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« Adam » : Beau premier film sur le tabou des mères célibataires au Maroc

L’Actu ciné de Lille la Nuit fait le focus sur Adam. Pour son premier long-métrage, la réalisatrice et comédienne Maryam Touzani choisit de raconter le drame des femmes-monoparentales au Maroc. Critique d'un premier film courageux, salutaire, sensuel, refusant le manichéisme. Et porté par deux grandes comédiennes :  Lubna Azabal et Nisrin Erradi.

Maryam Touzani aborde le tabou des mères célibataires au Maroc.

Premier long pour Maryam Touzani

Maryam Touzani a grandi au Maroc dans une famille tolérante, qui a hébergé une femme enceinte. Cette dernière avait fuit sa famille, après avoir été quittée par un homme lui ayant promis le mariage. Un souvenir qui a marqué la réalisatrice à tout jamais, et dont elle a voulu faire le sujet de son premier long-métrage.

Maryam Touzani fut d’abord documentariste. En 2008, elle filme la première journée nationale de la femme au Maroc, date importante pour le pays. Avant de réaliser d’autres documentaires, et un premier court-métrage de fiction, Quand ils dorment, qui récolte pas moins de dix-sept récompenses de part le monde. Elle passe ensuite pour la première fois devant la caméra en interprétant l’un des rôles principaux du film de Nabyl Ayouche - auteur du très fort Much Loved - : Razzia.

Le tabou des mères célibataires

La grande force du premier long de Maryam Touzani est de s’attaquer au sujet tabou des mères célibataires au Maroc et, plus généralement, dans les pays du Maghreb.

Adam, quasi huis-clos, présente les relations difficiles, conflictuelles entre deux femmes : Samia (Nisrin Erradi) et Abla (Lubna Azabal). Elles vont finir par se découvrir, s’apprécier, avant de devenir amies. Le scénario souffre de quelques menus défauts (parfois trop balisé et programmatique), mais le film de Maryam Touzani a le mérite de faire exister ses personnages et de ne jamais sacrifier son traitement cinématographique.

Nisrin Erradi et la petite Douae Belkhaouda.

Deux grandes comédiennes

Lubna Azabal, grande comédienne, ne damne pas le pion à sa partenaire, Nisrin Erradi. Les deux actrices jouent ensemble, jamais l’une contre l’autre. Sauf lorsqu'il s’agit d’une nécessité scénaristique. Aux côtés des deux actrices professionnelles, on découvre la petite et étonnante Douae Belkhaouda. Ces trois comédiennes sont pour beaucoup dans la réussite d’Adam. Sans elles, leur force, leur naturelle, le film aurait pu s'écrouler à chaque instant.

Il faut également souligner la mise en scène. Avec sa chef-opératrice Virginie Surdej, Maryam Touzani soigne sa lumière (on pense aux peintures de Georges de La Tour et Eugène Delacroix) et ses cadres. La réalisatrice signe une œuvre esthétique qui, pour autant, ne s’abime jamais dans le piège d'une image par trop esthétisante.

Les scènes où les deux femmes préparent des pâtisseries marocaines dévoilent une sensibilité de cinéaste. Visages, mains, déplacement des corps, sont filmés avec sensualité. Maryam Touzani trouve le parfait équilibre entre son sujet et sa forme.

Dans Adam, les hommes ne sont jamais filmés en oppresseurs. Ainsi, le film évite toute forme de schématisme.

Une dimension universelle

En abordant le courage de ces femmes marocaines, le piège eut été que Maryam Touzani réalise un film débordant de bons sentiments. Il n’en est rien ! Les hommes, peu présents, ne sont jamais filmés en oppresseurs. Au contraire, ils sont bons, sincèrement amoureux. Pour autant, on ressent la pression que subissent les héroïnes du film. On devine les violences, injustices, solitudes, que provoquent l'intolérance et le poids des traditions. Mais elles demeurent hors-champ. Ce qui en décuple la portée. Ainsi, Adam ne verse jamais dans un manichéisme qui aurait amoindrie sa dimension humaine, sociale, et politique.

En évitant clichés et raccourcis, en ne laissant pas deviner l’issue de son histoire, en n’oubliant jamais de faire du cinéma, Maryam Touzani permet à Adam d’acquérir une dimension universelle.

Les Infos sur Adam

Synopsis : Dans la Médina de Casablanca, Abla, veuve et mère d’une fillette de 8 ans, tient un magasin de pâtisseries marocaines. Quand Samia, une jeune femme enceinte frappe à sa porte, Abla est loin d’imaginer que sa vie changera à jamais. Une rencontre fortuite du destin, deux femmes en fuite, et un chemin vers l’essentiel.

ADAM de Maryam Touzani
Scénario Maryam Touzani avec la collaboration de Nabil Ayouch
Avec Lubna Azabal, Nisrin Erradi et Douae Belkhaouda

Durée : 98 min
Sortie le 5 février 2020

Photos et film-annonce Ad Vitam Distribution

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