« La Route Sauvage » : Le périple d’un ado et d’un cheval à travers l’Amérique des laissés-pour-compte

Cette semaine Lille La Nuit fait le choix pour son Actu Ciné de La Route Sauvage de Andrew Haigh. Porté par le jeune comédien, Charlie Plummer, mais aussi Chloë Sevigny et Steve Buscemi, La Route Sauvage retrace le parcours d’un ado et du cheval pour lequel il s’est pris d’affection. Derrière une histoire qui peut sembler classique, La Route Sauvage est un film poignant sur une Amérique qui tente de s’en sortir. Critique de La Route Sauvage par Lille La Nuit…

La Route Sauvage de Andrew Haigh : ce quatrième long-métrage du cinéaste est l’adaptation d'un roman de Willy Vlautin.

Critique de La Route Sauvage

Avec La Route Sauvage, Andrew Haigh signe son quatrième long-métrage. Ce cinéaste britannique fut d’abord assistant monteur sur Gladiator et La Chute du Faucon Noir - excusez du peu - de Ridley Scott, avant de passer à la mise en scène en 2012 avec Week-end. En 2016, sort 45 ans (son troisième film) avec Charlotte Rampling et Tom Courtenay, qui reçoivent tous deux un Ours d’Argent pour leur interprétation.

La Route Sauvage est l’adaptation du roman de Willy Vlautin, Lean on Pete (La Route sauvage, Éditions Albin Michel). L’occasion pour le cinéaste de trouver dans une histoire qui peut sembler éloignée des univers de ses films précédents, des thématiques qui lui sont chères comme la solitude.

La Route Sauvage fait le portrait de Charley, jeune garçon de quinze ans en perte de repères. Très vite, il fait la connaissance de Del, modeste entraineur de chevaux qui va l'emmener sur des champs de courses, à travers l'Amérique profonde.

Andrew Haigh : « Il y avait une simplicité dans le roman que je voulais retrouver dans le film. Le voyage de Charley n’est pas qu’un classique récit d’apprentissage qui le conduirait vers l’âge adulte. Il y a quelque chose de plus fondamental: ce qui l’entraîne est un besoin désespéré d’appartenance à un foyer, une famille - la quête d’un lieu où il se sentirait protégé. »*

La Route Sauvage de Andrew Haigh : la rencontre de Charley (Charlie Plummer) et Del (Steve Buscemi).

Un film sur ceux que l'Amérique abandonne sur le bord de la route

Le film de Andrew High, va beaucoup plus loin que la simple histoire d’un gosse qui tente de se construire et de s’en sortir. La Route Sauvage n’est en aucun cas un film mielleux. S’il n’est pas dénué de tendresse et d'espoir, le périple de Charley est souvent douloureux. On pense aux gamins sacrifiés des romans de Charles Dickens. Charley est à l’image des personnages du film : un laissé-pour-compte que l’Amérique abandonne sur le bord de la route.

Del dope ses chevaux afin gagner quelques billets sur des champs de courses minables. Et si les chevaux ne gagnent pas alors direction le Mexique pour un aller sans retour. Une situation qui ne gêne en aucune façon Bonnie, amie Jockey de Del.

Pour autant, Andrew Haigh ne juge jamais ses personnages et ne les méprise en aucune façon. Point de manichéisme, ni de salauds dans La Route Sauvage. Juste des gens ordinaires, qui tentent de survivre. On comprend les motivations des personnages. On s’attache à eux.

D’abord, parce que les comédiens sont remarquables. Si le début de la mise en scène passe par le choix des acteurs, alors Andrew Haigh est un sacré cinéaste.

La Route Sauvage de Andrew Haigh : on a plaisir à retrouver l'épatante Chloë Sevigny dans le rôle de Bonnie.

Charlie Plummer : la révélation d'un acteur

On connaît Steve Buscemi (quasi méconnaissable dans le rôle de Del) et Chloë Sevigny. On connaît moins Charlie Plummer. Le jeune interprète de Charley est éblouissant. Il fait évoluer son personnage avec le talent et la grâce des plus grands (on pense beaucoup au regretté River Phoenix). Passant de la plus complète innocence à une violence dont il est autant le coupable que la victime.

Charlie Plummer : « Enfant, j’ai beaucoup bourlingué, j’ai connu huit ou neuf écoles différentes. J’ai pu comprendre la quête de Charley d’un foyer stable. Ce qui me frappait, c’est son refus d’abandonner, quelles que soient les circonstances. Je n’ai pas vécu ce qu’il traverse mais moi aussi j’ai appris à ne jamais renoncer, même quand les choses paraissent insupportables. Cela en fait un personnage plein d’espoir. »*

Charlie Plummer n’a pas volé le Prix Marcello Mastroianni à Mostra de Venise.

La Route Sauvage de Andrew Haigh : Charlie Plummer passe de la plus complète innocence à une violence dont il est autant le coupable que la victime

Un cinéaste qui sait filmer des décors naturels

Et puis, il y a les décors que Andrew Haigh filme comme dans les plus beaux westerns US, ou La Balade Sauvage de Terrence Malick (le choix du titre français et de l'affiche, qui ressemble étonnamment à celle du film de Malick, n'est pas un hasard).

Andrew Haigh : «J’ai dormi dans les motels nommés dans le roman. J’ai reconnu les lieux que Willy Vlautin avait décrits. J’ai aussi campé, mangé du chili en boîte, pris des centaines de photos. Ce serait ridicule de penser que j’ai pu ressentir ce que Charley éprouvé au cours de son voyage, mais les trois mois de “road-trip” m’ont au moins donné une idée du monde que Willy décrit dans ses romans. Les paysages que j’ai traversés sont magnifiques, connaitre le pays tout entier prendrait des années mais cette région a une identité, radicalement différente de l’Europe. Et je peux même dire que l’Utah est très diffèrent du Colorado, que Portland n’a rien à voir, socialement et politiquement, avec l’est de l’Oregon. La diversité est prodigieuse. »*

Si la balade est souvent dure, elle n'en est pas moins splendide.

On ne peut encore dire si La Route Sauvage est un film qui restera, s'inscrira dans le temps. Mais une chose est certaine : ce road movie, à la fois solaire et désenchanté, est un beau moment de cinéma.

Synopsis : Charley Thompson a quinze ans et a appris à vivre seul avec un père inconstant. Tout juste arrivé dans l’Oregon, le garçon se trouve un petit boulot chez un entraineur de chevaux et se prend d’affection pour Lean on Pete, un pur-sang en fin de carrière. Le jour où Charley se retrouve totalement livré à lui-même, il décide de s’enfuir avec Lean on Pete, à la recherche de sa tante dont il n'a qu’un lointain souvenir. Dans l'espoir de trouver enfin un foyer, ils entament ensemble un long voyage…

La Route Sauvage (Lean On Pete)
Un film de Andrew Haigh
Scénario de Andrew Haigh d'après le roman de Willy Vlautin
avec Charlie Plummer, Chloë Sevigny et Steve Buscemi, ...

Durée : 2h01
Sortie le 25 avril 2018.

Affiche, photos et film-annonce © Ad Vitam

*Propos issus du dossier de presse du film

 

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