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Izia + Jeff Lang à l’Aéronef

Back in town. Après son passage au Splendid le 24 octobre 2009 et au Centre Culturel Gérard Philipe de Calais le 20 février dernier, Izia revient dans nos contrées nordistes pour investir l'Aéronef de Lille et y faire souffler un vent de Rock N'Roll salvateur. La salle se remplissant très vite et l'excitation se faisant de plus en plus palpable (surtout dans le public masculin), il apparaît évident que ce retour était attendu de pied ferme. De jeune espoir de la scène musicale française, Izia est, en effet, devenue très vite un véritable phénomène, fort d'un premier album éponyme que beaucoup auront pris comme un véritable coup de massue, ayant même du mal à réaliser qu'il a pu être enregistré par une gonzesse d'à peine 18 ans à l'époque, tellement cet opus, de par les compositions et les sons qui s'en dégagent, réussit à raviver la flamme incandescente des seventies en soutenant, ô miracle, la comparaison avec les artistes phares de cette époque; et d'une réputation scénique exemplaire acquise grâce à une énergie hors du commun et des concerts dantesques et passionnés. Détentrice de la Victoire De La Musique 2010 de l'album rock de l'année et de la révélation scène, Izia, est, n'ayons pas peur des mots, ce qui est arrivé de mieux au Rock français depuis bien longtemps (certains vétérans présents dans la salle vous diront même depuis le groupe Trust, par la facilité avec laquelle la belle et ses musiciens parviennent à s'accaparer naturellement les codes issus du Rock anglo-saxon), et donne un sérieux coup de pied dans les parties de ces jeunes groupes qui pensent qu'il faut juste s'acheter un slim, se laisser pousser les cheveux et piquer le perfecto de papa pour justifier d'une réelle crédibilité.

Seulement accompagné d'un bassiste, l'australien Jeff Lang foule en premier les planches de l'Aéronef pour se charger de la première partie. Pari difficile quand l'impatience de voir la vedette de la soirée se fait aussi perceptible. Mais pas de quoi faire frémir ce bluesman ayant déjà 13 albums à son actif et qui en jouant dans les plus grands festivals, pubs, clubs, centres artistiques et salles du monde entier en a vu bien d'autres. Vénéré par son compatriote John Butler, celui que certains connaissent dans la salle grâce à l'album Dislocation Blues enregistré en compagnie de l'artiste maudit n'ayant jamais obtenu la reconnaissance publique qu'il méritait, le génial Chris Whitley (paix à son âme, putain de cigarette!), parvient à convaincre une majorité du public lillois avec son blues vintage dans lequel on décèle des influences cajuns voire celtes. Avec sa voix haut perchée, il se révèle être un virtuose de la guitare slide et fait preuve d'une grande assurance scénique. Malheureusement, sur certains morceaux, la technicité semble prendre le pas sur la mélodie et l'absence de batterie se fait quelque peu ressentir, rendant le set plus impressionnant que réellement entraînant. Cela n'empêchera néanmoins pas le guitariste de quitter la scène sous une salve d'applaudissements, l'australien ayant eu la judicieuse idée d'intégrer des paroles d'AC/DC dans sa dernière chanson.

Applaudissements qui reprennent de plus belle lorsque Izia, sorte de Catwoman Rock N'Roll dans son pantalon en cuir moulant et sa veste glam, et ses musiciens apparaissent quelques minutes plus tard. La mise en scène est sobre, minimaliste, seuls les instruments et les amplis Marshall constituent le décor. Mais pas besoin de plus pour foutre le feu aux planches. Féline, Izia ne choisit pas la facilité en débutant son set avec un inédit, « Cut Off Your Wings » (probablement présent sur l'impatiemment attendu deuxième album), tout en douceur et aux accents incontestablement Jopliniens. Instantanément, on est saisi par la voix incroyable de la chanteuse, pleine de maturité et d'émotions. Telle une charmeuse de serpents, Izia choisit d'envouter, d'hypnotiser le public avec un second inédit tout aussi sensuel pour mieux le mettre dans sa poche.

Et mieux le faire réagir avec l'irrésistible introduction de « Back In Town » agrémenté du fameux cri de guerre de l'artiste: « Let's Go Back To The Seventies! ». Le public réagit immédiatement, hurlant sa joie, tapant dans les mains, sautant partout, pogotant même à certains endroits... Izia n'est pas en reste. Comme à son habitude, elle laisse très vite tomber la veste pour faire apparaître un haut transparent, faisant monter d'un cran supplémentaire la température dans la salle, et s'accapare l'espace scénique telle une tornade en courant aux quatre coins de l'estrade, en se roulant par terre, en se mettant à quatre pattes, en s'asseyant sur le bord de la scène... Le groupe enchaîne avec l'imparable « The Train ». Et c'est devenu une habitude, très vite, les « A poil » fusent... De même que les commentaires un peu lourdauds d'au moins un spectateur ne réussissant pas à gérer la poussée d'hormones que provoque en lui la vision du premier sex-symbol de l'histoire du rock français. Fidèle à son répondant, la chanteuse lui rétorque avec humour: « Toi, tu commences sérieusement à me péter les couilles, mes potes et moi, on va te retrouver et te casser la gueule! ». Gros éclat de rire dans la salle.

Une des forces d'Izia en live est le naturel, la spontanéité avec laquelle elle réussit à chaque fois à créer une osmose avec le public qui se trouve en face d'elle. Comment rester insensible à ses délires verbaux quand, en introduction de l'émouvant « Sugar Cane », elle fait l'apologie du tantrisme, imaginant l'assistance toute entière imitant le chanteur Sting (adepte du tantra) faisant l'amour par la simple puissance du regard et de la suggestion, ou évoquer, avant l'inédit « You Don't Know », son « mariage » avec son guitariste Sebastien Hoog en 1998 (alors qu'elle n'avait que 8 ans!) et la manière dont il l'a conquise, à l'occasion d'un pique-nique, en faisant un feu de camp en collectant du bois et des oiseaux morts... Et quand il s'agit du public lillois, un des publics les plus chauds-bouillants de l'hexagone, la rencontre ne peut faire que des étincelles. A l'image de cet instant complètement surréaliste où entamant, seule à la guitare, le morceau « Life Is Going Down », le petit excité du début refait des siennes. Pour se moquer de lui, Izia l'appelle alors « Jean-Michel », prénom repris en coeur par la salle entière, devenu ingérable et empêchant la chanteuse de jouer son morceau qui se demande, à voix haute et le plus sincèrement du monde, si ce qu'elle vit est réellement en train de se passer. C'est en chantant de la manière la plus enragée qui soit le refrain du titre qu'elle réussira à calmer les ardeurs d'un public qu'on aura rarement vu aussi survolté dans cette salle.

Difficile de résumer un tel concert de deux heures où se succèderont moments calmes et instants de fureur (« Lola », « Disco Ball » ,...) où l'artiste, tel un Iggy Pop au féminin, n'hésite pas à repousser ses limites et capacités physiques, se donnant entièrement à sa musique et à son public, renversant tout sur son passage (au grand dam de ses roadies qui après avoir travaillé avec elle doivent rêver d'une tournée avec Guy Béart), à l'instar de la reprise de « Proud Mary », composée par John Fogerty pour ses Creedence Clearwater Revival mais qui, ici, renvoie plus à la sauvagerie Black de la version de Ike & Tina Turner ou« Let Me Alone » où Izia, déchainée, finit sur le dos pour se relever aussitôt, passer derrière la batterie, entamer un solo peu académique mais d'une redoutable efficacité, embarquer deux cymbales sur le devant de la scène pour les marteler violemment et ensuite les fracasser sur le sol. Une telle dépense d'énergie explique la perte de poids qu'auront pu constater les yeux les plus aguerris au fil des mois. Après le régime Slim Fast, le régime Rock Star.

Ce que l'on retiendra principalement, c'est l'incroyable complicité qui existe entre la chanteuse et ses musiciens qui lui offrent un formidable écrin pour poser sa voix: le talentueux Sébastien Hoog, qui s'impose, par son travail de composition, l'évidence et l'instantanéité de ses riffs, son jeu de scène naturel refusant toute frime gratuite, comme l'un des guitaristes les plus imposants et efficaces apparus ces dernières années, et les non moins méritants Grégory Jacques à la batterie, au jeu nuancé d'une redoutable fluidité, sachant passer d'une rythmique pleine de feeling à une autre plus agressive, le plus naturellement possible, et l'impassible Arnaud François à la basse, au jeu rond et enveloppant apportant une touche de groove presque Funk non-négligeable aux compositions (particulièrement sur « Disco Ball »).

Une soirée mémorable que ce concert d'Izia à l'Aéronef (comme en fait toutes les dates données par l'artiste). Autant pour le public que pour la chanteuse et ses musiciens chez qui on pouvait lire une réelle émotion à la fin du concert quand, bras dessus, bras dessous, ils remercièrent les lillois de lui avoir accorder un accueil si chaleureux. Une façon de confirmer que le coup de foudre éprouvé pour la chanteuse à la première écoute de son album ne s'est pas transformé en simple passade mais en véritable histoire d'amour que l'on souhaite tous très longue. Vivement le deuxième album !!!

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