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« Les Caprices de l’Enfant Roi » : entretien avec Michel Leclerc et Suzanne de Baecque

« Les Caprices de l’Enfant Roi » : entretien avec Michel Leclerc et Suzanne de Baecque

Michel Leclerc et Suzanne de Baecque Les Caprices de l'Enfant Roi Style : Cinéma Date de l’événement : 24/06/2026

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Cette semaine pour son Actu Ciné, LillelaNuit fait le choix du nouveau film de Michel Leclerc (Le Nom de Gens, Les Goûts et les couleurs, Le Mélange des Genres...) : Les Caprices de l'Enfant Roi. Bien qu'abordant des thèmes qui lui sont chers, le cinéaste se renouvelle en nous propulsant en 1651. À la fois comédie, film de cape et d'épée, fresque historique, Les Caprices de l'Enfant Roi fait se côtoyer Molière, Louis XiV, Cyrano de Bergerac, D'Artagnan, Madeleine Béjart... Rencontre avec Michel Leclerc et l'épatante Suzanne de Baecque, l'interprète de la Grande Demoiselle, par LillelaNuit.

Dans Les Caprices de l’Enfant Roi, la musique ressemble à celle d'un western italien. Elle fait penser à celle composée par Michel Polnareff pour La Folie des Grandeurs de Gérard Oury avec Louis de Funès et Yves Montand.

Michel Leclerc : C’était exactement l’idée ! Pour la musique, on voulait renouer avec ce cinéma. Je ne souhaitais pas une musique purement XVIIe siècle, mais je ne voulais pas non plus tomber dans le synthé. On a beaucoup écouté les bandes originales de cette époque, que ce soit du Philippe Sarde ou du Polnareff dans La Folie des Grandeurs. On cherchait ce souffle, des musiques de comédie mais romanesques.

Conjuguer mes deux passions, la comédie et l’histoire, c'était d'une logique totale.

Michel Leclerc

Le cape et d’épée est un genre qui a presque disparu alors qu'il fut très présent à l'époque des films d'André Hunebelle dans les années 60 avec Le Bossu ou Le Capitan. Était-ce l'un de vos genres préférés quand vous étiez enfant ? Ce cinéma vous a-t-il fait aimer le cinéma ?

Michel Leclerc : Pas exactement car il y a plein de réalisateurs et plusieurs types de cinémas qui ont joué. Ce sont plutôt Truffaut ou Demy qui m’ont fait rêver. Mais parmi les films de pur divertissement qui me fascinaient, il y avait indéniablement ceux de Rappeneau. J’ai toujours adoré Rappeneau, qu’il fasse Le Sauvage ou Les Mariés de l’An II. Et puis, je suis un passionné d’Histoire. À un moment, je voulais même être prof d’histoire. Mon rêve absolu, c'était de faire un film sur la Révolution française. D'ailleurs, je trouve qu’il manque une vraie longue série sur le sujet. À chaque fois, le cinéma n'en prend qu’une partie: on fait des films sur Marie-Antoinette, sur la fuite à Varennes, ou sur Danton. Mais il faudrait vraiment une série de minimum 50 épisodes qui couvrirait toute la Révolution depuis Marat, avec tous ces personnages... Ça n’a jamais été fait ! Je m'égare, mais conjuguer mes deux passions, la comédie et l’histoire, c'était d'une logique totale.

Suzanne de Baecque et Xavier Robic.

Suzanne, parlons de votre personnage : la Grande Demoiselle. Dans le film, les univers se télescopent et on a l’impression que votre personnage sort tout droit d’un conte de Perrault. Elle est une sorte de peste comme dans le conte Cendrillon. Une peste, est-ce jouissif à jouer ?

Suzanne de Baecque : Je confirme, c’est hyper jouissif ! Incarner la méchante ou la peste, c’est un vrai registre de comédie. Ce n'est pas la méchante d'un drame où il faut se prendre au sérieux et jouer un sentiment purement vil. Là, il y a énormément de fantaisie dans sa méchanceté et son vice. Donc oui, on est en plein dans l’univers du conte.

De toute façon, tout le monde préfère toujours les méchants, non ?

Suzanne de Baecque : Ah bon ?

Michel Leclerc : Ah oui, souvent ! C'est ce que je dis toujours : « meilleur est le méchant, meilleur est le film. »

Avec un rôle pareil, le quotidien est très, très loin.

Suzanne de Baecque

Ce rôle vous a permis de vous lâcher, d’oser des choses impensables dans la vraie vie ?

Suzanne de Baecque : Oui, complètement. Avec un rôle pareil, le quotidien est très, très loin. C’est ça qui était délicieux sur ce tournage : l’expression « vivre un rêve » prenait tout son sens, la fiction était à portée de main. Évidemment, je ne passe pas mes journées à kidnapper des rois, je ne porte pas de corset et je n'ai pas une troupe de personnes à qui donner des ordres. Tout ça est hyper rigolo, sans compter le plaisir de voir les copains dans leurs personnages. Découvrir Artus le matin avec son faux nez, c’est quand même tout un programme !

Suzanne, vous dites que vous avez pris beaucoup de plaisir à incarner ce personnage de la Grande Demoiselle, mais s'amuse-t-on vraiment en tournant une comédie ? Ou cela demande-t-il tant de travail, de rigueur, de rythme permanent, que finalement, on ne s'éclate pas tant que ça ?

Suzanne de Baecque : Je ne sais pas s’il faut parler de rigueur, je dirais plutôt de la précision. Personnellement, je me suis beaucoup amusée. Il y avait un mélange entre l’univers de Michel, sa manière de travailler, et ce côté « esprit de troupe ». C’était l’été, dans des châteaux, c’était très spécial. Mais oui, la comédie exige une certaine précision et une certaine concentration.

Aujourd’hui, c'est quand même le retour du film historique, mais c’est souvent comme un coup de poker de production. Par exemple : on va prendre Les Misérables, on l'adapte, on sort l’artillerie lourde, le gros budget, le méga casting. Notre film s’est construit un peu en creux de ça, comme une réponse, pour faire revivre la fantaisie historique sous l'angle singulier de Michel. C’est un vrai film d’auteur, et s’il a ce côté cape et d’épée populaire c'est une création originale. Quand j’ai lu le scénario, je me suis dit : « Ah, quand même, Michel est complètement fou ! »

Suzanne de Baecque et Michel Leclerc lors de cette interview.

Michel, quand on regarde votre parcours, on peut être surpris de vous voir débarquer sur une fresque historique. On se dit que c'est très éloigné de vos précédents films, mais en fait, pas du tout. Féminisme, racisme, privilèges de classe, homophobie, consentement... Tous vos thèmes fétiches sont là, et ils ressortent peut-être encore plus puissamment parce qu'ils sont filtrés par ce genre inédit.

Michel Leclerc : Ça me touche beaucoup, parce que j’ai toujours l'impression de refaire un peu le même film, et que ce sont juste les costumes qui changent. Mais là, c'était bien plus plaisant pour moi de ne pas empoigner l'époque de front. Ça m'a donné une liberté folle, un vrai ballon d’oxygène. Comme l'action se passe il y a 300 ans, on s'autorise beaucoup plus de choses. Prenez la scène où la Grande Demoiselle harcèle le jeune homme : si je filmais ça dans un contexte d'aujourd’hui, ce serait super bizarre. Là, ça passe.

Suzanne de Baecque : Ça passe, oui et non... Disons que c’est drôle, mais que ça questionne aussi.

Michel Leclerc : Oui, mais j'aime qu’il y ait toujours une petite ligne de provocation, un endroit où l'on s'accorde des libertés. Ce sont des phrases de dialogue qui naissent d'une situation. J’ai fait attention à ne pas surcharger le film d’anachronismes. Mais quand on écrit, on décortique la scène. Cette histoire de vote, par exemple : la troupe a voté pour garder le port de masques, et puis finalement, Madeleine décide toute seule que sans les masques, c’est très bien. Je me suis dit qu'elle avait l’âme démocratique, mais jusqu’à une certaine limite ! Quand vous écrivez et que vous trouvez cette formule, vous êtes ravi parce que vous savez qu'elle va faire écho aujourd'hui, alors qu’elle découle naturellement de l’histoire.

Le langage du film a été ma toute première question à l’écriture. Oser se mesurer à Cyrano, Molière ou Alexandre Dumas, c’est presque prétentieux, la comparaison est lourde à tenir. Je ne voulais pas que tout le monde parle comme au XVIIe siècle, mais pas non plus avec le jargon d'aujourd’hui. J’ai choisi une solution hybride, qui me correspond bien, en mélangeant les degrés de langage. Dans ce que Cyrano écrit pour la troupe, il y a de vrais alexandrins. Ce mélange des genres va très bien avec le film que je voulais faire.

Nemo Schiffman, Artus, Niels-Hamel-Brochen, Julia Piaton. Photo : Bertrand VACARISAS © MANDARIN & CIE ELEPHANT STORY

Michel, il est vrai que vous faites se croiser Molière, Cyrano, d'Artagnan, Madeleine Béjart ... Vous partez de personnages réels, mais vous délirez complètement. Qu’est-ce qui est vrai et qu’est-ce qui est inventé dans votre film ?

Michel Leclerc : Il y a beaucoup de faits réels. La Grande Demoiselle, cousine directe du roi, voulait absolument l'épouser quand il avait dix ans. Mazarin et Anne d’Autriche ont mis leur veto, ils avaient d'autres plans pour lui. Du coup, au moment de la Fronde, à partir de 1648, elle a basculé du côté des ennemis du roi et elle voulait renverser Mazarin. C’est historique. Et Anne d’Autriche l’a bel et bien exilée pendant vingt ans dans son château de Saint-Fargeau, en Bourgogne.

Pour Molière et Madeleine Béjart, c'est pareil : à cette époque, ils venaient de fonder leur troupe et étaient sur les routes. Ça a duré onze ans avant leur retour à Paris. Ils ne jouaient pas encore leurs propres pièces, ils étaient vraiment en train de s'inventer.

Pour Cyrano, c’est différent. Les gens ne connaissent que la pièce de Rostand. Les éléments historiques de base sont vrais : il écrivait, il avait à priori un grand nez, aimait se battre et il est mort en prenant une poutre sur la tête. Mais ce qui n’est pas chez Rostand — et je vous invite à vérifier —, c’est qu'il était homosexuel. Après, c'est un plaisir de spectateur de jouer avec le mythe. C’est pour ça que j’ai réorganisé le trio amoureux : ici, Cyrano écrit à la demande de Madeleine pour séduire Molière. Je garde son panache, le fait qu’il ne s’aime pas et qu’il rate tout, même sa mort. Molière, lui, je l’ai imaginé comme un personnage de ses propres pièces : un homme de plaisir, de vie, un séducteur né. Et Louis XIV est cet enfant-roi que tout le monde manipule. Je joue avec ces briques historiques, mais personne n'est dupe. Les spectateurs s'amuseront au jeu des sept erreurs en rentrant chez eux !

Artus et Franck Dubosc. Photo : Bertrand VACARISAS © MANDARIN & CIE ELEPHANT STORY

Pouviez-vous improviser, ou est-ce que Michel Leclerc, sous ses airs très sympa, est en fait un "dictateur" ?

Suzanne de Baecque : Je crois qu'il n’y avait pas énormément d’impro, ça dépendait.

Michel Leclerc : Suzanne a une force de proposition incroyable. Entre deux prises, elle peut tenter des choses totalement différentes. Donc oui, il y avait de l'espace.

Suzanne de Baecque : C’est surtout qu’improviser dans un film d’époque, c'est complexe. Mais j’avais un partenaire génial, Xavier Robic, qui joue Conti. Comme on était tout le temps ensemble, on s'accordait pas mal de libertés.

Suzanne, quand on vous voit à l'écran, on a l'impression de voir une comédienne comme on n'en fait plus dans le cinéma français. Vous faites penser aux acteurs des Enfants du Paradis : des gens qui crèvent l'écran, qui sont des personnages. Vous êtes un personnage, unique, et c’est un compliment. N'importe quel cinéaste aurait envie de fantasmer et de projeter des films entiers sur vous !

Michel Leclerc : Je suis tellement d’accord ! Il suffit de la voir sur scène pour capter sa force de création. C’est un personnage, c'est vrai. Pour un réalisateur, c’est hyper motivant, je n’ai qu’une envie, c’est de retourner avec elle !

Suzanne de Baecque : Moi aussi Michel !

Michel Leclerc : On se dit : « Tiens, on pourrait tester ça », on sait qu’on va s’amuser. C’est tellement rare de rencontrer quelqu’un qui dégage une telle personnalité qu'on peut l'utiliser directement comme un matériau de jeu, surtout en comédie.

Je n’ai jamais pensé à personne d'autre que Suzanne de Baecque pour le rôle de la Grande Demoiselle.

Michel Leclerc

C’est vrai que beaucoup de rôles aujourd'hui pourraient être joués par d'autres comédiennes, mais votre Grande Demoiselle, on ne l'imagine pas incarnée par quelqu'un d'autre.

Michel Leclerc : Je n’ai jamais pensé à personne d'autre que Suzanne de Baecque pour le rôle de la Grande Demoiselle.

Suzanne de Baecque : J'ai beaucoup aimé la création de ce personnage alors merci, ça me va droit au cœur.

Les infos sur Les Caprices de l'Enfant Roi

Synopsis : 1651. Louis (pas encore XIV) est un jeune adolescent. Alors que la Fronde menace, sa mère Anne d’Autriche décide d’exfiltrer son fils pour le mettre à l’abri et le remplace par un sosie. Louis est confié par D'Artagnan à Cyrano de Bergerac qui le cache au sein de la troupe de théâtre de Madeleine Béjart et Molière. Tandis que Madeleine et Cyrano se découvrent une passion commune pour le jeune Molière, Louis découvre la vie et ses plaisirs, l’art et le travail, le courage et la stratégie, tout ce qui fera de lui le Roi Soleil.

Les Caprices de l'Enfant Roi de Michel Leclerc
Scénario de Michel Leclerc, Baya Kasmi, Alexandre Castagnetti
Avec : Artus, Julia Piaton, Nemo Schiffman, Niels Hamel-Brochen, et Franck Dubosc, Doria Tillier, Suzanne de Baecque.
Photographie : Alexis Kavyrchine

Sortie le 24 juin 2026
Durée : 1h54

Entretien réalisé à Lille par Grégory Marouzé le mardi 9 juin 2026. Transcription par Charlène Delgado.
Remerciements UGC Ciné Cité Lille
Affiche du film : Le Pacte
Photo de Michel Leclerc et Suzanne de Baecque : Grégory Marouzé

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