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« L’Impasse »: LE chef-d’oeuvre de De Palma et Pacino !

« L’Impasse »: LE chef-d’oeuvre de De Palma et Pacino !

Synopsis : Libéré après 5 années de prison grâce à son avocat véreux, Carlito Brigante, ancienne figure du milieu, rentre chez lui dans le quartier espagnol de Harlem. Il souhaite se réinsérer dans la vie et monter aux Bahamas une affaire honnête avec la femme de sa vie. Mais son passé le rattrape, et ce qui a fait de lui un caïd autrefois risque bien de lui coûter la vie aujourd’hui.

© Universal Pictures / Ciné Sorbonne

Critique : Il y a des films qui vous bouleversent et vous font voir la vie autrement. Qui vous font grandir et passer à l’âge adulte. Assurément, L’impasse (au titre bien plus beau en vo : Carlito’s Way) fait partie de ces quelques films qui peuvent changer le cours d’une existence.

Lorsque Brian De Palma, réalisateur de quelques-uns des plus beaux films américains des année 70 et 80 (Carrie, Obsession, Body Double, Les Incorruptibles, Outrages, …) signe L’Impasse en 1993, il en est en quelque sorte à son chant du cygne.
Oh, bien sûr, il y aura par la suite de belles surprises comme Mission : Impossible. Mais jamais De Palma ne retrouvera la maestria, la finesse, la virtuosité qui font de L’Impasse l’un des grands films de l’histoire du cinéma. Il suffit de voir Passion, le remake médiocre qu’il a tiré de Crime d’Amour du cinéaste français Alain Corneau.
L’Impasse marque les retrouvailles de De Palma et Al Pacino. Ce duo nous a offert dix ans plus tôt, en 1983, le cultissime Scarface. Scarface, œuvre de tous les excès : vulgaire (une des marques assumées du cinéma de De Palma), détonnant, ultra-violent, outrancier, joussif, déjanté, noir, subversif, drôle, ... Mais au final, contrairement à ce que certains pensent, oh combien moral. La phrase « The World is Yours » qui revient à plusieurs reprises dans le film est on ne peut plus ironique ! Scarface film incompris, donc. Souvent célébré ou détesté pour de mauvaises raisons.

Avec L’impasse, il n’est plus question de choquer l’Amérique ou d'en faire le constat. De Palma et Pacino ont vieilli. Ils ne se sont pas assagis, non ! En quelque sorte, ils portent à l’écran la vie d’un Tony Montana intelligent, désenchanté, épuisé, qui veut se retirer des « affaires ». Mais comme dans les plus grands films noirs, le passé le rattrape. Le fatum attend son heure tapi dans l'ombre.
Cette fois, Pacino n’incarne plus un personnage disjoncté, cocaïné comme Montana. Carlito Brigante n’aspire qu’à une chose, tirer les leçons du passé, se construire un avenir, tomber amoureux, vivre… enfin ! L’Impasse sous ses airs de thriller impeccablement construit et maîtrisé est avant tout une grande histoire d’amour. La rencontre entre Carlito et Gail, incarnée par la superbe Penelope Ann Miller, est l’un des moments les plus bouleversants du film. En un sens, on peut voir L’Impasse comme un mélodrame flamboyant. Voilà du cinéma qui vous tire les larmes.

© Universal Pictures / Ciné Sorbonne

Depuis Scarface, de l’eau a coulé sous les ponts. Le temps a fait son œuvre. De Palma n’est plus tout à fait un "Wonder-Boy" du cinéma américain. Il a essuyé des échecs cuisants avec Le Bûcher des Vanités et L'espr!t de Caïn.

« A l’époque où j’ai entrepris L’Impasse je traversais une crise personnelle. En l’espace de deux ans, je m’étais marié, j’avais eu un enfant et j’avais divorcé ! Je me posais des questions. C’était la crise de la cinquantaine. Quelque part c’est cet aspect du scénario de L’Impasse qui m’a attiré. Car au fond de quoi parle ce film ? D’un type qui vient d’être assassiné et qui se dit : « Merde je suis mort ! Comment en suis-je arrivé là ? » Et il revoit sa vie pour comprendre l’enchaînement des évènements et accepter ce qui lui arrive. C’était ma situation à l’époque. Pour faire ce film qui traduisait ce que je ressentais, il fallait me mettre à nu. C’est un film que je n’aurais pas pu faire à trente ans, ni même à quarante. Il parle d’amour, de trahison, de fatalité, mais avec distance. Du coup, les personnages y ont gagné en profondeur. C’est moins un thriller qu’une étude de caractère, et je pense que c’est ce qui a ému les gens. » (Brian De Palma, entretiens avec Samuel Blumenfeld et Laurent Vachaud, Calmann-Lévy, 2001-Extrait issu du dossier de presse de L'Impasse)

Pacino est à un tournant de sa carrière. Depuis quelques années d’autres stars du cinéma « viril » ont fait leur apparition sur le « marché » : Bruce Willis, Kevin Costner et quelques autres. Pacino en est aussi à son apogée. Même s’il jouera encore dans de grands films comme Heat, avec son copain De Niro, et Révélations réalisés par Michael Mann. Pour beaucoup de décideurs, Pacino est déjà un peu de l’histoire ancienne.
On ressent dans L’Impasse le désenchantement de deux artistes au sommet de leur art, qui ont encore de belles choses à offrir mais savent que le cinéma américain des majors s’est transformé en une impitoyable machine à fric.
Hollywood a toujours fait de l’argent. Mais depuis le milieu des années 80, ces majors fabriquent des films pour vendre des figurines et tee-shirts. Le jeu vidéo est en passe de devenir la plus puissante industrie de divertissement au monde. Les temps changent.

On peut donc voir L’Impasse comme la fin d’un cycle: celui d'un grand cinéma "classique". Bien sûr, ne jouons pas les conservateurs : il reste de grands réalisateurs américains comme James Gray ou  Paul Thomas Anderson, qui ont une vision et que de grands producteurs au sens artistique du terme laissent s'exprimer. Mais le cinéma américain adulte a tout de même pris un petit coup dans l’aile. Raison de plus pour découvrir ou redécouvrir L’Impasse. Et comme le film est aussi un modèle de suspens, les amateurs de sensations fortes en auront pour leur argent.
Deux moments du film sont à classer parmi les scènes d’action les plus ébouriffantes de l’histoire du cinéma : la visite de Carlito dans le club de billard et la poursuite finale dans le métro d’une durée de quasi trente minutes. De Palma vous scotche à votre siège grâce à la puissance de sa mise en scène et son sens du découpage.

© Universal Pictures /  Ciné Sorbonne

L'Impasse ne fut pas un immense succès lors de sa sortie mais il est devenu avec le temps une pierre angulaire du cinéma de genre, s’imposant sans doute comme le plus grand film de son auteur.

A l’image de Scarface, L’Impasse est une tragédie Shakespearienne. Mais De Palma s’est débarrassé de certaines facilités de mise en scène qui pouvaient agacer. Le lyrisme du cinéaste est présent dans L’Impasse mais sa roublardise a disparu.

De Palma se hisse au niveau des plus grands metteurs en scène du film noir: Fritz Lang, Howard Hawks, Billy Wilder (la construction du récit fait penser à Assurance sur la Mort et Sunset Boulevard), Nicholas Ray, Joseph H. Lewis, …
Un dernier mot pour saluer la prestation démente de Sean Penn dans le rôle de l’avocat le plus véreux de l’histoire du cinéma, David Kleinfeld. Il incarne cette ordure avec une telle délectation que c’en est réjouissant.

© Universal Pictures /  Ciné Sorbonne

Précipitez-vous pour voir L’Impasse au cinéma Le Majestic de Lille grâce à Ciné Sorbonne le distributeur du film et Plan Séquence qui le programme jusqu'au 4 mars en version numérique 2K. Assurément L’Impasse est de loin, de très loin, le meilleur film de la semaine.

Le film est présenté en version originale sous-titrée.

Film annonce et Affiche © Universal Pictures / Ciné Sorbonne
 

L'Impasse (Carlito’s Way) USA, 1993 Réalisation : Brian De Palma Scénario David Koepp d'après le roman de Edwin Torres Interprétation : Al Pacino, Sean Penn, Penelope Ann Miller Musique: Patrick Doyle Langue : Vostf Durée : 2h24

- Rétrospectives et horaires Plan-Séquence

- Avant-premières avec équipes de films :

ARRETE OU JE CONTINUEMétropole Lille Jeudi 20 février à 20h00 suivie d'une rencontre débat avec la réalisatrice Sophie Fillières

SITUATION AMOUREUSE : C'EST COMPLIQUE.  En présence de Manu Payet et Anne Desmoutier/UGC Ciné Cité Lille Mardi 25 février à 20h00 / Kinepolis Lomme |Mardi 25 février à 20h00

Journée Manga: Majestic Lille/ Mardi 25 février, à l'occasion de l'avant première du nouveau film de Kiyoshi Kurosawa REAL.

14h00: Les enfants loups de Mamoru Hosoda

16h30: Lettre à Momo de Hiroyuki Okiura

18h30: Le vent se lève de Hayao Miyazaki

21h00: Avant première REAL

La projection des films Le vent se lève et Real sera précédée d'une intervention exclusive de Hayao Miyazaki et de Kiyoshi Kurosawa

10€ pour 2 films / 13€ pour 3 films

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