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« Loving » : Jeff Nichols raconte un amour mixte au temps de la ségrégation raciale

Cette semaine l’Actu Ciné de Lille La Nuit s’intéresse à Jeff Nichols et à son dernier long-métrage : Loving ! Inspiré d’un fait réel révoltant s’étant déroulé dans l’Amérique ségrégationniste des fifties, Loving est une histoire d’amour forte, intense, pudique, portée par deux acteurs magnifiques. On vous dit pourquoi Lille la Nuit a adoré Loving et, surtout, pourquoi vous ne devez pas passer à côté du film.

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Les deux acteurs magnifiques de Loving : Joel Edgerton et Ruth Negga.

 

Critique : Jeff Nichols n’a que trente-huit ans. Pourtant, le réalisateur signe avec Loving son - déjà - cinquième long-métrage.

Il est des cinéastes (rares) qui réinventent la grammaire du cinéma, sont des inventeurs de formes. Il en est d’autres qui sont des cinéastes classiques, s’inscrivant dans une longue, riche et passionnante Histoire du cinéma. Ils n’en sont pas pour autant moins intéressants.

Nichols fait partie de cette « race » de réalisateurs. Qu’on en juge par les quatre premiers films qu’il a signés : Shotgun Stories, Take Shelter, Mud : Sur les rives du Mississipi, Midnight Special... On sent chez Nichols un amour de la littérature américaine (Mark Twain, notamment), une passion de grands cinéastes US qui ont marqué plusieurs générations de cinéphiles : John Ford, John Huston, Robert Altman, Steven Spielberg, John Carpenter…

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Jeff Nichols et Joel Edgerton sur le tournage de Loving.

 

Ainsi, Jeff Nichols est un cinéaste plutôt classique. Une qualité à l’heure où des réalisateurs se croyant plus malins que les autres, signent des films aux scènes sur-découpées, aux montages épileptiques épuisants.

Oui, le classicisme a du bon ! Et chez Jeff Nichols, il n’est en aucun cas synonyme d’académisme.

L’autre qualité de Nichols est d’être un réalisateur pudique. C’est l’une des grandes forces de son dernier long-métrage. Loving fut sélectionné en compétition à Cannes. Il en repartit scandaleusement bredouille. Des festivaliers et journalistes avouèrent leur déception face au film : pas assez émouvant, trop froid, pas assez mélo peut-être (le film l’aurait été davantage qu’on le lui aurait reproché)...

Il est vrai que Nichols se retient. Parce qu’il ne peut, en cinéaste exigeant, se vautrer dans la vulgarité, l’émotion facile. Son histoire d’amour est basée sur une fait réel. Tragique, révoltant ! Dans la Virginie de 1958, il est toujours interdit d’être un couple mixte. Le mariage est par conséquent punit par la loi. C’en est déjà si dingue et effrayant que Nichols n’a pas à en rajouter. Ce cinéaste veut émouvoir mais pas à n’importe quel prix !

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Dans la Virginie de 1958, il est toujours interdit d’être un couple mixte.

 

Aussi, il filme ses deux personnages principaux à bonne distance. Nichols est d’abord un raconteur d’histoires. Alors il conte aussi finement et intelligemment que possible une tragédie qui, chez certains «faiseurs » serait devenue un mauvais téléfilm pour faire pleurer Margot.

Pour raconter Loving, Nichols a trouvé deux merveilleux acteurs : Joel Edgerton et Ruth Negga - nommée pour l'Oscar de la meilleur actrice -  incarnent ce couple (Richard et Mildred) qui s’aime d’un amour fou, un amour jugé « contre-nature » par une Amérique raciste et dégoûtante - pour autant, Nichols ne tombe pas dans la caricature. Les blancs ne sont pas tous racistes dans le film -.

En regardant Loving, on se rappelle que la mise en scène commence aussi par le choix des interprètes. Joel Edgerton et Ruth Negga sont au diapason de leur cinéaste. Il n’en rajoutent pas. La pudeur est de tous leurs gestes, attitudes et regards. C’est justement parce que, ni le cinéaste, ni les acteurs ne surchargent pas l’émotion, que Loving bouleverse.

Nichols filme décors, ciels, champs, espaces naturels, maisons, avec la même élégance qu’il le fait pour ses comédiens. Comme les grands anciens qu’il affectionne tant.

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Comme le dit l'affiche de Loving : "L'amour plus fort que la haine".

 

On ne trouve ni cynisme, ni calcul. dans Loving. C'est une histoire simple qui, hélas, nous semble intemporelle. Nichols filme le passé mais n'évoque-t-il pas le présent ? La force des grands réalisateurs est aussi d'éclairer nos temps troublés en convoquant notre Histoire tourmentée.

Synopsis : Mildred et Richard Loving s’aiment et décident de se marier. Rien de plus naturel – sauf qu’il est blanc et qu’elle est noire dans l’Amérique ségrégationniste de 1958. L’État de Virginie où les Loving ont décidé de s’installer les poursuit en justice : le couple est condamné à une peine de prison, avec suspension de la sentence à condition qu’il quitte l’État. Considérant qu’il s’agit d’une violation de leurs droits civiques, Richard et Mildred portent leur affaire devant les tribunaux. Ils iront jusqu’à la Cour Suprême qui, en 1967, casse la décision de la Virginie.
Désormais, l’arrêt “Loving v. Virginia” symbolise le droit de s’aimer pour tous, sans aucune distinction d’origine.

Loving de Jeff Nichols
avec Joel Edgerton, Ruth Negga, Michael Shannon

Sortie le 15 février 2017
Durée : 2H03

Crédit Photo Ben Rothstein © Big Beach, LLC
Affiche, film-annonce © Mars Distribution

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