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Belles Familles : Retour aux affaires pour le réalisateur de « Cyrano »

Synopsis : Jérôme Varenne, qui vit à Shanghai, est de passage à Paris.
Il apprend que la maison de famille d’Ambray où il a grandi est au cœur d’un conflit local. Il décide de se rendre sur place pour le résoudre. Cette échappée provinciale changera sa vie…

Belles Familles

Marine Vacth et Mathieu Amalric épatants dans le dernier Rappeneau, Belles Familles

 

Critique : Cela fait onze ans qu’il n’avait donné de ses nouvelles. Jean-Paul Rappeneau, l’un des derniers géants du cinéma français populaire de qualité, n’avait pas tourné depuis Bon Voyage - pas sa plus belle réussite - en 2002. Il est vrai que l’homme n’est pas un cinéaste productif (seulement huit longs-métrages en 50 ans de carrière). Mais onze années sans avoir de ses nouvelles : là, il a fait fort. Très fort !

Il faut dire que Rappeneau s’est pourtant démené pour tourner un film ambitieux - Affaires Etrangères - dont la production s’est arrêtée, hélas, à quelques jours du tournage.

Rappeneau confiait d’ailleurs il y a quelques jours à Lille La Nuit, qu’il avait réalisé Belles Familles en réaction contre ce film qu’il n’a pu mener à son terme. Il a livré bataille, s’est investi corps et âme, a mis toute son énergie pour faire vivre ce long-métrage qui restera sans doute comme l’un de ses plus beaux.

Mais avant d'en venir à Belles Familles, rappelons pour les plus jeunes qui est Monsieur Rappeneau. Maître de la comédie, ayant fait tourner les plus grandes stars - Montand, Depardieu, Adjani, Belmondo, Binoche… - , il a signé dès son premier film un chef-d’œuvre qui fut en son temps un coup de tonnerre dans le cinéma français : La Vie de Château - une splendeur avec Catherine Deneuve et Philippe Noiret -. Viendront ensuite Les Mariés de l’An II, Le Sauvage, Tout Feu, Tout Flamme, le mythique Cyrano de Bergerac - 10 César, 1 Oscar, Prix d'Interprétation à Cannes pour Depardieu - , Le Hussard sur le Toit puis Bon Voyage.

Aujourd’hui sort Belles Familles. Si nous ne sommes pas fan du titre, ni de l’affiche (qui font un peu "Musée Grévin"), nous sommes en revanche beaucoup plus enthousiaste sur le film lui-même. Comme à son habitude, Rappeneau convoque une distribution prestigieuse : Mathieu Amalric (brillantissime), Karin Viard, Nicole Garcia, Gilles Lellouche, Marine Vacth (qui confirme après Jeune & Jolie de Ozon), Guillaume De Tonquédec, l'inoxydable André Dussollier.

Bien sûr, le film s’est très certainement monté sur la qualité et la popularité du casting. Mais tous ces artistes savent très bien qu’en passant devant la caméra de Jean-Paul Rappeneau, ils vont être filmés par un éblouissant directeur d’acteurs, un cinéaste virevoltant dont les films ont la légèreté de bulles de savon.

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Rappeneau, comme à son habitude, aime filmer les acteurs

 

A 83 ans, Rappeneau ne s’est pas calmé et c’est tant mieux ! Belles Familles est riche d’intrigues, de rebondissements, de personnages, de situations, de décors, de mouvements de caméras élégants… La photographie de Thierry Arbogast est solaire. On sent que le film est assez cher - et encore, huit millions d’euros pour une telle production cela reste assez raisonnable - mais jamais il ne fait ostentatoire. Car une fois de plus, Rappeneau, c’est la légèreté et l’élégance.

Certains reprochent à Belles Familles d’être un cinéma quelque peu désuet, un chouïa "qualité France", qui sent la naphtaline. Il faut dire qu’à force de nous bourrer le cerveau et les yeux d’images montées façon « stroboscope », on en vient à perdre la notion de la durée d’un plan et finissons par ne plus apprécier une belle mise en scène classique. Et si la modernité, après tout, était plus à voir dans ces beaux cadres composés par cet amoureux de Lubitsch, plutôt que chez tous ces poseurs, imposteurs, petits prétentieux qui pensent faire progresser le cinéma dès qu’il filment une scène avec un effet rempli d’esbroufe ?

On pourrait reprocher à Rappeneau de filmer un monde qui semble s’être quelque peu arrêté, dans une France à des années-lumière de notre épuisant XXIème siècle. Ce serait oublier que cette France existe bel et bien, qu’il y a de la vie dans les Régions et que tout ne se déroule pas comme à Paname. Mais ce n’est pour autant que le cinéaste filme une France idéalisée et mémère. Nous ne sommes pas dans le JT putassier de Jean-Pierre Pernault.

Pour Rappeneau, la mesquinerie, la bêtise, la jalousie, et même la violence ont autant cours dans les villes de Province que les immenses capitales. S’il n’est jamais méchant avec ses personnages, le cinéaste n’en demeure pas moins caustique, et même parfois cynique. S’il ne se montre jamais moralisateur, on peut en revanche le considérer comme un moraliste. Après tout, à plus de 80 ans, alors qu’on se trouve à l’hiver de sa vie, on a forcément sa petite idée sur le monde, les hommes et les femmes. Belles Familles le démontre avec brio.

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Jean-Paul Rappeneau à Lille, le 22 septembre 2015. Photo © Alexandre Marouzé/AMView

 

D’autres pourraient penser que tout ce petit monde qui s’agite, ressemble plus à une troupe de théâtre qu’à des acteurs en mouvement devant une caméra, dans des décors naturels ou en plateau. L’histoire et les situations y sont sans doute pour beaucoup car elles multiplient les chausse-trappes et coups de théâtre. Chaque comédien semble, il est vrai, « déverser » l’énergie que réclame un bon vaudeville.

Mais tout ceci est bien sûr volontaire, puisque Rappeneau filme justement ce microcosme comme s’il était en représentation sur une scène. Tous ces gens qui s’époumonent, ces personnages qui parlent avec le verbe fort, ces histoires d’héritages, de tromperies, ces portes qui claquent proviennent sans doute de l’héritage direct des grandes comédies populaires, du théâtre de Boulevard - ce ne sont pas des gros mots – que beaucoup de spectateurs aiment encore voir en matinées dans les théâtres.

Rappeneau nous dit justement que le MONDE est un THÉÂTRE. Les intrigues sont toujours les mêmes. Seules les façons de les raconter ont évolué. Sinon, on se serait arrêté d’écrire des histoires d’amour dès Tristan et Yseult.

Ainsi, Rappeneau s’est mis au numérique et, tel un jeune homme utilise toutes les capacités que lui offre la HD. Il fait une force de ce qui aurait pu être un obstacle pour un artiste ayant tourné toute sa vie en 35 mm. L'image vidéo lui permet de filmer encore plus vite, de pousser davantage ses acteurs, d’imposer un rythme de dingue sur le plateau, afin de maintenir un tempo de comédie comme peu de français savent le faire.

A l’image de grands disparus comme Philippe de Broca (L’Homme de Rio, film complètement dingue qui fut l'une des inspirations de Spielberg pour les Indiana Jones), Rappeneau est sans doute davantage à placer du côté des réalisateurs américains, que des cinéastes français.

Bien sûr, il s’inscrit dans la tradition d’auteurs français, qui eux aussi, filmaient des univers bourgeois avec une ironie absolue (Guitry, pour n'en citer qu'un). Mais sa virtuosité technique, sa science de la mise en scène, sa capacité à se réinventer, sont plus proches des cinéastes et techniciens de tradition anglo-saxonne.

Il n'y a plus qu'à espérer que Belles Familles trouve son public en salles afin que le grand Rappeneau puisse vite, beaucoup plus vite, repasser à la mise en scène. Après tout, les cinéastes en activité, et de ce calibre, ne sont plus si nombreux dans notre cinéma hexagonal.

Affiche, film-annonce et photos du film  © ARP Sélection

Belles Familles
Réalisateur Jean-Paul Rappeneau Scénariste Jean-Paul Rappeneau
en collaboration avec Philippe Le Guay et Julien Rappeneau
Sur une idée originale de Jean-Paul Rappeneau et Jacques Fieschi
Image Thierry Arbogast Musique Martin Rappeneau
Avec Mathieu Amalric Marine Vacth Gilles Lellouche Nicole Garcia Karin Viard Guillaume de Tonquédec André Dussollier Gemma Chan Claude Perron Jean-Marie Winling
Sortie le 14 octobre 2015
Durée : 1h53.

Le très bel hommage de François Morel à Jean-Paul Rappeneau sur le plateau de France Inter.

 

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