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Slam aujourd’hui, de Chicago à Lille

Slam aujourd’hui, de Chicago à Lille

« Slam the door » mais ici, contrairement à la porte, ce sont les mots qu’on fait claquer et qui résonnent par le claquement des mots. Né d’un jeune écrivain Marc Smith dans une banlieue de Chicago dans les années 70, ce mouvement poétique va s’élargir aux quatre coins du monde. Empreint aussi de social et de culturel de par ses revendications, le mouvement slam et sa « communauté » car gagne encore à être connu, évolue petitement, de Chicago à Singapour, jusque dans le Nord de la France. Ici, on retrouve une parcelle de slameurs qui montent sur scène dans des cafés, des bars, des lieux non conventionnels afin de faire tomber la poésie de ses hautes sphères élitistes.

Qui sont ces artistes ? Où se produisent ils ? Mais surtout quel avenir ?

Slam en France, Slam dans le Nord

L’ambition était grande et pourtant, pari réussi. Aujourd’hui, le slam peut se vanter d’avoir traversé l’atlantique et atterrir dans plusieurs pays d’Europe dont la France. Dès les années 94 / 95, le mouvement naît dans toute l’effervescence parisienne dans un café du côté de Pigalle. Une poignée de poètes et rappeurs s’illustrent ouvertement sur scène lors de soirées où il est question de faire étalage de sa poésie. Joel Baratzer, Mc Clean, Pilote le Hot seront parmi les premiers en France à faire émerger le mouvement. Mais c’est sans doute et surtout avec la sortie du film en 1998 de Marc Levin « Slam » avec pour rôle phare Saul Williams, que le mouvement se fait publiquement connaître. De paris, et de sa banlieue, le mouvement va petitement s’étendre dans les autres provinces et la région nordiste est loin d’être à la traîne.
   
Le slam vu dans le nord de la france à travers ses scènes et ses artistes

Le nord est, paraît il, l’une des plus belles scènes françaises. Les gens viennent ci et là déclamer de la poésie sur une scène ouverte où tous sont logés à la même enseigne. Ici, pas question de privilégier l’un à l’autre parce que le mot d’ordre est l’égalité. Le mouvement s’est développé au début des années 2000, lorsque Stéphane Gornikowsky, un poète slameur très actif dans la région a monté une association, Demodokos, afin de démocratiser le slam. Le but, permettre à tous lors de scènes ouvertes de s’exprimer par le biais d’un texte poétique. De là, vont émerger d’autres artistes slameurs qui, toujours dans le but de faire découvrir au public cette effervescence « slamatique », vont multiplier les apparitions et finir par s’imposer sur le devant de la scène. Et c’est bien le cas de le dire !
Le collectif lillois On A Slamé Sur La Lune avec MAL, Chancelor et Julien Delmaire (ex membre de Démodokos) sont bien partis pour être les dignes représentants du mouvement dans la région.
L’association la Générale D’Imaginaire s’illustre aussi bien avec ses poètes slameurs dont on compte parmi Stéphane Gornikowski.
Néanmoins, réduire, le mouvement à ces personnes serait bafouer les principes mêmes du mouvement qui veut qu’on puisse trouver en chaque âme une verve poétique. Un peu d’inspiration et le tour est joué. Pierre, Paul, Jacques et moi pouvons désormais dire, clamer, déclamer, souffler des mots à la manière de quelques poètes dont la France n’en est pas peu fière. Pour peu donc, on se prendrait pour un certain Rimbaud ou Verlaine. A ceci près qu’on ne les déclame plus dans les lieux conventionnels qui firent de la poésie ce qu’elle était.
 
L’idée ici est de faire descendre la poésie de sa tour. Donc point de drame ! On slamme dans des cafés, bars mais aussi dans des écoles et même dans la rue…

Il n’est question que d’une poésie urbaine qui prend forme dès lors qu’un espace public ouvert est mis à disposition de qui veut bien l’essayer.
Dans la région, on dénombre des scènes ouvertes régulières :
-Le Moonlight Sérénades à Lille tous les lundis (56 rue des Stations)
-Le Salséro Bar à Lille tous les premiers mercredis du mois où s’illustre le collectif On A Slamé Sur La Lune (19 rue Henri kolb)
-Le Philos’off Café à Arras (23 rue Désiré Delansorne)
-Le Zem Théâtre à Lille (38 rue d’Anvers)
Dernièrement, le projet d’un slameur français Fred Nevchihirlan a donné naissance à Slam et Souffle un projet artistique de trois slameurs et trois musiciens qui pianotent leurs voix et leurs doigts sur leurs instruments et la joyeuse troupe s’est arrêtée à l’Aéronef, pour une petite démo.
Ceci dit, le slam est partout et peut prendre forme dès qu’un espace de parole est mis à disposition. Il suffirait qu’un lieu quelconque soit empreint d’une volonté naissante d’organiser une soirée slam pour que des slameurs s’y invitent, faisant de leur art c qu’ils savent faire de mieux : s’exprimer.

Slam toujours tu m’intéresses

Le slam intéresse de plus en plus, people, industrie musicale...mais jusqu'où ira l'effervescence "slamique"

Donner à chacun le droit de s’exprimer n’est pourtant pas chose évidente à faire. Rappelons le : dans les années 90 aux usa en pleine émergence du mouvement, des poètes slameurs qui firent la renommée du mouvement , Mike ladd, Saul williams… vont quitter les scènes de Manhattan pour se produire à Brooklyn. Pourquoi ? Mike Ladd et ses confrères voulaient tout simplement permettre aux habitants du quartier de s’exprimer par le biais de la poésie. Dans la même veine, on retrouve l’association la Générale d’Imaginaire : Donner de la voix à ceux qui n’en ont pas.

Lors d’un entretien avec Stéphane Gornikowsky, figure incontournable de cette dite association, il réitèrera cette volonté, peut être utopiste aujourd’hui. Néanmoins, l’association organise régulièrement plusieurs ateliers d’écriture dans des écoles primaires et collèges afin d’initier les jeunes et les plus jeunes à l’écriture et à son expression orale. Qu’importe le contenu quand les premières notes se mettent à déferler. Une avalanche de mots encensés d’images déboulent du piédestal de la maison mère « poésie » et se déversent publiquement dans les rivières du savoir. Fort heureusement, bon nombre de d’acteurs culturels oeuvrent aussi dans ce sens. Tout est fait pour que le mouvement s’ouvre en refermant derrière les portes de l’underground. Parce qu’il devient impératif de faire connaître le mouvement quand on sait toutes les ouvertures qu’on y gagne.

L’accompagnement dans les écoles devient une norme mais aussi des recueils de poésie deviennentt chose courante auprès des associations, des vidéos afin de montrer de quoi il s’agit…et les nombreuses soirées organisées, le moyen par excellence de découverte « slamique ».

Evidemment, l’industrie du disque s’y est intéressée de plus en plus. Les maisons de disque ont trouvé dans le slam une filière qui n’est de l’ordre ni du rap, ni de la chanson française. Alors, ils ont voulu réunir les deux. Qui aujourd’hui n’a pas entendu parler de Grand Corps Malade ou de Abd Al Malik ? A mesure que le slam prolifère, les maisons de disque sont de plus en plus affairées à en tirer partie et maintenant des compilations slams sont sur le marché. Et la peur au ventre, certains guettent l’encadré du mouvement comme le lot commun de tous les slameurs.
Néanmoins, on a jamais autant entendu parler du slam en France depuis la connaissance et la reconnaissance de ces deux grandes voix qui d’ailleurs se sont parfaitement illustrés lors des dernières Victoires de la musique, raflant trois prix à leur passage.
Cette frénésie durera t’elle longtemps ?


Slam d’un jour, slam toujours ?


Lors d’une interview avec deux slameurs de la région, Chancelor et MAL nous les avons questionné sur Le formatage des maisons de disque et sur l’avenir du mouvement :

Mais que pensez vous de l’industrie musicale qui fait sortir du moule certains qu’on stéréotype mais qui vendent pas mal d’albums ?

Chancelor : "Le slam existait déjà donc tout ce qui est underground, en jouant dans des cafés, théâtres, je pense qu’importe, le but c’est de vivre son art tout simplement, nous on existe déjà qu’on vienne nous proposer de faire des albums et tout… nous on a toujours pris le temps de faire ce qu’on a à faire et jusque là les choses aboutissent au fur et à mesure, je pense que le temps nous dira, le temps qu’on vit on s’aimera tant qu’on aura du souffle on continuera à s’aimer, le slam avant tout c’est un moment de partage tout simplement. On est libre, on est complètement libre. Le train il est marche, c’est une caravane musicale. Cette manière de voir le slam comme du hip hop, du rap, …le plus important c’est de savoir où on va".

MAL : l"’industrie ne peut pas cantonner le slam de manière générale puisque des gens comme Grand Corps Malade, Abd Al Malik par rapport à leurs projets musicaux l’ont dit, l’ont clamé, ce n’est pas du slam , c’est des mots en musique. Après, ça peut avoir un rapport avec le slam, le rap… donc voilà, l’industrie elle est ce qu’elle est, le slam comme dit chancelor, c’est un moment, l’industrie ne peut pas contenir le souffle du slam. Bien sûr on peut partir sur considérations slameurs commerciaux, slameurs ceci slameurs cela mais un bon texte reste un bon texte, peu importe s’il est vendu ou lu à des milliers de personnes comme c’est le cas pour Grand Corps Malade ou Abd Al Malik , qui sont des gars vraiment intéressants. L’industrie elle pourra faire ce qu’elle veut mais le slam est libre. Il peut même remonter aux griots africains".

Et vous voyez le mouvement comment dans dix ans ? il y’a dix ans on ne savait même pas ce que c’était et là depuis ces grands artistes connus du grand public, le mouvement prend de l’ampleur.

Chancelor : "Comme on l’a déjà dit, le slam existait déjà avant. La vie c’est des périodes, a un moment t’as des étoiles qui brillent dans le ciel, un jour et puis s’arrêtent, et puis d’autres qui continuent de briller. Slamer c’est partager tout simplement. Tu sais pourquoi les fleurs du paradis ne fanent jamais ?"

Non…

Chancelor : "Parce qu’elles fleurissent éternellement comme la parole"
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En fait, on ne peut pas empêcher des gens de faire des albums. Mais il importe néanmoins qu’il y’ait une diversité. Aujourd’hui, il existe un risque de cloisonnement car un monde est déjà créé. Et cela empêche de nouveaux membres d’y accéder. Il y’a tout un travail encore énorme qui doit être fait pour permettre à de nouveaux membres d’intégrer les groupes sans avoir peur. Parce qu’il faut continuer à élargir la prise de parole tout en faisant réfléchir sur ce que les gens disent. Parce que les gens n’ont pas de moyen de s’exprimer, le slam doit y répondre. Le mouvement doit inciter la population à s’ouvrir. Qui a le droit de s’exprimer aujourd’hui ?

Il faut approfondir le lien entre écriture et politique parce que le droit à la parole est la clé majeure pour une société meilleure.

Peut être à l’avenir, des rencontres seront faites de sorte que des gens de la scène locale puissent rencontrer d’autres gens régionaux. Julien Delmaire, slameur lillois du collectif On A Slamé Sur La Lune est actuellement en pleine négociation pour une résidence à Lille avec le célèbre slameur français Fred Nevchihirlan.
De même, des championnats de slams commencent à prendre de l’envergure un peu partout et il existe même une fédération française pour le slam poésie. C’est dire l’importance que prend le mouvement.
Il faudrait donc réellement réfléchir sur la frénésie que prend le slam car Tadam tadam tadam, la caravane musicale chevauche grandement et n’est pas prête de s’arrêter. Va, vole, cours et souffle les mots ivres de poésie. Tel un Grand Corps Malade qui ne cesse de déclamer sa verve musicale. Les mots tombent et s’éparpillent à foison dans têtes. Jusque quand ?
Question à un million de mots !!! Qui a la réponse ?

  1. Yann

    Dans quel bar ou autre se passe la soirée slam, "de chicago a lille" du mer 9 mai ? Et a quelle heure svp ?

    cordialement YD

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