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« Une Pluie sans fin » : Coup de cœur pour le polar sans concession du cinéaste chinois Dong Yue

Après Fleuve Noir sorti la semaine dernière, Lille La Nuit poursuit dans la veine du cinéma noir avec Une Pluie sans fin de Dong Yue. Signé par un jeune cinéaste chinois, ce film, Grand Prix du Festival du film Policier de Beaune, au-delà de son intrigue policière, dresse le portrait d’une Chine en pleine mutation, à la veille de l'an 2000. Un premier long-métrage qui impressionne...

Une Pluie sans fin de Dong Yue : un premier film d'une grande maîtrise esthétique.

Une Pluie sans fin, premier long-métrage de Dong Yue

Né en 1976 à Weihai (Chine), Dong Yue sort diplômé de l’Académie du Film de Pékin avec un Master en Photographie avant de travailler comme chef opérateur sur de nombreux longs-métrages et de devenir réalisateur de films publicitaires. Ce qui frappe en premier dans Une Pluie sans fin, c’est l’atmosphère que crée Dong Yue. Nous voilà transportés dans le sud de la Chine en 1996-1997, à quelques mois de la rétrocession de Hong-Kong au pays. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le film ne sera pas du genre « rieur ». Dong Yue filme des terrains vagues où l’on trouve de jeunes femmes mutilées, assassinées sauvagement par un serial Killer. Le cinéaste s’attarde sur des usines crachant de la fumée. Elles semblent sorties de Blade Runner, le film de Ridley Scott. Dans cet univers, on découvre Yu, chef de la sécurité d’une vieille usine. L’homme développe à la fois une obsession pour le tueur et une relation avec Yanzi, une jeune prostituée.

Une Pluie sans fin de Dong Yue : le cinéaste dirige son film.

Un film noir et une œuvre politique engagée

Comme le titre du film l’indique, la pluie est omniprésente. Les ciels sont bas, marrons et gris, lourds. Des déluges d’eau s’abattent sur les décors et personnages. On pense à Seven de Fincher, dans lequel il pleuvait déjà beaucoup. Mais la comparaison s’arrête ici. Tant l’histoire et les motivations de Dong Yue sont différentes. Très vite, on comprend que ce qui intéresse le réalisateur est moins d’instaurer un suspense (qu'il développe pourtant) que de dresser un portrait de la Chine et de ses mutations à la veille de l’an 2000. Dans Une Pluie sans fin, les hommes n’ont droit qu’à la pluie et la boue. Au sens propre comme symbolique. Les usines ferment petit à petit. Le chômage et la misère font rage. Toute une classe sociale est abandonnée. Notamment ces jeunes femmes qui, pour survivre, sont contraintes de se prostituer. Bientôt pousseront des hypermarchés comme poussent les champignons. La Chine se convertit au Capitalisme.

Une Pluie sans fin de Dong Yue : la liaison complexe entre Yanzi (Jiang Yiyan) une jeune prostituée et Yu (Duan Yihong) le chef de la sécurité d'une usine.

D’une certaine façon, on est étonné que la censure chinoise laisse passer certaines idées, images d’un film ouvertement politique et qui ne fait pas de concession. La chose a peut-être été possible grâce à la présence au générique de Duan Yihong, énorme star chinoise, qui fait déplacer les foules. Sans lui, le film de Dong Yue n’aurait pu être financé.

Une construction éloignée des films formatés

Avec Une Pluie sans fin, il faut accepter une certaine complexité du récit. L’histoire est classique mais sa construction pourra étonner. Le public occidental est désormais habitué à ce qu’on lui serve des films formatés. On lui mâche trop le travail. Tout lui est expliqué.  Ainsi, il peut être rebuté quand on lui propose d’autres arcs narratifs. Il faut être attentif en regardant Une Pluie sans fin, qui est un film destiné à ceux qui aiment le cinéma, et non pas aux bouffeurs de pop-corn et autres obsédés du smartphone. Dong Yue joue beaucoup avec la temporalité dans Une Pluie sans fin. Bâti un récit fait d’allers et retours dans le temps. Il ne précise jamais par un carton informatif à quelle époque se situe l'action d'une séquence. Ce que l’on croît se dérouler au présent ne l’est peut-être pas et inversement. Dong Yue s’amuse à perdre le spectateur. Une Pluie sans fin est un puzzle dont les pièces se mettent petit à petit en place. Est-on sûr d'avoir tout compris en sortant de la salle ? Cela a bien peu d’importance. L'essentiel est que le mystère existe. Qu'on s'interroge.

Une pluie sans fin de Dong Yue : Les usines, les ciels lourds et la pluie.

Pour peu qu’il soit attentif et patient, le spectateur est récompensé. Superbe film noir, qui se double d’une lecture sociale, Une Pluie sans fin peut faire date. Le film marque tout du moins la naissance d’un auteur ambitieux, au style affirmé.

Synopsis : 1997, à quelques mois de la rétrocession de Hong-Kong, la Chine va vivre de grands changements… Yu Guowei, le chef de la sécurité d’une vieille usine, dans le Sud du pays, enquête sur une série de meurtres commis sur des jeunes femmes. Alors que la police piétine, cette enquête va très vite devenir une véritable obsession pour Yu… puis sa raison de vivre.
Une Pluie sans fin de Dong Yue

Une Pluie sans fin de Dong Yue
Chine – 2017 – 119 minutes

Sortie cinéma : 25 juillet 2018

Affiche, photos et film-annonce © Wild Bunch Distribution

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