« Drunk » : Mads Mikkelsen dans le nouveau film du réalisateur de « Festen » et « La Chasse »

Lille la Nuit a vu Drunk, le nouveau film du cinéaste danois Thomas Vinterberg. Incarné notamment par le grand acteur, et chéri de ces dames, Mads Mikkelsen, Drunk dresse le portrait de professeurs qui se livrent à une drôle d'expérience liée à la consommation d’alcool. Bizarre, bizarre, tout aussi drôle que terrifiant, voilà une description assez peu flatteuse du « mâle » du XXIème siècle...

"L'expérience" va bientôt commencer... Photo : Henrik Ohsten.

Thomas Vinterberg

Thomas Vinterberg est  le cinéaste danois le plus connu avec Lars Von Trier (Breaking the Waves, Dander in the Dark, Melancholia...). S’il est un chouïa moins mis en avant que son fameux et provocateur compatriote, ses films n'en sont pas moins passionnants. A Vinterberg, on doit Festen, repas de famille éprouvant, devenu un classique (et même adapté au théâtre) : Prix du Jury amplement mérité à Cannes en 1998. Toujours à Cannes, il reçoit en 2012 le Prix Œcuménique pour La Chasse, portrait terrifiant d’une société qui s’en prend à un professeur accusé de pédophilie. Un grand film ! Vinterberg aime les sujets complexes, ausculter la société, mettre du poivre et autres piments dans ses films, filmer les soubresauts de l’époque, sa violence, sa décadence.

Thomas Vinterberg. Photo : Anders Overgaard.

Mads Mikkelsen

Pour Drunk, Vinterberg retrouve son acteur fétiche : Mads Mikkelsen (Festen et La Chasse, notamment), qu’on a vu aussi dans le premier James Bond incarné par Daniel Craig, Casino Royale, de Martin Campbell, dans lequel il incarnait le méchant du film : Le Chiffre.

Mikkelsen, parfait comme toujours, incarne Martin, un mauvais prof d’histoire dont la vie de couple est un désastre. Ses collègues et amis ne sont pas plus brillants que lui. Tommy (Thomas Bo Larsen), Peter (Lars Ranthe) et Nikolaj (Magnus Millang) s’emmerdent au boulot, ont des vies ratées. Un soir d’anniversaire, ils décident de se lancer dans une drôle d’expérience : appliquer la théorie du psychologue norvégien Finn Skårderud, selon laquelle l'homme serait né avec un taux d’alcool dans le sang qui présenterait un déficit de 0,5g/ml. Si au départ, l’idée donne des résultats encourageants, la perte de contrôle ne tarde pas…

Mads Mikkelsen, parfait comme toujours. Photo : Henrik Ohsten.

Drôle et terrifiant

On ne va pas s’en cacher, on rit d’abord beaucoup en regardant Drunk. Au départ, l’expérience donne des résultats euphorisants. Voir ces profs coincés, se libérant des carcans de la société, se foutre de tout, devenir de bons enseignants, se défaire de leurs inhibitions, grâce à l'alcool, est réjouissant. On pense notamment à Tommy (époustouflant et hilarant Thomas Bo Larsen) devenu soudainement impliqué et motivé dans les cours de sports qu’il dispense.

Tommy, prof de sport soudainement très impliqué. Photo : Henrik Ohsten.

Loin du film-dossier

Ça boit, ça festoie, ça va toujours plus loin. Au point de perdre tout contrôle. Bien sûr Thomas Vinterberg est cinéaste trop fin pour signer une œuvre démagogique, caricaturale, et attendue, sur les méfaits de l’alcool. Drunk n’est pas un film-dossier comme ont l’habitude d’en produire les majors américaines. Nous sommes bien éloignés du manichéisme de productions destinés à illustrer de sinistres débats télévisés, qui stigmatisent les spectateurs ayant un léger penchant pour la bouteille.

S’il montre que l’alcoolisme est une catastrophe absolue, une habitude dangereuse pour soi et son entourage, Vinterberg refuse de juger. Il filme d'ailleurs une réalité : oui, l’alcool désinhibe (comme le montre la scène, pleine de tendresse, où l’un des profs conseille à un étudiant, terrifié avant de passer un oral, de prendre quelques gorgées d’alcool). Pour autant, Vinterberg n’en fait pas la promotion. Quand on voit les conséquences désastreuses qu'a l'alcool sur les couples (déjà pas heureux, au départ), l’activité professionnelle, on a tout sauf envie de se prendre une murge.

Un portrait du Danemark et de l'homme de notre époque. Photo : Henrik Ohsten.

portrait du "mâle" d'aujourd'hui

L’alcool est prétexte pour faire un portrait du Danemark (où, visiblement, on picole énormément), et surtout du « mâle » de notre époque. Mal dans sa peau, pas à sa place, irresponsable, autant viril qu’infantile (très), souvent stupide. Mais paradoxalement attendrissant, car totalement paumé.

Drunk aurait mérité d’être un peu plus court (les scènes de beuverie sont parfois redondantes : au bout d’un moment, on a compris), mais voilà un film gonflé, caustique, sacrément intelligent, bien écrit, réalisé et interprété.

Si l’on pouvait avoir chaque semaine un film comme Drunk en salles, on signerait de suite. Allez, santé ! Avec modération, bien sûr !

Les infos sur Drunk

Synopsis : Quatre amis décident de mettre en pratique la théorie d’un psychologue norvégien selon laquelle l’homme aurait dès la naissance un déficit d’alcool dans le sang. Avec une rigueur scientifique, chacun relève le défi en espérant tous que leur vie n’en sera que meilleure ! Si dans un premier temps les résultats sont encourageants, la situation devient rapidement hors de contrôle.

Drunk de Thomas Vinterberg
Scénario : Tobias Lindholm et Thomas Vinterberg
Avec Mads Mikkelsen, Thomas Bo Larsen, Lars Ranthe, Magnus Millang
Sélection officielle Cannes 2020

Durée 1h56
Sortie le 14 octobre 2020

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