Après plusieurs passages dans la métropole lilloise, Temples est de retour avec une pop psychédélique qui a su évoluer sans perdre son identité. Accompagnés de Metro Verlaine en première partie, les Britanniques ont offert un concert généreux à l'Aéronef ce jeudi 15 octobre 2026, porté par un son particulièrement soigné et une énergie communicative. Retour sur une soirée où les fans de la première heure comme les nouveaux venus ont trouvé leur compte.
TEMPLES DE RETOUR À LILLE
Commençons par la fin. Par le plaisir, après le concert, de croiser Camille qui, dans le passé, a collaboré avec LillelaNuit pour livrer des chroniques éclairées sur l’actualité musicale lilloise. Une grande fan de Temples. Son avis à chaud ? « Je les préférais avant. Mais c’était vachement bien quand même. Ils négocient super bien leur virage pop ! » Jo, son amoureux, renchérit de suite : « Ouais, techniques les gars ! Super son, beau travail sur la voix et les effets ! ».
Une opinion partagée par Alan, photographe pilier de LillelaNuit, chargé de couvrir l’évènement, qui suit Temples depuis leurs débuts et connaît très bien le groupe et ses membres (LillelaNuit.com était présent pour leur concert de 2023 au Grand Mix et en 2017, et les avait interviewés à plusieurs reprises). Et qui a été agréablement surpris d’observer à quel point les musiciens, très timides paraît-il, sont désormais à leur aise sur scène. Et insiste beaucoup sur la qualité du son et du set navigant habilement entre les influences psychédéliques des débuts et les virages surprenants qu’ont pris les dernières compositions.
Deux avis concis et propres. Émis par des gardiens du temple érudits. Le chroniqueur fatigué et peu scrupuleux pourrait s’arrêter là. Conclure sa chronique. Mais on n’est pas des margoulins chez LLN. Donc rembobinons et revenons au début.
Metro Verlaine en première partie
Charmant. Un mélange improbable entre The Kills et le groupe français des années 80 Niagara (c’est un compliment). Un duo chant-guitare électrique. Le son tranchant et rugueux de la guitare contraste avec les accents et l’attitude pop de la chanteuse. Les textes démontrent s’il en est encore besoin que rock et langue française peuvent très bien s’entendre. Les deux semblent visiblement ravis de revenir jouer à Lille. Rappellent qu’ils avaient eu la chance ici de faire en 2017 la première partie des Buzzcocks. Pete Shelley, le leader du groupe punk anglais étant décédé un an plus tard, en 2018, le guitariste de Métro Verlaine souhaite avec humour au chanteur des Temples d’avoir une plus longue vie après.
Temples, cinq albums et toujours autant de fraîcheur
Ce que l’on ne peut que lui souhaiter également. Tant le chanteur du groupe Temples et les musiciens se montreront attachants sur scène. L’auteur de ces lignes n’ayant pas l’expertise de ces deux camarades cités plus haut et ayant commencé à écouter le groupe sur le tard, découvre sur scène une formation terriblement réjouissante. James Edward Bagshaw et ses acolytes montrent un réel plaisir de jouer live. Loin de la faconde arrogante un peu conne et méchante que peuvent montrer certains artistes britanniques (coucou les frères Gallagher), les membres de Temples dégagent sur scène une aura qui les rend immédiatement sympathiques. Cinq albums dans les pattes et pourtant les Anglais irradient de fraîcheur.
Malgré les cases dans lesquelles la presse musicale range Temples, le groupe se construit une identité qui lui est finalement bien propre. Développe un univers harmonieusement bariolé. La pop psychédélique vintage côtoie des influences surprenantes. À l’image de la chanson "Cicada" qui mêle sonorités orientales et arabes à un rythme frénétique et dansant, presque techno/euro-pop dans sa structure. La formation britannique, évitant le piège du copier-coller, cultive un entre-deux des plus plaisants. La nostalgie est là mais elle ne se manifeste pas par un traditionalisme rigide. L’innovation est également présente mais elle ne se traduit pas par une modernité putassière. Ni classic rock ni néo-bobo-psychédélisme ou rétro-futurisme à la Tame Impala à l’horizon. Seulement du Temples.
Le son est incroyable. On sent un soin particulier apporté aux détails. Les guitares sont saturées de réverbe, les basses enveloppantes, les harmonies vocales aériennes, le synthétiseur réussit l’exploit d’être élégant. Le timbre éthéré et légèrement androgyne de James Edward Bagshaw séduit. Sa voix claire et haut perchée rappelle les grandes figures du glam-rock et de la pop baroque (Marc Bolan en tête). S'écoule avec une souplesse décontractée, épousant les vagues mélodiques des guitares et des claviers sans jamais forcer la puissance. Si quelques compte-rendus de concerts ont pu témoigner dans le passé d’une attitude trop studieuse ou figée, ce soir il n’en est rien. Le groupe se montrant très en forme, communicatif et avec un véritable mordant sur certains titres. Formidable "Mesmerise" joué en rappel.
Fans de la première heure de nouveau convaincus. Néophyte séduit. Signes d’un bon concert, non ?