Aujourd’hui10 événements

Peter Doherty + Jack Jones au Théâtre Sébastopol

Peter Doherty + Jack Jones au Théâtre Sébastopol.

Dès 19 heures 50, Bérénice entame une sorte de première partie de la première partie, concept étonnant. Que se passe-t-il ? Que fait-elle là ? On ne sait pas bien, elle dira elle-même qu'elle a été prévenue très tard. En tout cas, elle a beaucoup de cran d'attaquer dès 19 heures 50 dans un Sébasto qui se remplit doucement. Belle énergie, belle voix, jeu de guitare très rythmique, un peu comme pouvait le faire Keziah Jones et son Blufunk, du feeling et de l'humour. On ne sait pas encore que ce sera la prestation la plus sympathique, finalement, de la soirée. On s'en voudrait de passer sa prestation sous silence. 

Jack Jones se présente comme la première partie, Stratocaster claire pour tout bagage. Jeune Anglais romantique, qui semble tout droit sorti d'une école d'art très très arty. Gratouille vaguement quelques notes, récite de la poésie We all scream for Ketamine... S'étonne d'entendre le bruit de ses lèvres qui claquent mais le Sébasto est très très respectueux, très silencieux, c'est vrai. C'est à dire qu'il ne se passe rien, qu'il vaudrait mieux jouer même si on est charmant. On pose beaucoup, on joue très peu. Jack ne retrouve pas du tout les accords de l'une de ses chansons, finit par en jouer une autre. C'est ennuyeux et embarrassant, au final. Pas sans talent, sans doute, mais on n'a pas vu grand chose et on a entendu des paroles de bluettes adolescentes aussi sucrées que The blueboy with the broken heart. 

On retrouve Jack Jones en guitariste fin et délié de Doherty, très à l'heure et impeccable dans un vrai faux smoking ouvert et torse nu. Main dans la poche, extrêmement anglais, ça ne commence pas si mal. Peter s'allonge complètement dès le second morceau obligeant les musiciens à faire tourner très très longuement une fin de morceau très moyenne. C'est le chaos, très vite, les travées centrales remplies de fans énamourés et pourtant très motivés, qui connaissent tout par cœur.

On le croit ailleurs, c'est long, très long, ce riff qui tourne en boucle. Il se relève tout en tension et presqu'avec vivacité. On pense alors à un subtil jeu d'équilibre, on sait que Doherty n'a rien d'un artiste précis, que c'est un chanteur moyen mais touchant, un guitariste fragile mais qui joue parfois exactement ce qu'il faut, on l'avait vu donner un bon concert avec les Babyshambles. Il est toujours en équilibre, capable d'une présence folle avec très peu de choses.On se dit qu'il calcule un peu tout ça, cette manière de se promener au bord du vide mais non, ce sera juste un très très mauvais concert, trente huit minutes ratées, ennuyeuses, pathétiques même, coupées de longues stations devant la batterie. Le groupe est pourtant plutôt bon et sa composition originale mais cette bouillie, là, non vraiment. On entend des fans ultimes râler, pétris de déception. A Lille la Nuit, on se essaie d'être là, du début à la fin, de se promener au merchandising à la fin, d'essayer de tout écouter, de discuter avec les gens et on l'a fait. Une fois n'est pas coutume, on a entendu des gens demander le remboursement... C'est très très rare. Encore que l'organisateur ne joue pas, ce n'est pas lui l'artiste, ce n'est pas à lui de manifester qu'il respecte son public. Des artistes malades qui se sont levés pour jouer, on en connaît. Ils l'ont dit, c'était parfois délicat mais ils ont assuré. 

C'est que le métier n'est pas fait, le minimum pas assuré, on ne paie pas pour une apparition divine mais pour un concert. Quand on écrit nos chroniques, on se met toujours dans cette posture là : qu'en est-il pour l'adolescent hyper fan qui a fracassé sa tirelire pour venir et dont les parents attendent peut être dans un café, au coin de la rue ? A l'étudiante qui écrit "j'ai "cassé ma tirelire" pour inviter mon père au concert de ce soir... (...) j'ai assisté en direct à la mort artistique de mon idole..."

Public mou ? trop facile, il n'avait qu'à aller le chercher, ça se conquiert une audience, surtout quand elle a dépensé cette somme. Un type à terre qui boit une bière, ça motive peu. Pour se consoler, après une très longue attente, on a eu droit aux musiciens de Pete venus s'excuser et jouer un dernier titre avec un fan au chant, une scène envahie... On laisse tout le monde monter et sincèrement, on a craint pour le théâtre... Finalement, ce sera sage, certains participants se filmant sur scène en train de le vivre pour pouvoir le revivre en train de se filmer. Triste. Comme s'il n'y avait que ça à sauver, finalement.

Peter s'excuse sur Facebook, il avait mal à la tête. Il veut revenir pour ses fans lillois après ce désastre complet, intégral, dont on ne peut rien garder alors qu'on avait beaucoup aimé les Babyshambles à l'Aéronef. Il risque fort d'entendre F*** forever de la part de tous ceux qui étaient là, ce soir là, à cet endroit là. 

Revenir aux Live report Concerts
A lire et à voir aussi
201 queries in 0,730 seconds.