Fantasmagoria de Philippe Quesne à la Rose des Vents

La Rose des vents proposait Fantasmagoria, pièce de Philippe Quesne accueillie le 2 et le 3 juin à la Condition Publique de Roubaix. En reprenant le thème des danses macabres, le metteur en scène révèle le tragique de la condition humaine, la folie du corps et l’obsession de la mort.

Une installation spectaculaire

Sur le plateau, un cimetière de pianos dépareillés, endommagés, représentent les vestiges d’un temps révolu qui essaieraient de nous dire quelque chose. Les pianos ont l’air de rêver, d’être capable d’une vie somnambulique. La mort nous rattrape. Une enceinte diffuse une voix, celle d’un prédicateur, d’un ascendant chimérique, un spectre de l’au-delà qui à la manière d’incantations nous questionne sur l’esprit et la matière, le mortel et l’immortel. Au fil des mots, les pianos se mettent en mouvement, composent une mélodie, s’inondent, s’enflamment et s’envolent. Les machines seraient-elles une projection du corps ? Le geste de tout artiste, étant lui-même créateur, s’apparente au geste divin de la création de l’homme, c’est-à-dire qu’il crée à son tour une image représentant l’homme d’une façon ou d’une autre.

Une farandole macabre

Avec l’épidémie mondiale du Covid-19, la guerre en Ukraine qui menace la stabilité de l’Europe, le rapport à la mort s’est forcément modifié. Le thème des danses macabres naît au Moyen Âge, à une période où la peste, la famine et les guerres rendaient la mort omniprésente. La pièce pointe la nécessité de comprendre nos terreurs et les angoisses collectives. Elle rappelle que certes nous ne sommes pas égaux à la naissance, mais que nous le sommes bien face à la mort. Il faut sans cesse se préparer à mourir. La scène est peuplée d’esprits, de projections de squelettes esseulés entrant dans une ronde infernale, une farandole morbide. Les absents, les disparus deviennent, grâce au théâtre, des revenants.

Le spectacle Fantasmagoria revêt quelques longueurs et des surprises attendues. La dramaturgie du spectacle manque de force. Les effets spéciaux "faits maison" donnent parfois l'impression qu'il s'agit d'une scénographie d'un manège de foire. Toutefois la pièce interroge et repousse la notion de théâtralité : peut-il y avoir théâtre sans acteur au plateau ? Une installation scénographique peut-elle, à elle toute seule, faire théâtre ?

Crédit photo : © Martin Argyrogio

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