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Nick Waterhouse + The Roves au Grand Mix

Drôle d'époque que la notre. Où le passé n'a jamais été aussi présent et prisé. Mode, objets, culture, lifestyle... Le rétro est devenu cool, le vintage tendance. On s'arrache d'antiques consoles de jeu dans les vide-greniers, on n'hésite pas à délaisser sa chaîne-hifi raccordée à son home-cinéma dernier cri pour une vieille platine vinyle sur laquelle on fait tourner des 33 tours grésillants acquis à prix d'or dans des boutiques spécialisées et on se fringue en friperie en privilégiant la mode des années (voire des décennies) précédentes... Un phénomène quelque peu risible, du moins paradoxal, dans une société ultra-connectée où les individus ont développé un lien quasi-fusionnel aux nouvelles technologies. Mais qui a, au moins, le mérite d'assurer le succès d'un artiste tel que Nick Waterhouse qui, tout au long de ses quatre albums, a su redonner une nouvelle jeunesse au Rhythm N'Blues américain des années 50 et 60. En ce soir du 27 octobre, sa venue au Grand Mix, avec les Anglais de The Roves, affiche un réjouissant sold-out.

The Roves

Il suffit de quelques notes pour comprendre que les quatre Londoniens de The Roves ont eux aussi le regard braqué vers le rétro. Avec une obsession indéniable pour les débuts du plus célèbre des quatuors anglais : The Beatles (pour ceux qui n'auraient pas compris). Une influence digérée de la manière la plus branleuse qui soit : attitude nonchalante sur scène, chant pas toujours juste et des compositions sans aucune prétention... Les chansons sont vives, courtes, presque sans ambition... Pourtant, on y décèle une réelle intelligence instinctive. Leur charme agit instantanément et pousse, sans que l'on s'en rende compte, à taper du pied. Le groupe n'apporte strictement rien de nouveau sous les projos du Grand Mix mais son interprétation indolente et inspirée des vieilles ficelles du Rock British fait mouche. Sous leurs allures de je-m'en-foutistes, les quatre garçons de The Roves s'imposent comme des recycleurs de talent.

Nick Waterhouse

C'est un véritable tour de force, digne d'un illusionniste, que réussit Nick Waterhouse dès l'entame de son concert : transformer instantanément la très chouette nouvelle salle du Grand Mix en un très intimiste club américain des années 60. Sur scène, les musiciens cultivent un élégant anachronisme avec leurs cheveux gominés, leurs costumes ou robes de soirée très sixties. Et, d'emblée, le gros son, clinquant, plein d'écho, le tempo moyen, la voix chaleureuse, les chœurs mutins et coquins, le rythme élastique, la subtilité du jeu de guitare, les lignes de saxophones magnétiques et l'orgue virevoltant portent l'excitation très haut. Rhythm and Blues, Early Soul, Boogaloo, Mod Jazz et quelques emprunts à la limite du Rock Garage, le répertoire de Nick Waterhouse se révèle tour à tour endiablé, langoureux, léger, épais, classique, moderne, original, émaillé de références.

Les musiciens impressionnent. Naviguent entre énergie brute et sophistication. On sent bien que rien n'est laissé au hasard. Que tout est millimétré. Pourtant c'est une impression de spontanéité qui prédomine. On joue en première division et on vient tutoyer, certes dans un registre moins Soul, l'excellence des musiciens du label Daptone Records (Menahan Street Band, The Budos Band, El Michels Affair). Au milieu de cette troupe : Nick Waterhouse. Royal. Impérial. A la fois ange et démon. Prouvant qu'il ne faut décidément pas se fier à son allure de gentil garçon, avec son look propret et désuet, ses lunettes de vue et ses cheveux soigneusement coiffés. Sur scène, il est un performer hors pair qui livre sur chaque titre une interprétation magistrale, imposant un délicieux timbre de voix à la Van Morrison. Son jeu de guitare n'est pas en reste. Sensible, délicat, aérien tout en sachant se montrer catchy. Particulièrement touchant quand il s'aventure vers des paysages Jazzy (le sublime Thought & Act)

« Retro » et « Vintage » sont évidemment des étiquettes que l'on peut facilement poser sur la musique de Nick Waterhouse. Mais quand les influences sont aussi bien digérées, ne se révèlent jamais mortifères ou embarrassantes et donnent naissance à des chansons et des prestations aussi resplendissantes, on s'incline. Car il ne s'agit plus là d'un simple exercice de style, d'un effet de mode ou d'un revival. Mais simplement d'un gars qui joue de la très bonne musique. Point barre.

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