Le Web est le média en pleine évolution depuis quelques années. De nouveaux sites sont sans cesse créés. Il en existe actuellement plus de 70 millions dans le monde. L’arrivée de l’ADSL puis du WIFI multiplie le nombre d’usagers et facilite l’accès à l’information. Devenu un outil de communication non négligeable, il est accusé de dématérialiser la musique et les livres. Pourtant, les maisons de disques et d’édition misent maintenant sur les artistes qui cartonnent sur Internet. Même les radios se servent d'Internet pour s'en sortir...
1) Le CD en voie d'extinction, le numérique en expansion
2) Du papier au numérique et vice versa
3) Help the radio
1) Le CD en voie d’extinction, le numérique en expansion
Internet est accusé d’être un des facteurs de la crise du CD à cause du téléchargement. Le CD est au cœur d’une révolution technologique. Le manque d’anticipation et la rapidité de l’évolution ont dépassé les professionnels. Ils n’ont pas vu venir la réalité du marché numérique. Le Syndicat National de l’Edition Phonographique a modifié en juin 2006 les seuils de certifications des albums afin de mieux tenir compte des dernières évolutions du marché.
Argent : en 2005 + de 50 000 exemplaires vendus contre 35 000 exemplaires vendus en 2006
Or : + de 100 000 exemplaires vendus en 2005 contre 75 000 exemplaires vendus en 2006
Double or : + de 200 000 exemplaires vendus en 2005 mais supprimé en 2006
Source : Syndicat National de l’Edition Phonographique
La vente de disque chute mais la consommation de musique augmente notamment avec l’achat de musique en ligne. 28 millions de titres téléchargés en 2006 soit 50% de plus qu’en 2005. 40% des titres achetés sont téléchargés. 2 albums sur 100 sont téléchargés.
Internet peut servir de tremplin à de nombreux artistes. Parmi eux, le groupe de Rock anglais Arctic Monkeys a tout simplement diffusé sa musique gratuitement en 2005 sur le Web. Il met au pied de la Toile les maisons de disque qui ne restent plus indifférentes face à ce succès. Leur 1er single « I bet your look good on the dancefloor » se classe numéro 1 au Royaume-Uni. Le groupe bat le record de vente de disques en une heure et même en une journée ! Ils ont vendu 360 000 exemplaires de leur album « Whatever People Say I Am, That's What I'm Not » la semaine de sortie, plus que les Beatles qui détenaient le précédent record !
Les artistes utilisent aussi Myspace pour se faire connaître par le bouche à oreille. Un moyen efficace pour l’anglaise Lily Allen propulsée du statut d’inconnue à celui d’icône : elle ouvre une page Myspace, des millions de connexions plus tard, elle enregistre l’album "Alright Still" qui se retrouve en tête des hits.
Lors d’une interview, nous avons demandé l’avis de Sinclair sur le phénomène Myspace.
Aurèlie : Pour cet album là, tu as utilisé beaucoup plus Internet. On peut voir des clips et des vidéos de "Morphologique" en ligne. Que penses-tu du phénomène Myspace qui en ce moment sert de véritable tremplin à plein d’artistes ?
Sinclair : Disons que Myspace est le reflet de ce qui est vraiment en train de se passer c’est-à-dire que pour la musique, on est face à un phénomène : il y a une grosse mutation. Les maisons de disque aujourd’hui ne sont plus capables de répondre à la demande, à ce qu’il se passe dans le monde. Je prends juste la France : ils ne sont pas capables de se rendre compte de ce qu’il se passe parce que les bureaux ne reçoivent plus les gens. Ils n’écoutent plus ce qui se fait chez les gens parce que personne ne se déplace. Il y a de plus en plus de musique, de gens qui veulent faire de la musique donc on se retrouve avec une espèce d’entonnoir. C’est la maison de disque qui décide de recevoir et de dire : « Toi, on va miser sur toi ! » et « Aujourd’hui, on mise sur qui ? » Les directeurs artistiques aujourd’hui vont miser sur des gens qui n’existent pas et qui ont une espèce de vie subjective. Myspace, c’est çà. Les gens arrivent à pouvoir exister à travers un média et s’inventer leur vie quelque part et comme çà prend de l’ampleur, çà existe. Moi, je pars du principe que ce qui existe, qui marche sur Myspace aurait existé et marchait ailleurs. Ce n’est pas Myspace qui invente. C’est comme le mec qui a fait son morceau de Hip-Hop… le black dans la campagne…
A. : Kamini !
S. : Oui, sa chanson est vraiment bien. Ce mec est passé par là mais il aurait envoyé sa maquette autrement. Il devait marcher lui, quoi qu’il arrive. Donc, ce qui doit marcher marche, c’est çà mon point de vue. Myspace c’est super. C’est un peu une arnaque en deuxième lecture mais c’est un gros miroir qui reflète ce qu’on a envie de trouver mais à un moment 1500 milliards de contacts…C’est bien les gens se font des amis. Le phénomène me dépasse un peu. Je n’ai pas le temps de me mettre sur Myspace et de passer trois heures à savoir ce que pensent mes amis. C’est juste çà quoi. Par contre, c’est très important : le côté communautaire marche beaucoup plus sur Internet aujourd’hui que sur les sites isolés d’artistes. On a envie de trouver sur Internet ce qu’on trouve pas au café en bas… des amis.
Pour augmenter la vente des CD, on se sert d’Internet pour inciter à acheter de la musique grâce à des supports attractifs. Sinclair nous a par exemple expliqué pourquoi il y avait deux chansons en plus sur son album "Morphologique" en vente sur Internet :
Aurélie : Pourquoi tu as fait le choix d’ajouter trois chansons à l’album en vente sur Internet ?
Sinclair : Sur iTunes ?
A. : Oui, il y a trois chansons en plus par rapport à celui qu’on peut trouver en magasin.
S. : Ce n’est pas un choix. C’est des opérations marketing.
A. : Et tu n’as même pas choisi les trois chansons ?
S. : Si, j’ai choisi les chansons. Ce n’est pas vraiment un choix. C’est ce qu’on appelle « a marketing promotion ». Tu as un bonus donc les gens ont plus envie de l’acheter sur ce site que sur un autre.
Les opérations marketing annoncent souvent des éditions limitées : pochette originale [Le dernier CD live de Mylène Farmer est dans une pochette représentant la forme de la porte du décor du concert], bonus [chansons supplémentaires, clips, photos…]…
Alors dernier tour de piste pour le CD ?
2) Du papier au numérique et vice versa…
Même combat pour les livres et autres supports papier ! L’expansion d’Internet provoque la numérisation des textes. Un drame pour ceux qui considère le livre comme un objet symbolique au point de ne pas écrire dessus ! La lecture de textes en ligne met fin aux sensations : la vue, le toucher, l’odeur du livre et même le son des pages ne sont plus ressentis.
Même le goût de la lecture est touché : beaucoup de jeunes consacrent la plupart de leur temps libre à regarder la TV ou à rester devant leur ordinateur : jeux vidéos, MSN… Les divertissements se multiplient. Mais ce sont les dernières technologies qui attirent les jeunes : images, sons… La lecture est délaissée ou superficielle : on jette un coup d’œil sur un texte en passant sur une page Internet.
Le ralentissement des ventes concerne les livres mais aussi les journaux. La presse écrite doit faire face à l’expansion du numérique. L’accès à l’information via Internet est possible dans de plus en plus d’endroits : universités, gares, aéroports, hôtels… L’information en temps réel disponible sur Internet attire de plus en plus les gens. C’est pourquoi la presse vise cet objectif grâce à Internet : 80% des journaux du monde possèdent maintenant des éditions en ligne. La plupart des journaux en ligne suivent aussi le phénomène des blogs : par exemple, Le Monde.
Internet est un moyen de diffuser la musique mais aussi de faire connaître les écrivains avec les blogs littéraires. En mettant les textes en ligne, il est possible de savoir rapidement si le texte intéresse les internautes. Les critiques permettent aussi d’apporter des améliorations et parfois de se faire remarquer : même principe que Myspace ! Le succès de certains blogueurs sur Internet attire des maisons d’édition. Un des succès les plus récents est le blog « Police » : une jeune femme flic témoigne sur la réalité de son métier grâce à ses qualités rédactionnelles. Il est édité depuis le mois dernier : Flic, chroniques de la police ordinaire, Desforges Bénédicte. L’auteur livre ses sentiments sur le passage du blog au livre : « Enfin, ce qui me perturbe en fait, c’est que la chose ressemble de plus en plus à un livre… Je le connaissais sous Word, puis en pdf, et le voilà en papier. En papier ! » « Il n’est plus complètement à moi. Il est parti vers son destin de livre. »
Aux Etats-Unis, il existe même un prix littéraire qui récompense les livres provenant des blogs, ce sont les « blooks ».
Contrairement à la musique, les professionnels du secteur du livre ont conscience de l’évolution, s’interrogent, anticipent. A la demande du Ministre de la culture et de la communication, Renaud Donnedieu de Vabres, le directeur du livre et de la culture, Benoît Yvert a lancé une grande enquête sur l’avenir du livre intitulée « Livre 2010 ». Ce projet a pour but de mener une réflexion sur les perspectives à court et moyen terme du secteur du livre et d’anticiper sur les mutations à venir. Auteurs, éditeurs, libraires, bibliothécaires sont concernés par les problèmes liés à leurs métiers mais aussi à l’évolution de la place du livre dans notre société et la place d’Internet. A la suite de cette enquête, un colloque sur l’avenir du livre a été organisé le 22 février 2007 : les participants ont parlé beaucoup, maintenant il reste à agir rapidement !
Dans la région, le livre est à l’honneur lors du salon du livre d’expression populaire et de critique sociale le 1er mai 2007 à Arras. En 4 ans, ce salon est devenu un moment de partage entre ceux pour qui la lecture est une pratique courante et ceux pour qui elle est plus difficile d’accès. La littérature est l’invité d’honneur de ce salon mais les autres formes d’expression artistique comme la musique, les arts plastiques, le cinéma, la photographie… Rendez-vous avec 70 auteurs, une trentaine d’éditeurs, des associations, des stands de bradeurs, des animations…
3) Help the Radio !
Au regard du contexte radiophonique national et à la veille de la redistribution des fréquences par le CSA, les radios associatives ont besoin du soutien de leurs auditeurs et de leurs partenaires.
C’est pourquoi Lillelanuit.com est devenu partenaire de Radio Cité Vauban 99 FM, seule radio associative de Lille, fondée en 1982.
Cette radio qui propose une très grande diversité musicale peut ainsi avoir le soutien des internautes de Lillelanuit.com et donc se servir d’Internet comme d’un tremplin pour augmenter son audience.
Rares sont les radios qu’on ne peut pas encore écouter sur Internet !
Alors après la musique, les livres, la radio, jusqu’où iront l’évolution et l’expansion du numérique dans le domaine culturel ?
