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Deerhunter + Vorhees à l’Aéronef

Après un live mémorable au Grand Mix en 2015, Deerhunter, le combo d’Atlanta renoue avec la métropole lilloise pour la conquérir à nouveau. Retour sur une soirée riche en harmonie et enrobée de bruit.

En entrant dans l’Aéronef, des boucles ambiantes et stridentes retentissent. La new-yorkaise Vorhees lance la soirée, entourée de claviers, boites à rythme et de sa guitare. Seule sur scène, Dana Wachs jongle entre ses instruments pour nous offrir ses compositions atmosphériques. Les patterns rythmiques et nappes sonores se superposent progressivement pour former un ensemble hypnotisant.

Si l’artiste n’a qu’un EP à son actif, “Black Horse Pike” sorti en 2017, sa carrière commence bien. Le titre éponyme de l’EP a notamment tapé dans l’oeil du groupe culte du shoegaze Slowdive, qui n’a pu s’empêcher de le remixer. À côté de ça, Vorhees est connue pour ses activités d’ingénieure du son et nous a surpris en se dévoilant ensuite à la régie pour mixer le concert de Deerhunter.

Sur scène, la musicienne étend ses morceaux dans une ambiance onirique, captée par un public attentif. Si le set peut manquer parfois de rythme, il s’avère pertinent pour ouvrir la soirée, à coup de compositions planantes, abstraites dérivant dans le trip-hop avec psychédélisme.

Quand Deerhunter rentre en piste, on ne sait jamais ce que Bradford Cox va nous dire. Étonnamment, le leader du groupe n’est pas très bavard ce soir et laissera donc toute la place à sa musique, pour parcourir sa discographie. Durant les premières minutes, le son est particulièrement sale, mais sera rapidement dompté pour nous assaillir de la plus belle des manières.

Sur scène, le quintet transforme son style et donne naissance à une expérience totalement différente qu’en studio. Si les albums se prêtent plutôt au calme et à la rêverie, le Deerhunter live joue avec l’intensité de ses instruments, la distorsion et les larsens pour un rendu beaucoup plus sonique. Le groupe revisite ses morceaux, déconstruit leurs structures pour les réaffirmer avec de la classe et du relief. À l’instar du titre de son dernier album Fading Frontier, Deerhunter brouille les pistes dans son set, et soigne des transitions assez remarquables entre les titres. Entre envolées bruitistes et balades interprétées avec élégance, des morceaux comme "Helicopter" ou "Agoraphobia" se révèlent d'une toute autre nature.

Si le Bradford Cox de ce soir est plutôt sobre dans son attitude, il captive naturellement par sa voix et sa prestance atypique. Durant 1h30, le groupe fait preuve d'une belle générosité en livrant un concert aussi brut que subtil. En guise de clôture, Deerhunter nous offre même une version étirée magistrale de son culte "He would have laughed". Le rappel n'en sera que plus survolté avec notamment le jouissif "Snakeskin".

Depuis 10 ans, les chasseurs de cerfs savent encore surprendre et nous font démonstration à l'Aéronef d'un groupe dans la force de l'âge, toujours habité par sa musique et son envie de la réinventer.

 

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