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Pierre-Emmanuel Barré à l’Espace Agora de Santes

Certes chez Lille la Nuit on adore la musique mais puisque la très bonne programmation du Festival Deci-Delà nous offre la possibilité d’une session comique, nous n’allons pas nous en priver. Car ce soir c’est avec Pierre-Emmanuel Barré et son style des plus corrosifs que nous avons rendez-vous.

Pierre-Emmanuel Barré, un artiste qui ne fait pas dans la dentelle

Ancien d’Inter et de Canal (à l’époque où l’on ne tentait pas de relire ses chroniques), ce dernier bourlingue depuis plusieurs années avec ses one-man show faisant systématiquement salle comble. Santes ne déroge d’ailleurs pas à la règle ce soir, le public présent en masse étant bien décidé à s’offrir une bonne tranche d’humour noir.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il semble de bon ton pour l’artiste de nous narrer pendant plus de cinq minutes sa passion pour sa Kangoo Jaune et ses multiples possibilités. Un moment surréaliste mais assez sobre. Car disons-le franchement, PEB (pour les intimes) ne fait pas dans la dentelle. Notamment concernant la classe politique qui en prend généralement pour son grade et c’est d’autant plus facile pour quelqu’un qui se revendique abstentionniste. Aucune étiquette, aucune censure, le sieur Barré dit ce qu’il pense et le résume très bien dans ce qu’il nomme « la semaine de merde », sorte de revue de presse au vitriol de l’actualité.

Dans le viseur cette semaine, le Brexit qui a transformé la presse en « Sciences et vie » selon ses dires, tellement on y comprend plus rien. Sujet tellement délicat qu’on a senti le breton un peu moins inspiré à cet instant, compte tenu de la teneur de certaines vidéos des précédentes semaines. En cette période européenne, on aurait imaginé pourquoi pas quelques tirs en direction de Nathalie Loiseau, mais ce dernier se rattrape bien vite sur François Hollande d’abord, sur l’actuel président ensuite. Il prend ainsi un malin plaisir à comparer la tournée littéraire du premier à une exposition du fruit de sa digestion, tandis que pour le second il ridiculise le premier ministre en véritable pantin. Et encore le mot est soft, on devrait plutôt parler ici d’objet sexuel. Le ministre de l’intérieur prend aussi quelques roustes au passage avec son charisme « digne d’un acteur de Camping 4 », on ne peut que sourire devant l’incongruité de la chose.

On s'offusque parfois tellement c'est horrible... mais horriblement bon

Autre personnage récurrent qui vient ponctuer le spectacle de sa morale bien-pensante, « la connasse de service ». Droit de vote, immigration, handicap etc. tout y passe et permet de mettre en lumière l’absurdité de cette société qui veut nous imposer parfois tout et son contraire. Un coup de maître.

Alors bien-sûr tout n’est pas aussi fin et c’est aussi pour ça qu’on aime ce « Sale Con » (son pseudonyme sur les réseaux). Que ce soit le barbecue dans l’anatomie de François de Rugy, les sublimes excréments des vegan ou le non moins fameux tutoriel pour une fellation réussie, on est très loin du spectacle familial. On s’offusque parfois tellement c’est horrible…mais horriblement bon.

Avec ses saillies finement distillées, Pierre-Emmanuel Barré met rapidement le public dans sa poche pour ne plus jamais le lâcher, la preuve : personne n’a été outré au point de quitter la salle ce qui est déjà pas mal ! Blague à part, certaines réflexions comme la diatribe sur le tabou du mot juif malicieusement remplacé par le terme roux méritent d’être relevées. D’un exemple bien senti, l’on peut observer par projection tous les travers du monde qui nous entoure, oscillant entre trash et puritanisme.

1h20 de rire à s'en faire mal aux côtes

On retiendra enfin deux hilarantes saynètes, la description de ce qu’on croit être le camp de réfugiés de Calais alors qu’il s’agit de la ville mais surtout les études sur le rapt d’enfants et la pédophilie. Un monument d’immondices génialement interprétées.

Bref l’on pourrait encore en écrire des tonnes sur Pierre-Emmanuel Barré que nous affectionnons tout particulièrement mais il est préférable de laisser un peu de magie aux futurs spectateurs. C’est d’ailleurs sur une ultime vanne scabreuse à base de divers fluides corporels que nous nous résolvons à quitter l’Agora après 1h20 de rire à s’en faire mal aux côtes. Comme entendu dans les travées, « il va loin quand même », mais après tout n’est-ce pas notre société qui va (souvent) trop loin ?

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