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« First Man – Le premier homme sur la lune » : Après « La La Land », la nouvelle collaboration de Damien Chazelle avec Ryan Gosling

Lille La Nuit accueille dans son Actu Ciné l’un des évènements de cette fin 2018 : First Man - Le Premier homme sur la lune. Pour son quatrième long-métrage, Damien Chazelle (Wisplash, La La Land) retrouve Ryan Gosling. Le cinéaste confie à l’acteur un rôle de poids : Neil Armstrong, l’astronaute qui fut le premier à poser un pied sur la lune, le 21 juillet 1969. Alors : réussite ou échec cinématographique ? Réponse par Lille La Nuit.

First Man - Le premier homme sur la lune de Damien Chazelle : 2h22 en compagnie de Neil Armstrong.

Damien Chazelle : un cinéaste éclectique

La sortie du nouveau film de Damien Chazelle est forcément un évènement. Le jeune réalisateur nous avait bluffé avec Whiplash (trois Oscars), et quoiqu’en disent certains détracteurs, La La Land (sept Golden Globes et six Oscars) était un superbe hommage au genre aujourd’hui révolu de la comédie musicale.

La force de Chazelle est de changer de genre à chaque long-métrage. Aujourd’hui, il s’attaque au biopic d’un héros de l'Amérique : Neil Armstrong, l’un des pilotes qui suivit le programme de l’Apollo 11 pour la NASA, et fut le premier homme à poser le pied sur la lune.

Pour l'incarner, Chazelle retrouve Ryan Gosling (le comédien ne lui ressemble guère mais, après tout, on demande une évocation, pas une imitation). Plusieurs films furent déjà consacrés à la conquête spatiale américaine dont le chef-d’œuvre inoubliable de Philip Kaufman, L’Etoffe des héros (1983), et l’efficace Apollo 13 (1995) de Ron Howard.

First Man - Le premier homme sur la lune de Damien Chazelle : le cinéaste sur le tournage de son film.

La difficulté pour Chazelle est d’offrir au public un film qui ne donne pas le sentiment de déjà-vu. D’autant que de nombreux documentaires et ouvrages furent déjà consacrés à Neil Armstrong, son exploit et cette date historique de la conquête spatiale. Ainsi, Chazelle prend le contrepoint de tout ce qu’on peut attendre d’un biopic retraçant cet évènement considérable. Il fait le choix de l’intime, en lieu et place du spectaculaire. C’est un bon point. Sauf que, si l’idée fonctionne en théorie, elle peine en prendre corps dans le film.

L'interprétation problématique de Neil Armstrong par Ryan Gosling

Même en sachant que Neil Armstrong était un taiseux, un personnage discret voire effacé, on peine à se passionner pour l’homme. La faute à l’interprétation (ou non-incarnation) de Ryan Gosling. Beaucoup reprochent à l'acteur son manque de charisme. On peut les contredire avec au moins deux longs-métrages : Danny Balint (2001) - dans lequel Gosling incarne un skinhead antisémite - et La La Land. On aura beaucoup plus de mal à défendre ses choix d’interprétation (qui sont aussi forcément ceux de Chazelle) pour donner corps à Neil Armstrong. Le comédien ne fait passer aucune émotion. Et ce n'est pas une larme coulant sur son visage qui renverse la donne. C'est tout de même fort gênant quand on veut raconter aux spectateurs une épopée humaine flamboyante.

First Man - Le premier homme sur la lune de Damien Chazelle : Voilà à peu près la seule expression que vous verrez de Ryan Gossling dans le film.

On se doute qu'Armstrong avait une vie de famille. On sait qu’il était un homme avant d’être un héros. On n’est pas du tout opposé à une lecture intimiste de cette page de notre Histoire. Encore faut-il maintenir l’intérêt du spectateur, qu’il se sente concerné par les drames vécus par la famille Armstrong. C'est rarement le cas. Les quelques images mentales rappelant à l’astronaute un drame personnel lors de son alunissage, agacent davantage qu’elles n’émeuvent.

Le choix d'un cinéma intimiste

Par ailleurs, Chazelle fait le choix d'une œuvre qui prend son temps. Trop ! On n’a rien contre la lenteur au cinéma (surtout à une époque où les films ont une fâcheuse tendance à l'uniformisation, y compris de leur rythme).  Mais First Man n'est pas lent : il est long ! D’une durée excessive de 2H22 !

Côté réalisation, le cinéaste fait le choix d'une mise en scène réaliste, quasi documentaire. A ce titre, les plans « tremblés » du début de First Man sont à la limite du supportable. En quoi le refus de tout plan stable donnerait une plus forte véracité, incarnation, au film ? On a l’impression d’un artifice de mise en scène qui, pour la première fois démontre chez Damien Chazelle un manque certain de maturité.

Que dire des scènes d’action  - de la préparation des astronautes (tests physiques, etc.) à l’alunissage de l’Apollo 11 - ? Là aussi, Chazelle joue de l’anti-spectaculaire. Les plans sont souvent subjectifs, ce qui est censé mettre le spectateur à la place d'Armstrong, de ses coéquipiers Michael Collins et « Buzz » Aldrin. L’idée est belle mais demeure frustrante, notamment lors de la scène de l’alunissage. Le cinéma est aussi un spectacle. Une telle épopée méritait son lot de scènes d’envergure et d'anthologie. On a l'impression que Chazelle fait tout son possible pour que son film ne ressemble jamais à un blockbuster. On peut trouver l'effort louable mais, y voir, aussi, une marque de prétention. Celle d'un cinéaste très doué qui veut à tout prix être considéré comme un "auteur", mais surtout pas comme un réalisateur hollywoodien.

First Man - Le premier homme sur la lune de Damien Chazelle : quelques images impriment la rétine et atteignent enfin la poésie recherchée par le cinéaste.

Quelques images impriment cependant durablement la rétine et atteignent (enfin !) la poésie recherchée par Chazelle : les plans silencieux sur la lune, la scène attendue durant laquelle Neil Armstrong prononce sa phrase légendaire (paraît-il improvisée) : « C'est un tout petit pas pour un homme, un grand pas pour l'humanité. ». Ici, le refus du spectaculaire est payant. Le rejet de l’emphase est en totale adéquation avec la reconstitution de ce moment de solitude, paradoxalement observé par des millions de téléspectateurs. Pour la toute première fois on vibre devant First Man.

On ne dira pas que First Man - Le premier homme sur la lune est un mauvais film. Il est un film fade.  Damien Chazelle aurait peut-être dû se souvenir du fameux dialogue de L’Homme qui a tué Liberty Valence (1962), chef-d’œuvre du western réalisé par John Ford : « Quand la légende dépasse la réalité, on publie la légende ».

Le film First Man - Le premier homme sur la lune

First Man - Le Premier homme sur la lune de Damien Chazelle
Scénario Josh Singer d'après le livre de James R. Hansen
Avec Ryan Gosling, Claire Foy, Jason Clarke, Kyle Chandler, Lukas Haas, ...
Musique : Justin Hurwitz
Directeur de la photographie : Linus Sandgren
Producteur exécutif : Steven Spielberg

Durée : 2h22
Sortie le 17 octobre 2018

Synopsis : Pilote jugé « un peu distrait » par ses supérieurs en 1961, Neil Armstrong sera, le 21 juillet 1969, le premier homme à marcher sur la lune. Durant huit ans, il subit un entraînement de plus en plus difficile, assumant courageusement tous les risques d’un voyage vers l’inconnu total. Meurtri par des épreuves personnelles qui laissent des traces indélébiles, Armstrong tente d’être un mari aimant auprès d’une femme qui l’avait épousé en espérant une vie normale.

Affiche, photos, film-annonce © Universal Pictures International France

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