Aujourd’hui5 événements

« L’Île aux Chiens » : Après « Fantastic Mr. Fox », le retour mordant de Wes Anderson au cinéma d’animation

Cette semaine l’Actu Ciné de Lille La Nuit vous convie sur L’Île aux Chiens : le nouveau film d’animation de Wes Anderson. Ce neuvième long-métrage du cinéaste de Moonrise Kingdom et The Grand Budapest Hotel, est une fable sur nos sociétés toujours plus égoïstes, individualistes. Et souvent inhumaines. Porté par un casting vocal exceptionnel, L’Île aux Chiens (second film d’animation de Wes Anderson après Fantastic Mr. Fox) porte bien la patte de son auteur. Et rend un bel hommage au Japon, à sa culture. Critique de L’Île aux Chiens par Lille La Nuit.

L'Île aux Chiens de Wes Anderson : Après Fantastic Mr Fox, le cinéaste propose son nouveau film d'animation aux thématiques souvent proches.

Critique de L’Île aux Chiens

Ainsi, avec L’Île aux Chiens, Wes Anderson revient au cinéma d’animation neuf ans après Fantastic Mr Fox (adapté de l’œuvre de Roald Dahl). Les deux films ont des similitudes : on y retrouve des animaux qui vont s’unir pour survivre aux desseins machiavéliques de certains êtres humains.

Le lieu de l’action n’est plus le même - nous voilà désormais transportés au Japon - et l’échelle s’est démultiplié - il n’est plus question de l’initiative personnelle d’une poignée d’humains mais de celle d’un maire, soutenu par toute une ville -.

Ce qui frappe d’abord dans L’Île aux Chiens, c’est la beauté de l’image et de l’animation. Wes Anderson et ses équipes ont franchi un nouveau cap depuis Fantastic Mr. Fox. Rendu des couleurs, richesse des décors, animation en stop motion (figurines animées image par image), galerie impressionnante de personnages : rien n’est laissé au hasard pour faire de L’Île aux Chiens un moment de cinéma divertissant, audacieux, ambitieux.

Un hommage au Japon et à sa culture

Le fait que le film se déroule au Japon ajoute à la beauté du film. Paysages, plans de villes tentaculaires, haïkus rendent hommage à un pays et une culture qui fascinent Wes Anderson :

« Si nous avons choisi de situer l’histoire au Japon, c’est parce qu’on est imprégnés par cette cinématographie. On adore ce pays et on voulait mettre en œuvre un projet qui soit véritablement inspiré par le cinéma japonais, si bien qu’on a fini par faire une synthèse entre un film sur des chiens et le cinéma japonais ». *

D’ailleurs, Wes Anderson est allé jusqu’à s’inspirer des méthodes traditionnelles de conception du cinéma et de l’un de ses plus grands maîtres :

« À nos yeux, c’est un hommage à toute une série de réalisateurs japonais, et à la culture japonaise en général, mais notre plus grande influence est certainement Kurosawa». (…) Kurosawa et ses modestes équipes de coauteurs travaillaient ensemble à l’élaboration des scénarios. C’est une pratique également assez courante dans le cinéma italien : les films sont écrits à plusieurs autour d’une table. Comme pour une série télévisée. On a essayé de s’en inspirer à notre façon » (…). *

L'Île aux Chiens de Wes Anderson : un hommage au Japon et à sa culture, notamment cinématographique.

La culture japonaise irrigue tout le film. Jusque dans sa musique. Ce qui donne l’occasion à l'inégal Alexandre Desplat de composer l’une de ses musiques les plus belles et inspirées.

Une métaphore de notre époque et de nos sociétés

Ce qui frappe également, c’est la force et la pertinence du propos. L’anthropomorphisme fonctionne à bon escient dans L’Île aux Chiens. Les chiens (aux caractères riches et opposés) sont rejetés en dehors de la ville sur une île-poubelle. On pense à l'impressionnant court-métrage L’île aux Fleurs de Jorge Furtado. L’Île aux Chiens est évidemment une fable, une métaphore de la cruauté de notre époque. De nos sociétés repliées sur elles-mêmes, en proie à une xénophobie galopante, à la peur de l’autre.

Wes Anderson parle du traitement infligé aux SDF, pauvres, marginaux, migrants. Et le fait qu’Anderson situe son histoire au Japon joue un rôle de miroir grossissant pour nous, public occidental. L’Île aux Chiens atteint alors une dimension effrayante.

On rit cependant beaucoup dans L’Île aux Chiens. Wes Anderson évite également le manichéisme : les humains ne sont pas tous des salopards (le jeune héros, Atari, est très attachant) et ils peuvent même changer. L’Île aux Chiens demeure ainsi un film optimiste, qui ne donne de leçons à personne.

L'Île aux Chiens de Wes Anderson : Atari, le jeune héros du film, entouré de ses amis canins.

Pour être honnête, on a tout de même trouvé le temps un peu long. Ce qui est paradoxal, puisque le film fonctionne quasi exclusivement sur un tempo rapide. L’Île aux Chiens aurait gagné à jouer sur différents rythmes, afin que le spectateur puisse se poser. La frénésie de l’œuvre finit par jouer contre elle et par lasser quelque peu.

Un menu détail tant la dernière réalisation de Wes Anderson est un beau moment de cinéma, qui ravira spectateurs de tous âges et toutes sensibilités cinématographiques.

Synopsis : En raison d’une épidémie de grippe canine, le maire de Megasaki ordonne la mise en quarantaine de tous les chiens de la ville, envoyés sur une île qui devient alors l’Ile aux Chiens. Le jeune Atari, 12 ans, vole un avion et se rend sur l’île pour rechercher son fidèle compagnon, Spots. Aidé par une bande de cinq chiens intrépides et attachants, il découvre une conspiration qui menace la ville.

L’Île aux Chiens de Wes Anderson
Voix Américaines / Voix Françaises : Chief  Bryan Cranston Vincent Lindon -  L’interprète Nelson Frances McDormand Isabelle Huppert - Rex Edward Norton Romain Duris - Spots Liev Schreiber Louis Garrel - Tracy Walker Greta Gerwig Greta Gerwig -Jupiter F. Murray Abraham Daniel Auteuil - Nutmeg Scarlett Johansson Léa Seydoux - Duke Jeff Goldblum Mathieu Amalric Boss Bill Murray Hippolyte Girardot - King Bob Balaban Yvan Attal - Scrap Fisher Stevens Nicolas Saada - Gondo Harvey Keitel Jean-Pierre Léaud

Durée : 1h41
Sortie le 11 avril 2018

Affiche, photos et film-annonce © 20th Century Fox
* Propos issus du dossier de presse

 

Revenir au Mag Actus
À lire aussi
144 queries in 0,327 seconds.