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Tannhäuser version Paris – Richard Wagner au Théâtre Municipal de Tourcoing

A la place de l’œil d'une femme, des arcs de cercle, des ponts qui convergent vers une pupille imaginaire. L'affiche de l'événement semble suggérer que l'on plongera dans le regard, dans la perception d'un individu. Mais à qui appartient cette vision ? A Richard Wagner, à Jean-Claude Malgoire, à un spectateur ? Est-ce ou bien un regard de femme porté sur Tannhaüser ? L'opéra en concert est annoncé. La version proposée n'est ni scénique ni intégrale. Nous avons assisté à une mise en images, à un concert-vision.

Même s'il ne s'agissait pas d'une mise en scène à proprement dite, la diffusion graphique et les quelques déplacements des artistes nous ont emmenés dans l'action. L'intensité musicale et dramatique de cette composition a contrasté avec la prise de partie scénographique de Jacky Lautem. Le décor est suggéré par des projections d'images fixes en arrière-plan de la scène. Nous avons été amenés à créer notre propre décor mental. Il n'a pas fallu perdre de vue que nous n'assistions pas à un opéra mais à un opéra en concert. Tannhaüser, partition à la main, nous a surpris. Ce chanteur et poète incarne les passions. L'interprétation de Nicolas Rivenq a éclairé de toute autre manière la psychologie du héros.

De la grandiloquence à la subtilité, la musique se déroule comme un flot continu. L'écriture de Wagner dont on connaît la pratique du leitmotiv nous a fait vivre une relation particulière au temps. Les idées fixes musicales illustrent des personnages, des sentiments. Les images fixes projetées ont appuyé celles-ci. Pour ces opéras, Wagner faisait enlever les décorations des théâtres pour que le spectateur soit focalisé sur le drame. La simplicité des formes visuelles et des déplacements nous a permis de focaliser notre perception sur la musique pour cet opéra en concert.

Tannhaüser und Der Sängerkrieg auf Der Wartung (Tannhaüser et la guerre des chanteurs) n'est pas qu'une opposition entre l'amour chaste et l'amour charnel, c'est aussi un concours de chant. L'imaginaire collectif connaît la technicité requise pour chanter Wagner. Le célèbre et splendide Chœur des Pèlerins interprété par le Chœur Régional Nord-Pas de Calais a été attendu. Le contraste, entre Vénus et Elizabeth, entre Wolfram et Tannhaüser a été autant musical que psychologique. On ne sait quel aurait été le vainqueur si le fameux concours avait été réel.

La Grande Écurie et la Chambre du Roy dirigée Jean-Claude Malgoire est connu pour sa capacité d'expérimentation et de recherche. Pour une redécouverte musicale, quel meilleur choix qu'un opéra revisité une bonne trentaine de fois par son compositeur et ceci jusqu'à sa mort. Tannhaüser suggère déjà l'ambition de Wagner de créer un art total mêlant musique, poésie et théâtre. Loin des Walkyries à longues nattes blondes, à soutien gorge en acier et au casque en pointe, le public a eu la chance de pouvoir entendre ce compositeur de génie si rarement représenté dans notre région. Pour reprendre les mots de ce grand admirateur de Wagner qu'était Baudelaire, Si, au moins, je pouvais entendre ce soir un peu de Wagner... Notre souhait a été exaucé.

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