scénographie, d’une originalité saisissante, exploite chaque recoin de l’espace : avant-scène, fond de plateau, sous-sol, étage. Les jeux de lumière traversent les voilages, créant des atmosphères brumeuses, oniriques, où la transparence des tissus et des images projetées fusionnent avec la matérialité des corps.

Songe, Théâtre du Nord © Christophe Raynaud de Lage

La fantasy au cœur du spectacle

« Songe » déploie un univers fantastique où la forêt ensorcelée de Shakespeare devient un terrain de jeu pour les fées et les créatures inspirées des Disparates de Goya.

Cette pièce emporte le spectateur dans un monde d’illusion, jouant et brisant la frontière entre la réalité, la fiction et le jeu de théâtre. Le comédien incarne l’humain comme l’être surnaturel, la figure du papillon, tandis que leurs corps et leurs voix, déformés par la vidéo, la danse et le chant, basculent dans une dimension à la fois poétique et troublante.

Cette dimension artistique ajoute un côté enchanteur à la pièce, notamment à travers les fées et leurs chants, semblables à ceux des sirènes, qui attirent et hypnotisent. Leurs interventions, quant à elles, précipitent le chaos dans les relations amoureuses des mortels. Le fantastique ne se contente pas d’orner le récit : il l’envahit, brouillant les pistes entre les histoires parallèles et les personnages hauts en couleur, tels que Puck, Titania ou Obéron.

Songe, Théâtre du Nord © Christophe Raynaud de Lage

La place de l’amour dans songe

Au cœur de Songe, l’amour est un champ de bataille. L’idylle entre Lysandre et Hermia, d’abord présentée comme parfaite, se heurte à l’obstacle traditionnel du refus paternel. Mais c’est l’intervention des fées qui précipite le drame, transformant l’amour en une force maladive, excessive, presque monstrueuse. Les déclarations d’amour deviennent violentes, les rivalités s’exacerbent, et les personnages, réduits à leurs pulsions, oscillent entre désir et agressivité.

Hermia, figure féminine puissante, incarne la révolte contre l’emprise masculine. Rejetée par son père, puis abandonnée par son amant ensorcelé, elle finit par s’émanciper, refusant de n’être qu’un objet de désir ou de pouvoir.

in fine...

Songe ne se contente pas de raconter une histoire : il la déconstruit, la réinvente, et invite le public à perdre pied pour mieux se retrouver ou pour se perde encore plus. Entre métamorphoses des corps, des voix et de la scénographie, la frontière entre réalité et fiction s’efface, laissant place à une expérience théâtrale aussi déroutante qu’envoûtante.

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